Guerre en Ukraine : pourquoi l'armée russe s'acharne sur Marioupol ?

Assiégée depuis la fin du mois de février, la ville portuaire de Marioupol à l'est de l'Ukraine sur la mer d'Azov est détruite à plus de 90%. Peuplée de 450 000 habitants avant la guerre, environ 160 000 personnes seraient toujours coincées surplace. La ville tient bon, mais l'armée russe ne relâche pas la pression. Décryptage.
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Des centaines d'habitants de Marioupol et des villes voisines arrivent dans des bus, affrétés par des volontaires à Zaporijia, vendredi 1er avril. Le trajet s'est fait en dehors des couloirs humanitaires.
Felipe Dana/AP
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Malgré les bombardements incessants et les milliers de civils tués depuis le 24 février, Marioupol tient bon. Assiégée depuis le début de l’offensive russe, ce port situé au sud-est du pays sur la mer d'Azov est au centre du conflit. Les habitants qui n’ont pas pu fuir la ville doivent vivre dans des conditions compliquées, sans eau potable ni électricité.  
 
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Malgré la résistance rencontrée, l’offensive se poursuit à Marioupol. Le 21 mars, Kiev a rejeté un ultimatum lancé par Moscou. Pourtant, une maternité a été frappée, des zones d’habitations ont été rasées et un théâtre, où des civils s’abritaient, a été bombardé, faisant environ 300 morts.

Une ville stratégique 

Marioupol est une ville stratégique pour les Russes. « C’est même le seul port que les Russes ne maîtrisaient pas dans leur volonté de faire la jonction entre les territoires de Crimée et le Donbass », détaille Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe. Depuis le début de l’offensive, les villes portuaires de Berdiansk et Kherson sont tombés aux mains des Russes. Il ne leur manque que celui de Marioupol pour assurer la jonction entre les deux régions.
 
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Si Marioupol tombe, la mer d’Azov sera contrôlée à 80% par les Russes. En effet, elle se trouve entre les régions du Donbass, la Crimée et la Russie. Économiquement parlant, Marioupol joue un rôle clé dans l’exportation du blé en provenance des terres noires ukrainiennes. 

Une symbolique importante 

« Pour Vladimir Poutine, dans sa façon de présenter son opération spéciale de paix, une prise de Marioupol serait une victoire », estime Emmanuel Dupuy. « C’est la seule ville du Donbass qui n’avait pas été conquise en 2014 », rappelle le président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe. La chute de Marioupol serait une revanche pour Vladimir Poutine.

Vladimir Poutine voit des néo-nazis un peu partout et estime que la totalité de la population qui reste encore à Marioupol est ou sont des néo-nazis.Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe

Par ailleurs, le président russe martèle depuis le début de l’offensive que son objectif est de "dénazifier l’Ukraine." « La question du bataillon Azov a été instrumentalisée pour dire que toute l’armée ukrainienne était gangrénée par ce fléau », avance Emmanuel Dupuy. Vladimir Poutine utilise la réputation des soldats de ce bataillon, parfois accusés d’être des néo-nazis, pour généraliser cette idée. « Vladimir Poutine voit des néo-nazis un peu partout et estime que la totalité de la population qui reste encore à Marioupol est ou sont des néo-nazis, poursuit Emmanuel Dupuy. On voit bien qu’il y a des femmes, des enfants, des vieillards, et qu’évidemment cet argument ne tient absolument pas la route. »

Sur place, la résilience 

Même si elle attire toutes les convoitises russes, Marioupol tient bon. Pour Emmanuel Dupuy, cela s’explique par « la résistance, la résilience aussi, sans doute une très forte combativité du bataillon Azov et une expertise en termes de lutte, de combats de rue. »
 
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Par ailleurs, les acteurs internationaux ont les yeux rivés dessus « pour vérifier qu’il n’y ait pas trop, je pèse mes mots, de crimes de guerres », ajoute le président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe. Le bombardement du théâtre ayant potentiellement causé la mort de plus de 300 personnes a choqué la communauté internationale. Cela a donc accéléré la mise en place des couloirs humanitaires. 
 
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L’évacuation des 160 000 civils toujours à Marioupol devait avoir lieu le 1er avril. La Croix-Rouge a ensuite annoncé que l’équipe envoyée dans la ville avait dû rebrousser chemin et que l’évacuation était reportée au lendemain. Emmanuel Dupuy est sceptique quant aux moyens mis en place pour y parvenir. « 40 bus, ça ne correspond pas du tout à la population de la ville », soutient-il. Par ailleurs, une poignée de résidents ont fait le choix de retourner sous les bombes de Marioupol afin d’aider à l’évacuation. Toute la population n’est donc pas prête à quitter Marioupol.