Haïti: le chef de l'ONU déplore la "réticence" pour une force d'intervention internationale

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Un parent, portant son enfant, passe devant la police alors qu'elle mène une opération contre des gangs dans le quartier de Bel-Air à Port-au-Prince, en Haïti, le 3 mars 2023. 

AP Photo/ Odelyn Joseph.
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Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, qui milite depuis des mois pour l'envoi d'une force internationale en Haïti gangrené par la violence de gangs, a déploré lundi la "réticence" de pays occidentaux à prendre la tête d'une telle intervention.

"Il y a en effet de la réticence de la part de pays qui ont une plus grande capacité pour mener ce type d'opération,  je dirais d'intervention car il s'agit davantage d'une opération de police", a répondu M. Guterres lors d'un point de presse à Kingston aux côtés du Premier ministre jamaïcain Andrew Holness.

Le chef de l'ONU était interrogé par la presse locale sur l'absence supposée "d'efforts significatifs de pays comme les Etats-Unis, le Canada, la France pour collaborer avec les (15) pays de la Caricom", la Communauté caribéenne, dont la Jamaïque est membre et qui est favorable à une intervention chez son voisin haïtien.

"La meilleure manière à mon avis de dépasser cette réticence (...) est de mettre sur pied un processus politique crédible", a également estimé M. Guterres, en allusion à l'organisation d'élections législatives et présidentielle en Haïti.

Mais aucun scrutin n'a eu lieu depuis 2016, le Premier ministre Ariel Henry nommé seulement 48 heures avant l'assassinat du dernier président Jovenel Moïse en juillet 2021, est contesté sur sa légitimité. Les experts estiment donc impossible de tenir des élections dans de telles conditions.

Lundi dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU s'était dit "très inquiet" de la détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire en Haïti, prenant toutefois simplement "note" de l'appel répété de M. Guterres à envoyer une force armée spécialisée internationale, mais non onusienne, pour aider la police dépassée à rétablir l'ordre.

Plus de six mois après l'appel à l'aide de M. Henry relayé par M. Guterres, aucun gouvernement ne s'est porté volontaire pour prendre la tête d'une telle force étrangère.

Le mois dernier, la nouvelle émissaire onusienne pour Haïti, Maria Isabel Salvador, a estimé qu'il était peut-être temps que l'ONU soit "novatrice", évoquant une force d'intervention qui pourrait être composée de policiers et non de militaires.

"J'en appelle avec force à ces pays qui sont en capacité de le faire parce que Haïti n'est pas qu'un problème pour les Haïtiens, c'est un problème pour la région et dans une plus large mesure pour nous tous", a conclu le secrétaire général.