Grèce : Kyriakos Mitsotakis remporte les élections législatives

Le conservateur Kyriakos Mitsotakis arrive largement en tête des élections législatives. Sa victoire va lui permettre d'avoir une majorité absolue au Parlement pour former un gouvernement stable. Le scrutin est marqué par une défaite historique de la gauche et une percée de l'extrême droite.

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grèce kyriakos mitsotakis pendant un meeting

Le chef de file de la Nouvelle démocratie pour la Grèce, Kyriakos Mitsotakis, salue ses partisans venus assister à un meeting en vue des élections législatives. Athènes, Grèce - 23 juin 2023. 

AP/Thanassis Stavrakis
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Il se félicite de sa victoire qui lui donne "un mandat fort". Kyriakos Mitsotakis, chef du gouvernement de 2019 à la fin mai, retrouve son fauteuil de Premier ministre qu'il a dû céder fin mai, avant la tenue des deuxièmes élections.

Le vote a eu lieu dimanche 25 juin. La Nouvelle-Démocratie (ND) est arrivée en tête du suffrahe, obtenant 40,4% des voix. Ce scrutin pourrait assurer à la droite 157 sièges sur les 300 du Parlement monocaméral grec, selon des analystes. Kyriakos Mitsotakis avait appelé les Grecs à lui accorder une large majorité ces derniers jours.

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Rebond de croissance 

Devant son bureau de vote dimanche à Athènes, Kyriakos Mitsotakis a affirmé que les Grecs votaient "pour obtenir un gouvernement stable et efficace" pour les quatre prochaines années. Le leader de la droite grecque s'est également engagé à procéder à des embauches massives dans le secteur de la santé publique, qui souffre de manques criants de moyens depuis la crise financière et les cures d'amaigrissement drastiques imposés dans de nombreux services publics.

Durant la campagne, Kyriakos Mitsotakis n'a d'ailleurs cessé de brandir son bilan économique, marqué par un rebond de la croissance - à 5,9% en 2022 -, et un chômage en baisse après la dernière décennie de crise. Ce diplômé de Harvard, âgé de 55 ans, a promis des augmentations de salaires, notamment pour les plus faibles revenus, principale préoccupation des Grecs qui subissent la cherté de la vie.

J'ai voté pour Nouvelle-Démocratie pour que le pays aille de l'avant, et qu'il continue à se redresser économiquement.

Aris Manopoulos, commerçant grec

Dans le quartier athénien de Pangrati, Aris Manopoulos, un commerçant d'une cinquantaine d'années, explique avoir fait le "choix de la raison". "J'ai voté pour Nouvelle-Démocratie pour que le pays aille de l'avant, et qu'il continue à se redresser économiquement", confie-t-il.

Une victoire sur fond de crise migratoire 

Il fait aussi face à des accusations récurrentes sur des refoulements de migrants vers la Turquie voisine avant qu'ils aient pu présenter leur demande d'asile au sein de l'Union européenne. Kyriakos Mitsotakis a toujours nié ces pratiques, pourtant attestées par des vidéos et des enquêtes détaillées des plus grands médias internationaux. "S'il s'en tire à bon compte, c'est à cause d'une nouvelle forme de populisme (...) sans rhétorique abusive, sans excentricité, sans tapage" comme Viktor Orban (Hongrie) ou Donald Trump (Etats-Unis), jugeait récemment le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung.

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Après le naufrage meurtrier, le 14 juin, d'une embarcation transportant des centaines de migrants au large du Péloponnèse, Kyriakos Mitsotakis a pris la défense des gardes-côtes grecs, mis en cause par des ONG et des rescapés pour leur lenteur à intervenir. Il a également défendu une politique migratoire "juste mais stricte" et promis, au printemps, d'étendre le "mur anti-migrants" érigé à la frontière terrestre gréco-turque.

Le pari gagnant du “bonus”

Kyriakos Mitsotakis avait remporté il y a cinq semaines une large victoire en s'adjugeant 40,79% des suffrages - le double de Syriza. Mais cette avance ne lui avait pas apporté la majorité absolue requise pour former un gouvernement sans devoir nouer d'alliance. Le dirigeant de Nouvelle-Démocratie (ND) avait exclu de bâtir une coalition et réclamé de nouvelles élections, comptant pour cela sur un mode de scrutin qui accorde cette fois-ci au parti arrivé en tête un "bonus" pouvant aller jusqu'à 50 sièges.

