Environnement : pourquoi le traité de protection de la haute mer finalisé à l'ONU est historique

Après plus de quinze ans de discussions, les États membres de l'ONU se sont enfin mis d'accord, samedi 4 mars, sur le premier traité international de protection de la haute mer. Il est destiné à contrecarrer les menaces qui pèsent sur des écosystèmes vitaux pour l'humanité.
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corail Kenya
Parc marin de Kisite Mpunguti, au Kenya, le 11 juin 2022. AP/ Brian Inganga.
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Au siège de l'ONU à New York, samedi 4 mars, peu avant 21h30 (02h30 TU), la présidente de la conférence Rena Lee a annoncé : "Le navire a atteint le rivage", sous les applaudissements nourris et prolongés des délégués.

Après plus de 15 ans de discussions, dont quatre années de négociations formelles, la troisième "dernière" session à New York a finalement été la bonne, ou presque.

Environnement : accord aux forceps pour la protection de la haute mer

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Un "jour historique"

Les délégués ont finalisé le texte, au contenu désormais gelé sur le fond. Il ne sera formellement adopté qu'à une date ultérieure, après avoir été passé au crible par les services juridiques et traduit pour être disponible dans les six langues officielles de l'ONU.

Le contenu exact du texte n'a pas été publié dans l'immédiat, mais les militants l'ont salué comme étant un tournant décisif pour la protection de la biodiversité. 

"C'est un jour historique pour la conservation et le signe que, dans un monde divisé, la protection de la nature et des personnes peut triompher sur la géopolitique", a déclaré Laura Meller, de Greenpeace.
Après deux semaines d'intenses discussions, dont une session marathon dans la nuit de vendredi 3 à samedi 4, les délégués ont finalisé un texte, qui ne peut désormais plus être modifié de manière significative. 

"Il n'y aura pas de réouverture ni de discussions de fond" sur ce dossier, a affirmé Rena Lee aux négociateurs.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a félicité les délégués. Il a salué une "victoire pour le multilatéralisme et pour les efforts mondiaux visant à contrer les tendances destructrices qui menacent la santé des océans, aujourd'hui et pour les générations à venir".

L'Union européenne s'est également réjouie de cette "étape cruciale pour préserver la vie marine et la biodiversité qui sont essentielles pour nous et les générations à venir", par la voix du commissaire européen à l'Environnement, Virginijus Sinkevicius. Il s'est dit "très fier" de ce résultat.
 

Via un communiqué du ministère français des Affaires étrangères et du secrétariat d’État à la mer, la France a elle-aussi salué "l'accord historique" qui "il ouvre la voie à des avancées essentielles et inédites".

"Notre capacité à gagner la course contre la montre climatique dépend largement de la préservation des océans et donc de la haute mer qui couvre 45% de la surface de la planète", a souligné le secrétaire d’État chargé de la mer, Hervé Berville. La haute mer ne sera plus un espace sans protection environnementale, où règne la loi du plus fort et dont l'utilisation des ressources est guidée par l'injustice."

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Aires marines protégées

La haute mer commence où s'arrêtent les zones économiques exclusives (ZEE) des États, à maximum 200 milles nautiques (370 km) des côtes. Elle n'est donc sous la juridiction d'aucun État.

Même si elle représente plus de 60% des océans et près de la moitié de la planète, elle a longtemps été ignorée dans le combat environnemental, au profit des zones côtières et de quelques espèces emblématiques.

Avec les progrès de la science, la preuve a été faite de l'importance de protéger tout entier ces océans,  foisonnant d'une biodiversité souvent microscopique. Ils fournissent aussi la moitié de l'oxygène que nous respirons et limitent le réchauffement climatique en absorbant une partie importante du CO2 émis par les activités humaines.

Mais les océans s'affaiblissent, victimes de ces émissions (réchauffement, acidification de l'eau...), des pollutions en tout genre et de la surpêche.
 

(Re)voir : Fonds marins : les eaux internationales, des zones de non-droit terriblement polluées

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Alors le nouveau traité, quand il entrera en vigueur après avoir été formellement adopté, signé puis ratifié par suffisamment de pays, permettra de créer des aires marines protégées dans ces eaux internationales.

Environ 1% seulement de la haute mer fait l'objet de mesures de conservation pour l'instant. Cet outil emblématique est jugé indispensable pour espérer protéger d'ici 2030 30% des terres et des océans de la planète, comme s'y sont engagés l'ensemble des gouvernements de la planète en décembre.

"Les zones de haute mer protégées peuvent jouer un rôle essentiel pour renforcer la résilience face aux effets du changement climatique", a déclaré Liz Karan, de l'ONG Pew Charitable Trusts. Elle a qualifié cet accord de "réalisation capitale".

Le traité sur "la conservation et l'utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale" introduit également l'obligation de réaliser des études d'impact sur l'environnement des activités envisagées en haute mer.

Quelle équité Nord-Sud ? 

Enfin, chapitre hautement sensible qui a cristallisé les tensions jusqu'à la dernière minute, le principe du partage des bénéfices des ressources marines génétiques collectées en haute mer.

Les pays en développement, qui n'ont pas les moyens de financer de très coûteuses expéditions et recherches, se sont battus pour ne pas être exclus de l'accès aux ressources marines génétiques et du partage des bénéfices anticipés de la commercialisation de ces ressources - qui n'appartiennent à personne. Les entreprises pharmaceutiques ou cosmétiques espèrent en tirer des molécules miracles.

Comme dans d'autres forums internationaux, notamment les négociations climat, le débat a fini par se résumer à une question d'équité Nord-Sud, selon des observateurs.

Avec une annonce vue comme un geste pour renforcer la confiance Nord-Sud, l'Union européenne a promis, à New York, 40 millions d'euros pour faciliter la ratification du traité et sa mise en oeuvre initiale.

Au-delà, elle s'est engagé à consacrer plus de 800 millions d'euros à la protection des océans en général pour 2023 lors de la conférence "Notre Océan" qui s'est achevée vendredi 3 mars à Panama.

Au total, la ministre panaméenne des Affaires étrangères Janaina Tewaney a annoncé que "341 nouveaux engagements", d'un montant de près de 20 milliards de dollars - dont près de 6 milliards des Etats-Unis-, avaient été pris lors de cette conférence pour protéger les mers.