Espagne : le scandale des bébés volés

L'enlèvement de nouveaux-nés a démarré dans les prisons du franquisme pendant la dictature. Après la mort de Franco, les vols de nourrissons se sont prolongés sous la démocratie, jusque dans les années 1980. Des décennies après ce scandale, le procès des "bébés volés" s'est ouvert le 26 juin 2018 à Madrid. Lors du verdict prononcé le 8 octobre, un ex-médecin a été reconnu coupable mais non condamné en raison de la prescription des faits. Retour sur ce scandale.
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bébé
Ce système de vol aurait perduré jusque dans les années 1980, avec un trafic de ventes de bébés volés.
Frantz Vaillant
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Les faits remontent à 1969. Nous sommes à la clinique madrilène de San Ramon. Un prêtre discute avec son ami, le docteur Eduardo Vela. Il lui parle d'un couple qui n'arrive pas à avoir d'enfant. La femme, qui travaille comme bénévole dans un couvent, lui a fait part de son désarroi.

Le gynécologue rencontre le couple le 5 juin. Le praticien les informe qu'il lui est possible de leur "donner" un nouveau-né "hors la loi".  Marché conclu. Tous trois conviennent de cacher la réelle identité du bébé grâce à une falsification dans le registre d'état civil. Un simple tour de passe-passe en écriture. Il permet au bébé volé de "naître" officiellement. L'enfant volé se nomme Ines Madrigal.

Aujourd'hui, près de 50 ans après les faits, cette femme accuse Eduardo Vela d'avoir falsifié son certificat de naissance. Comment a-t-elle pu savoir ?  Sa mère adoptive, aujourd'hui décédée, lui a un jour avoué la vérité. Ines Madrigal porte plainte.

Ce mardi 26 juin 2018, s'ouvre le premier procès dit des "bébés volés". Le médecin de 85 ans est le premier entendu par la justice. 
Eduardo Vela
Une du site du journal espagnol El Mundo du 21 février 2017. On peut lire apparu la fille "
Ouvrir le procès contre le Dr Vela dans le cas des bébés volés"
 
(capture d'écran)

Il est poursuivi notamment pour soustraction de mineure et falsification de documents officiels. Le procureur souligne que le gynécologue, qui a exercé à San Ramon entre 1961 et 1981, avait les pleins pouvoir concernant " l'élimination des naissances qui s'y déroulaient."

300 000 bébés volés ?

Dans le pays, le scandale est immense et ravive des plaies infiniment douloureuses. L'affaire réveille les heures les plus sombres du franquisme. La date d'audience n'a pas été fixée mais il s'agit du premier procès en Espagne relatif à "l'affaire des bébés volés".

Déjà, en novembre 2015, le juge Baltasar Garzòn évoquait ces événements comme des crimes ou comme des délits contre l’humanité. Il affirmait  que "150 000 personnes" seraient touchées par ces disparitions d’enfants ! En fait, ce serait près de 300 000 bébés qui auraient été volés et vendus. Un chiffre impossible à vérifier. En 2008, le juge avait ouvert une première instruction sur ces "disparus" du franquisme, mais la procédure avait été refermée au nom d'une loi d'amnistie votée en 1977.
 

 Les militants marxistes sont de préférence des psychopathes antisociaux
                                                                                  Dr Antonio Vallejo Nágera

Une bonne "éducation morale"

Franco
Francisco Franco en 1964.
(DR)

Plus d'un millier de plaintes ont déjà été déposées en Espagne, mais beaucoup ont été classées sans suite au motif qu'il y avait prescription des faits.