La droite de la Nouvelle-Démocratie menée par Kyriakos Mitsotakis devance ainsi le parti de gauche Syriza, menée par Alexis Tsipras, qui obtient 17,8% des suffrages. Un score plus faible que lors des élections précédentes le 21 mai, selon ces résultats portant sur plus de 50% des bureaux de vote du pays.

Financier conservateur et très politique

Issu d'une dynastie politique crétoise, Kyriakos Mitsotakis est le fils de l'ancien Premier ministre Konstantinos Mitsotakis (1990-1993). Sa sœur est une ancienne ministre des Affaires étrangères. L'un de ses neveux est l'actuel maire d'Athènes, un autre fut son proche conseiller jusqu'en 2022.

Diplômé de l'université américaine de Harvard, Kyriakos Mitsotakis a mené une carrière de conseiller financier à Londres, chez McKinsey notamment, avant de reprendre le flambeau politique familial.

Député ND pour la première fois en 2004, il fut notamment ministre de la Réforme de l'administration au pic de la crise. Il procède alors à des réductions massives d'effectifs dans la fonction publique.

En 2016, un an après la défaite de son camp face à la gauche d'Alexis Tsipras, il est élu dirigeant de la Nouvelle-Démocratie, avant d'accéder au pouvoir trois ans plus tard.

Ses quatre années au pouvoir ont été marquées par le recul de l'État de droit et de la liberté de la presse, au point que la Grèce est depuis l'an dernier lanterne rouge de l'UE dans le classement annuel de l'ONG Reporters sans frontières, derrière la Hongrie et la Pologne.

Débâcle à gauche

Si ces estimations se confirment, le chef de la gauche grecque Alexis Tsipras encaisserait une nouvelle lourde défaite. Un échec qui s’ajoute au revers cinglant auquel il a déjà dû faire face il y a cinq semaines, lorsque Syriza était tombée à 20,07% des suffrages, soit une chute de plus de 11,5 points par rapport à 2019.

La question de son avenir à la tête du parti devrait désormais ouvertement se poser alors que déjà après la défaite du 21 mai, l'ancien Premier ministre (2015-2019) et trublion de la gauche radicale en Europe avait reconnu avoir songé à démissionner.

En se détournant largement de la gauche incarnée par Syriza, les Grecs semblent montrer qu'ils veulent définitivement tourner la page des années d'âpre crise financière et de plans de sauvetage aux conditions drastiques qui les ont considérablement appauvris.

Alexis Tsipras a mis en garde contre un "gouvernement incontrôlé" en cas de large victoire de la droite et réclamé "un équilibre dans notre démocratie et notre système politique", avec "une opposition forte" capable de jouer son rôle.

grèce alexis tsipras

Alexis Tsipras, leader de la gauche en Grèce, marche entouré de ses soutiens. Le pays est en pleine campagne pour les élections législatives. Kalamata, Grèce - 15 juin 2023. 

AP/Thanassis Stavrakis

L’extrême droite entre au Parlement

Huit partis devraient franchir le seuil des 3% pour entrer au Parlement, selon ces résultats partiels, dont le parti d'extrême droite "Spartiates", soutenu par un ancien cadre de la formation néo-nazie Aube dorée, Ilias Kassidiaris. Il est lui-même inéligible et purge actuellement une lourde peine de prison après avoir été condamné à 13 ans de prison ferme pour “appartenance à une organisation criminelle.

En dépit de sa victoire, deux obstacles potentiels pouvaient freiner Kyriakos Mitsotakis. D'une part, l'éventuelle lassitude des électeurs, appelés deux fois aux urnes en cinq semaines. D'autre part, l'émiettement des voix, notamment à droite des conservateurs où trois petites formations se disputent les suffrages des sympathisants d'extrême-droite. Or le nombre de partis représentés aura arithmétiquement des conséquences sur le nombre de sièges attribués à Nouvelle-Démocratie.