France - Iran : les relations entre Paris et Téhéran sous tension

L'Iran qualifie de "regrettables et honteuses" les déclarations du président français Emmanuel Macron à l'issue de sa rencontre avec quatre militantes iraniennes à Paris, en marge du Forum de la paix. Par ailleurs, Paris a reconnu que deux autres Français étaient détenus en Iran, portant le total à sept.
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iran mahsa amini
AP Photo/Gregorio Borgia
Une femme porte une pancarte en hommage à Mahsa Amini, lors d'une manifestation de soutien à l'Iran à Rome, le 29 octobre 2022 (image d'illustration). 
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L'Iran fustige la rencontre à Paris du président français avec des opposantes et a qualifié de "regrettables et honteuses" ses déclarations à l'issue de cette réunion. Le 11 novembre,  Emmanuel Macron avait reçu quatre militantes iraniennes à Paris, en marge du Forum de la paix. Il a salué la "révolution qu'elles sont en train de conduire" dans leur pays.

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L'Iran s'insurge de l'attitude du président français

"Il s'agit d'une violation flagrante des responsabilités internationales de la France dans la lutte contre le terrorisme et la violence et nous considérons qu'elle favorise ces sinistres phénomènes", déclare le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Nasser Kanani.

Selon l'Elysée, en marge du Forum de Paris sur la paix, Emmanuel Macron a reçu vendredi une délégation composée de Masih Alinejad, une militante iranienne basée à New York qui encourage les femmes iraniennes à protester contre l'obligation du port du voile, Shima Babaei, qui se bat pour avoir des informations sur son père dont elle est sans nouvelles, Ladan Boroumand, cofondatrice d'une organisation de défense des droits basée à Washington, et Roya Piraei.

Je veux ici leur redire vraiment notre respect et notre admiration dans le contexte de la révolution qu’elles sont en train de conduire.Emmanuel Macron, président français

Le président français a salué "la révolution qu’elles (les Iraniennes) sont en train de conduire". "Je veux ici leur redire vraiment notre respect et notre admiration dans le contexte de la révolution qu’elles sont en train de conduire", a dit Emmanuel Macron.

"Les déclarations de Macron quant à son soutien à cette soi-disant révolution menée par ces personnes sont regrettables et honteuses", estime Nasser Kanani. Faisant allusion à Mme Alinejad, le porte-parole iranien ajoute : "Il est surprenant que le président d'un pays qui revendique la liberté s'abaisse à rencontrer une personne détestée (..) qui a tenté de répandre la haine et de procéder à des actes violents et terroristes en Iran et contre des représentations diplomatiques de l'Iran à l'étranger".

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Hausse de tension entre Paris et Téhéran

Par ailleurs, la tension reste vive entre Paris et Téhéran après l'annonce le 12 novembre par la cheffe de la diplomatie française que deux autres Français sont détenus en Iran. La France dénonce le "chantage" de la République islamique. Paris reconnaissait jusqu'à présent la présence de cinq Français dans les prisons iraniennes. Catherine Colonna a reconnu que la liste s'était allongée de deux personnes, dont l'identité n'a pas été révélée.

"Nous avions des inquiétudes sur deux autres compatriotes et il ressort des dernières vérifications faites qu'ils sont également détenus", a-t-elle déclaré au quotidien Le Parisien. "Il est plus important que jamais de rappeler à l'Iran ses obligations internationales. Si son objectif était de faire du chantage, ça ne doit pas fonctionner. C'est la mauvaise façon de s'y prendre avec la France", a-t-elle ajouté. "Nous demandons leur libération immédiate, l'accès à la protection consulaire (...). Mon homologue iranien, avec qui j'ai eu une conversation longue et difficile, a pris l'engagement de respecter ce droit d'accès. J'attends qu'il soit concrétisé".

Le 11 novembre, le quotidien français Le Figaro avait déjà fait état de ces deux détenus français supplémentaires, citant une source diplomatique et une source iranienne. Ils seraient emprisonnés depuis plusieurs mois, donc avant le démarrage des manifestations qui ébranlent le régime iranien depuis le 16 septembre.

Explosion de la violence en Iran

L'Iran est le théâtre de manifestations depuis la mort le 16 septembre de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, arrêtée trois jours plus tôt par la police des mœurs pour avoir enfreint le strict code vestimentaire de la République islamique. Par ailleurs, l'Iran a vivement réagi dimanche aux propos la veille du chancelier allemand Olaf Scholtz sur son podcast vidéo hebdomadaire.

Ce dernier avait affirmé: "Quel genre de gouvernement êtes-vous qui tire sur ses propres citoyens ? Quiconque agit de cette manière doit s'attendre à notre opposition", avait dit le chancelier. "Le gouvernement iranien est seul responsable de l'explosion de violence", avait-il déclaré ajoutant que l'Iran était membre de l'ONU et s'était engagé à défendre et à protéger les droits de l'Homme. "C'est ainsi que nous mesurons le leadership iranien", a-t-il déclaré.

"La destruction des relations historiques entre l'Iran et l'Allemagne aura des conséquences à long terme et l'Iran possède une longue liste de revendications vis-à-vis de l'Allemagne en matière des droits de l'Homme", a déclaré le porte-parole des Affaires étrangères iraniennes, dénonçant la position "interventionniste" et "provocatrice" de l'Allemagne.