France : vers un 1er mai "massif" et "populaire", en forme de "baroud d'honneur" ?

Une grande journée "unitaire", inédite depuis près de 15 ans. Les syndicats veulent faire du 1er mai une démonstration "massive" et "populaire" contre la réforme des retraites. Dans les rangs de l'exécutif, certains tablent sur "un baroud d'honneur" avant de passer à autre chose.
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Un manifestant tient une pancarte 'Le futur est dans la rue' lors d'une manifestation à Paris, le 18 mars 2023.
Un manifestant tient une pancarte 'Le futur est dans la rue' lors d'une manifestation à Paris, le 18 mars 2023.
AP Photo/Lewis Joly
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Après douze journées de mobilisation contre la réforme qui repousse l'âge légal de départ de 62 à 64 ans, l'intersyndicale, toujours unie, mise sur une journée "historique" et "un raz de marée" dans la rue le 1er mai. Elle réclame "l'abrogation" du texte. 

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Le dernier défilé unitaire avec les huit principaux syndicats remonte à 2009, face à la crise financière (la CGT avait compté près de 1,2 million de manifestants, la police 456.000). En 2002 (900 000 à 1,3 million de personnes), les syndicats avaient aussi fait bloc pour "faire barrage" à Jean-Marie Le Pen.

Des rassemblements dans tout le pays

Cette fois, quelque 300 rassemblements sont annoncés dans le pays. Le trafic aérien s'annonce très perturbé avec entre 25 et 33% des vols annulés dans les plus grands aéroports français. Dans la capitale, le cortège s'élancera à 14h de la place de la République vers la Nation. "Ce sera familial, festif", promet la numéro un de la CGT Sophie Binet. Elle souligne que le défilé parisien aurait "une dimension particulière" avec la présence "de syndicalistes du monde entier" en soutien.

Laurent Berger, qui a annoncé son départ de la tête de la CFDT le 21 juin, dit espérer "une grande fête populaire contre les 64 ans, pour la dignité du monde du travail". Les autorités tablent sur 500 à 650 000 personnes sur tout le territoire, dont 80 à 100 000 à Paris. Dans la capitale, on attend 1 500 à 3 000 "gilets jaunes" et 1 000 à 2 000 individus "à risque", de source policière. 12 000 policiers et gendarmes seront mobilisés, dont 5 000 à Paris.

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Mais depuis la dernière journée de mobilisation, le Conseil constitutionnel a validé le 14 avril l'essentiel de la réforme, promulguée dans la foulée. Les syndicats tournent leurs regards vers deux nouvelle dates. Le 3 mai, lorsque les "Sages" se prononceront sur une deuxième demande de référendum d'initiative partagée (RIP) et le 8 juin, lorsqu'une proposition de loi du groupe des députés Liot abrogeant la réforme sera au menu de l'Assemblée. 

La colère reste vive

Dans la rue - comme dans les sondages -  la colère reste vive. Outre deux journées en forme de "tour de chauffe" les 20 et 28 avril avec des actions axées sur les transports ou les accidents de travail à l'initiative notamment de la CGT, des "casserolades" perturbent les déplacements de l'exécutif, chef de l'État inclus.

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Dans le même temps, la décision de Laurent Berger, bien qu'attendue, a surpris par son timing. Les responsables des autres syndicats ont aussitôt souligné que cela ne changerait pas la donne, notamment parce que sa successeure désignée Marylise Léon (CFDT) est sur la même ligne.

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Au sein du gouvernement, certains veulent croire "qu'on a passé le plus gros en terme de contestation" et que ce 1er mai "peut être le baroud d'honneur de l'interprofessionnel" même si les "casserolades" devraient notamment "perdurer". Emmanuel Macron s'est donné le 17 avril "100 jours d'apaisement" et "d'action" pour relancer son quinquennat. Sa Première ministre, Elisabeth Borne, va envoyer des invitations aux syndicats "la semaine prochaine", selon Matignon.

Il n'y aura pas de retour à la normale s'il n'y a pas de retrait de la réforme.Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT

Un test pour leur unité ? "Nous allons en parler en intersyndicale le 2 mai et nous allons décider ensemble des suites que nous donnerons", indique Sophie Binet. Elle martèle qu'"il n'y aura pas de retour à la normale s'il n'y a pas de retrait de la réforme". Alors que les dernières journées montraient un essoufflement, Laurent Berger dit de son côté ne pas vouloir terminer avec des "mobilisations chétives, à 100 000 personnes".  

Tout en soulignant que c'est "difficile de faire de la météo sociale", Dominique Andolfatto, politologue, dit avoir "l'impression que le mouvement social essaye de faire ses adieux à une séquence". Il évoque "une espèce de point d'orgue". Il relève notamment que la décision annoncée de Laurent Berger "a donné l'impression que finalement une page se tournait".