Énergies fossiles : des promesses du G7, mais sans échéance

Les pays industrialisés du G7 ont promis dimanche 16 avril d'"accélérer" leur "sortie" des énergies fossiles dans tous les secteurs, mais sans se fixer de nouvelle échéance. Ils ont aussi décidé de viser en commun zéro nouvelle pollution plastique d'ici 2040.
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G7 réunion
Les ministres du G7 sont réunis à Sapporo au Japon, depuis samedi 15 avril. AP/ Hiro Komae.
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Le communiqué commun des ministres du Climat, de l'Énergie et de l'Environnement du G7 précise que leur promesse de sortir des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) ne concerne cependant pas celles qui sont assorties de dispositifs de capture et de stockage du CO2. Les pays sont réunis depuis samedi 15 avril à Sapporo, dans le nord du Japon.
 

Engagements flous

Au lieu d'un calendrier précis, ces grands pays industrialisés (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie et Canada) inscrivent plus vaguement cet objectif dans leurs efforts pour atteindre la neutralité carbone énergétique d'ici 2050 "au plus tard".

Ils s'étaient déjà engagés l'an dernier à décarboner majoritairement leurs secteurs électriques d'ici 2035, un objectif reconfirmé dimanche 16.

Signe de négociations difficiles, ils ne sont pas parvenus à s'engager en particulier sur une date de sortie du charbon dans le secteur de l'électricité. Le Royaume-Uni, soutenu par la France, avait proposé l'échéance de 2030.

Au niveau environnemental, les pays du G7 ont promis de réduire à zéro leur pollution plastique additionnelle d'ici à 2040. Ils comptent sur l'économie circulaire, la réduction ou l'abandon des plastiques jetables et non recyclables.

L'Allemagne, la France, l'UE, le Royaume-Uni et le Canada font déjà partie d'une coalition internationale ayant pris le même engagement l'an dernier. Mais c'est la première fois que les États-Unis, le Japon et l'Italie les rejoignent.

Le ministre français de la Transition écologique Christophe Béchu a décrit un "signal fort", avant la prochaine session de négociation d'un traité international sur le plastique fin mai à Paris.

L'enjeu est crucial: la quantité de déchets plastiques a doublé dans le monde en vingt ans, et seuls 9% d'entre eux sont réellement recyclés, selon l'OCDE. Et l'ONU estime que la quantité de plastique rejetée dans les océans va presque tripler d'ici à 2040.
 

Des rapports toujours plus alarmants du Giec

Les membres du G7 se doivent de faire preuve d'unité et de volontarisme après le dernier rapport de synthèse alarmant du groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), publié en mars.

Selon le Giec, le réchauffement de la planète causé par l'activité humaine atteindra 1,5°C par rapport à l'ère préindustrielle dès les années 2030-2035. Ce qui met encore plus en péril l'objectif de l'accord de Paris de 2015 de limiter la hausse des températures à ce niveau, ou du moins nettement en dessous de 2°C.

Le G7 a aussi réaffirmé son engagement d'oeuvrer avec les autres pays développés à rassembler 100 milliards de dollars par an pour les pays émergents contre le réchauffement climatique, une promesse datant de 2009 et qui devait initialement être tenue dès 2020.

Un sommet pour améliorer l'accès aux financements des pays en développement en matière climatique, un point sensible et crucial, est notamment prévu fin juin à Paris.
 

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Critiques écologistes

Du fait du contexte géopolitique mondial très tendu avec la guerre en Ukraine et des propositions conservatrices du Japon sur le gaz naturel, les ONG environnementales redoutaient que la réunion de Sapporo n'aboutisse à une régression.

Le G7 a jugé comme l'an dernier que des investissements dans le gaz naturel "pouvaient être appropriés" pour aider certains pays à traverser la crise énergétique actuelle. Mais la primauté d'une transition énergétique "propre" et la nécessité de réduire la demande de gaz ont été soulignées dans le même temps.

L'autre proposition japonaise de faire reconnaître l'ammoniac et l'hydrogène comme des co-combustibles "propres" pour les centrales thermiques a été entourée de garde-fous. Ces technologies doivent être développées à partir de sources "bas carbone et renouvelables", selon le G7.

Le ministre japonais de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie Yasutoshi Nishimura s'est toutefois déclaré satisfait que le G7 ait reconnu "des voies diverses pour parvenir à la neutralité carbone".


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Interrogé par l'AFP, le patron de l'Agence internationale de l'Energie (AIE) Fatih Birol a aussi salué un message du G7 "combinant nos soucis de sécurité énergétique tout en fournissant une feuille de route face à la crise climatique".

Les ONG environnementales étaient en revanche déçues. "N'en déplaise aux jeux de rhétorique des ministres du G7, de nouveaux investissements dans le gaz (...) ne peuvent pas être compatibles" avec leurs objectifs climatiques, a ainsi critiqué Collin Rees d'Oil Change International.

"Il y a du positif" dans les annonces du G7 "mais cela manque encore d'ambition" à la hauteur des enjeux, a aussi estimé Daniel Read de Greenpeace.