Entre le Canada et la Chine, une nouvelle crise diplomatique aiguë est ouverte

Une nouvelle crise diplomatique aiguë est ouverte entre le Canada et la Chine qui a annoncé ce mardi 9 mai l'expulsion de la consule canadienne à Shanghai, en représailles à une décision similaire d'Ottawa envers un diplomate chinois accusé d'avoir cherché à intimider un député canadien.

 

Image
MELANIE JOLY CANADA/CHINE

ARCHIVES. La ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, s'adresse à la onzième session extraordinaire d'urgence de l'Assemblée générale, le 22 février 2023, au siège des Nations Unies.

©AP Photo/Mary Altaffer, Archives
Partager2 minutes de lecture

Les relations bilatérales sont tendues depuis l'arrestation en 2018 par les autorités canadiennes d'une responsable du groupe télécom chinois Huawei et de l'emprisonnement en représailles par la Chine de deux ressortissants canadiens.

Si tous les trois ont depuis été libérés, les tensions ont perduré, Pékin reprochant à Ottawa son alignement sur la politique chinoise de Washington et les autorités canadiennes accusant régulièrement la Chine d'ingérence.

Le quotidien canadien Globe and Mail avait indiqué la semaine dernière que le député conservateur Michael Chong et sa famille auraient subi de supposées pressions chinoises en raison des critiques du parlementaire envers Pékin.

Le journal affirme que l'agence de renseignement chinoise visait Michael Chong car ce dernier avait voté, en février 2021, en faveur d'une motion assimilant le traitement réservé par la Chine à sa minorité ouïghoure à "un génocide".

Le ministère chinois des Affaires étrangères a indiqué mardi dans un communiqué que Jennifer Lynn Lalonde, consule du Canada à Shanghai, était désormais "persona non grata" et devait "quitter la Chine avant le 13 mai"

Tweet URL

"La Chine se réserve le droit de prendre d'autres mesures" de représailles, ajoute le document.

A Shanghai au consulat du Canada, des employés ont affirmé à l'AFP ne pas être au courant de la décision. Une voiture de la police chinoise était stationnée devant l'immeuble qui abrite la représentation diplomatique. 

"Provocations injustifiées"

Ni le ministère des Affaires étrangères du Canada ni son ambassade à Pékin n'avaient dans l'immédiat fait de commentaires.

"Nous conseillons à la partie canadienne de cesser ses provocations injustifiées", a affirmé devant la presse mardi Wang Wenbin, un porte-parole de la diplomatie chinoise.

Il a averti que la Chine prendra des "mesures fermes et énergiques" si le Canada "n'écoutait pas ce conseil".

Cette nouvelle crise diplomatique a été déclenchée par la décision canadienne lundi d'expulser le diplomate chinois Zhao Wei, basé à Toronto et que le Canada estime impliqué dans l'opération d'intimidation supposée du député Michael Chong.

"Nous ne tolérerons aucune forme d'ingérence étrangère dans nos affaires internes", a déclaré la ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, en annonçant l'expulsion de Zhao Wei.

Tweet URL

Sanctions 

Les Ouïghours, majoritairement musulmans, sont le principal groupe ethnique du Xinjiang (nord-ouest de la Chine), région longtemps frappée par des attentats sanglants attribués par les autorités à des islamistes et des séparatistes ouïghours. 

Au nom de l'antiterrorisme, les autorités chinoises ont lancé au milieu des années 2010 une vaste campagne de répression. L'ONU évoque la possibilité de crimes contre l'humanité.

En compagnie notamment de deux autres personnalités américaines, Michael Chong avait été sanctionné en mars 2021 par Pékin dans la foulée de son vote, en réponse à de premières sanctions du Canada et des États-Unis contre la Chine sur ce sujet.

Les personnes visées étaient interdites d'entrée en Chine continentale, à Hong Kong et à Macao, avait indiqué à l'époque le ministère chinois des Affaires étrangères.

Cela fait des semaines que le gouvernement de Justin Trudeau est soumis à des pressions croissantes pour qu'il hausse le ton face à Pékin, accusé de nombreuses ingérences dans les affaires canadiennes. Et ces révélations de la presse avaient encore fait monter la tension d'un cran.

La Chine est notamment soupçonnée d'avoir tenté d'interférer dans les élections canadiennes de 2019 et de 2021. Dans une série d'articles publiés par des médias canadiens, il est notamment question de financements secrets ou d'implication dans la campagne de certains candidats.

Des allégations "fermement" démenties par les autorités chinoises.