Haïti : la guerre des gangs fait vivre un calvaire aux habitants de Port-au-Prince

Les citoyens vivant dans la banlieue nord de Port-au-Prince vivent un cauchemar à cause d'une guerre des gangs qui a déja fait au moins 18 morts depuis dimanche 24 avril.
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Manifestation contre l'insécurité à Port-au-Prince
Un homme porte une pancarte indiquant en créole « A bas l'insécurité », lors d'une manifestation contre la violence croissante à Port-au-Prince, Haïti, le mardi 29 mars 2022.
© AP Photo/Odelyn Joseph
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Des femmes violées, des maisons incendiées... les gangs continuent de faire leur loi en Haïti. Deux gangs rivaux communément appelés "Chien méchant" et "400 mawozo" s'affrontent depuis dimanche 24 avril dans cette zone urbaine situé au nord de Port-au-Prince.

​Le quartier où ont lieu ces violences est hautement stratégique pour ces gangs, car il constitue l'unique voie d'accès routier vers le nord du pays ainsi qu'entre la capitale haïtienne et la République dominicaine.

Des habitants ont été obligés de fuir leurs maisons pour sauver leurs vies. "Les hommes armés du gang "400 Mawozo" ont mis le feu à ma maison et "ont tué plusieurs de mes voisins avant d'incendier aussi leurs maisons", témoigne Lucien, un habitant de la zone.

Voir aussi : Haïti manifeste contre les gangs et l'insécurité
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Parmi ces civils "tués entre le 24 et le 26 avril se trouvent une famille de huit personnes ainsi que trois jeunes femmes et trois enfants", indique un rapport établi par la protection civile haïtienne. "Plusieurs centaines de personnes" ont quitté la zone d'affrontements, dont une cinquantaine se sont réfugiées sur une place publique "à quelques centaines de mètres de la ligne de front", selon ce document. 
 
Plusieurs centaines de personnes ont quitté la zone d'affrontements, dont une cinquantaine se sont réfugiées à quelques centaines de mètres de la ligne de front.La protection civile haitienne

Coincés et aucune assistance

D'autres habitants sont restés piégés chez eux. "Nous n'avons plus ni eau ni nourriture", alerte une jeune habitante. Son père, qui souffre de diabète et d'hypertension artérielle, est actuellement dans un état critique. "Nous n'avons aucun moyen d'aller acheter des médicaments et c'est trop dangereux de se déplacer avec lui", ajoute-t-elle.

haiti Les Cayes
Des manifestants protestent sur un avion durant une manifestation contre l'insécurité et la violence aux Cayes, en Haiti, 29 mars 2022.
AP/John Cadafy Noel

Selon des témoignages, des individus lourdement armés appartenant au gang "400 mawozo" violent des femmes et des filles lorsqu'ils entrent dans les maisons. Ce même gang puissant et redouté, avait enlevé un groupe de 17 personnes composé de missionnaires nord-américains et de leurs proches, dont cinq enfants, à l'automne dernier.

La situation inquiète les organisations haitiennes de défense des droits humains. Mais, elles ne peuvent pas encore porter assistance aux victimes.

Voir aussi : Haïti : grève générale contre l'insécurité et l'incurie des autorités

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Laxisme ou impuissance ? 

Longtemps cantonnées dans les zones très défavorisées du bord de mer de Port-au-Prince, les bandes armées ont grandement accru leur emprise à travers la ville et le pays depuis l'automne 2020, multipliant assassinats et enlèvements crapuleux.

Au cours du second semestre de l'année dernière, l'axe routier menant dans le Grand Sud est tombé sous le contrôle des gangs de Martissant, un quartier populaire au sud de Port-au-Prince. De nombreuses personnes sont mortes par balle en essayant d'emprunter cette route. Les résidents ont, eux, fui depuis longtemps leurs habitations.

Lire aussi : Haïti : les habitants en grève contre l'insécurité, au sommet de leurs problèmes

En plus de la guerre des gangs, le kidnapping se multiplie en Haiti. Les instances policières et gouvernementales peinent encore à freiner les actes de banditisme.

La police nationale, dont l'arsenal est loin de suffire pour affronter les bandes criminelles sur-équipées, n'a mené aucune opération pour reprendre le contrôle de l'entrée sud de la capitale. Elles n'ont aussi pas encore intervenu dans la banlieue nord. Le porte-parole de la police nationale était incapable de fournir des informations à la presse mercredi 27 avril jusqu'à midi.