Guinée : quatre anciens membres du gouvernement d'Alpha Condé écroués

Un ancien Premier ministre et trois ministres du président guinéen déchu Alpha Condé ont été inculpés pour détournement présumé de fonds publics et écroués.

Image
Alpha Condé
Le président Alpha Condé lors du 75e anniversaire du débarquement de Provence, à Saint-Raphaël, le 15 août 2019. 
AP/Eric Gaillard
Partager4 minutes de lecture

Ibrahima Kassory Fofana, Premier ministre de mai 2018 jusqu'au coup d'État de septembre 2021 et les anciens ministres de la Défense Mohamed Diané, de l'Environnement Oyé Guilavogui et des Hydrocarbures Zakaria Coulibaly ont été placés sous mandat de dépôt à Conakry. Ils seront jugés lundi 11 avril par une chambre de la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief), créée par les militaires qui ont renversé le président Condé, a déclaré un de leurs avocats, Me Salifou Béavogui.

"Nous sommes révoltés face à l'injustice et à l'humiliation qu'on a infligées à nos clients en les envoyant en prison".

Me Salifou Béavogui, l'un des avocats des anciens membres du gouvernement Condé.

Aucune information n'a été divulguée publiquement sur les faits précis qui leur sont reprochés. "Nous comprenons que nous avons affaire à une procédure expéditive et punitive", a déclaré l'avocat. "Nous sommes révoltés face à l'injustice et à l'humiliation qu'on a infligées à nos clients en les envoyant en prison", a-t-il renchéri. Les quatre hommes, personnalités de l'ancien régime et membres ou soutiens du parti alors dominant, étaient interrogés depuis trois jours par des enquêteurs de la gendarmerie avant d'être emmenés à la Crief. 

Des leaders « humiliés » 


Ils sont les derniers personnages en vue sommés de répondre de leurs actes depuis que les militaires gouvernent ce pays pauvre d'Afrique de l'Ouest, dirigé pendant des décennies par des régimes autoritaires ou dictatoriaux et coutumier des tumultes politiques. 

TV5 JWPlayer Field
Chargement du lecteur...

Le colonel Mamady Doumbouya, qui a renversé le 5 septembre 2021 avec ses hommes Alpha Condé et s'est depuis fait investir président, a promis de refonder un État miné par les divisions et par une corruption réputée endémique. Il a assuré qu'il n'y aurait pas de "chasse aux sorcières" mais a proclamé la lutte contre la corruption comme une mission primordiale. 

En février, l'ex-ministre du Budget de 2018 à 2021 Ismaël Dioubaté a aussi été écroué pour détournement de fonds publics et corruption présumés. Au même moment, l'une des principales personnalités politiques, l'ex-Premier ministre et chef du premier parti guinéen, Cellou Dalein Diallo, s'est retrouvé visé par une enquête pour "corruption et enrichissement illicite" lors de la vente des biens de la défunte compagnie aérienne nationale en 2002. Il était alors ministre des Transports. Cellou Dalein Diallo et un autre chef de parti, Sidya Touré, ont été chassés de leur domicile au nom d'une politique de récupération de biens dont la junte dit qu'ils appartiennent à l'Etat.

TV5 JWPlayer Field
Chargement du lecteur...

La prise de pouvoir des militaires a été bien accueillie par une population exaspérée par la pauvreté, la corruption et la répression des dernières années du président Condé. Mais sept mois après, des voix discordantes commencent à s'élever. 

Des dizaines de partis ont menacé début mars d'appeler à manifester si la junte persistait à retarder le retour des civils à la tête du pays. Dans une déclaration écrite, ils exprimaient leurs soupçons que les autorités cherchent à "discréditer et à humilier" leurs leaders et se servent de la Crief "pour disqualifier des leaders politiques gênants".

Ibrahima Kassory Fofana est mis en cause alors qu'il vient d'être désigné temporairement à la tête de l'ancien parti au pouvoir, le Rassemblement pour le peuple de Guinée (RPG). L'ancien président Condé, 84 ans, s’est lui, mis à l'écart du RPG. La junte l'a autorisé en janvier à quitter la Guinée, officiellement pour traitement médical aux Emirats arabes unis, alors que la justice venait d'ordonner l'ouverture d'investigations sur des crimes présumés commis sous sa présidence. 

Le RPG a exprimé dans un communiqué sa « pleine confiance en la justice de notre pays, malgré des agissements qui s'apparentent à un acharnement ciblé ». Le colonel Doumbouya n'a toujours rien dit sur l'échéance à laquelle il entend honorer son engagement de rendre le pouvoir à des civils élus.