Haïti : les profils des assassins du président haïtien Jovenel Moïse se précisent

L'étau s'est resserré autour des assassins du président haïtien Jovenel Moïse, la police ayant annoncé l'arrestation de quinze Colombiens et de deux Américains d'origine haïtienne, tandis que la controverse montait dans le pays au sujet du rôle de la police et de la légitimité de l'exécutif de transition.

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Les forces de police éloignent la foule qui réclame des suspects qu'elle vient d'arrêter à Pétion Ville

Deux policiers éloignent la foule qui leur réclame deux hommes qu’elle vient d’arrêter ainsi que les corps de deux autres hommes, afin de les brûler pour venger la mort du président Jovenel Moïse. La scène se passe au commissariat de police de Pétion Ville à Port-au-Prince ce jeudi 8 juillet 2021. Selon le chef de la police nationale Leon Charles, les morts et les détenus font partie du groupe d’hommes suspectés d’avoir assassiné le président Moïse le 7 juillet.

© AP Photo/Joseph Odelyn
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Si l'on sait que le commando armé qui a exécuté le président était composé de 28 personnes (26 Colombiens et deux Américains d'origine haïtienne), aucun détail n'a émergé sur les raisons de cet acte ou sur l'identité de ses commanditaires, et le mystère sur cet assassinat reste entier.

La police et l'armée en Colombie ont aussi affirmé qu'au moins 17 anciens militaires colombiens étaient soupçonnés d'être impliqués dans l'assassinat.

"Nous avons arrêté quinze Colombiens et deux Américains d'origine haïtienne", a annoncé Léon Charles, directeur général de la police haïtienne lors d'une conférence de presse, précisant que trois Colombiens avaient été tués et que huit autres étaient toujours en fuite.
 

Nous avons déjà en main les auteurs physiques et nous sommes à la recherche des auteurs intellectuels.                                                       Léon Charles, directeur général de la police haïtienne

Chasse à l'homme

"Les armes et les matériels utilisés par les assaillants ont été récupérés", notamment des machettes, des portables ou encore des passeports colombiens, a ajouté M. Charles, affichant sa détermination à retrouver les huit personnes encore en fuite.

Lors de la conférence de presse, plusieurs suspects ont été alignés contre un mur afin de les montrer aux médias, des passeports colombiens et des armes étant disposés sur une table.

"Nous avons déjà en main les auteurs physiques et nous sommes à la recherche des auteurs intellectuels", c'est-à-dire le ou les commanditaires, avait affirmé plus tôt M. Charles.

Voir aussi : Assassinat de Jovenel Moïse : "Haïti ne peut faire face seul à ce défi"

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Le ministre colombien de la Défense Diego Molano a précisé depuis Bogota qu'au moins six des mercenaires soupçonnés d'être impliqués dans l'assassinat seraient "d'anciens membres de l'armée".

"Nous avons donné des instructions (...) à la police et à l'armée pour qu'elles coopèrent immédiatement au développement de cette enquête pour clarifier ces faits", a-t-il assuré dans une vidéo envoyée aux médias.

Taipei a aussi fait savoir que onze suspects avaient été arrêtés dans le complexe de l'ambassade de Taïwan à Port-au-Prince.

"La police est parvenue à arrêter onze suspects", a indiqué l'ambassade, expliquant avoir donné "sans hésitation" son feu vert à la requête de la police haïtienne d'intervenir dans le périmètre de l'ambassade.

Le département d'Etat des Etats-Unis, sans confirmer l'arrestation de ressortissants américains, a annoncé avoir accepté d'aider la police haïtienne dans son enquête.

Je n'ai constaté aucun policier victime, sinon le président et son épouse. Si vous êtes responsables de la sécurité du président, où étiez-vous?                                    Me Bed-Ford Claude, commissaire du gouvernement de la capitale

Sur la sellette 

Au moins deux hauts responsables de la police, chargés directement de la sécurité du chef de l'Etat, se retrouvent désormais sur la sellette et ont été convoqués devant la justice, a annoncé le chef du parquet de Port-au-Prince.

Me Bed-Ford Claude, commissaire du gouvernement de la capitale, s'est en effet interrogé sur l'apparente passivité des agents de sécurité du président :"Je n'ai constaté aucun policier victime, sinon le président et son épouse. Si vous êtes responsables de la sécurité du président, où étiez-vous? Qu'avez-vous fait pour éviter ce sort au président?".

Voir aussi : Assassinat de Jovenel Moïse : à qui profite le crime ?

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Chacun restait aux aguets jeudi 8 juillet dans le pays, les magasins, les banques, les stations-service et les petits commerces de la capitale gardant notamment portes closes. Le gouvernement a demandé la réouverture de l'aéroport, qui devrait être effective vendredi 9 juillet, et a appelé à la reprise de l'activité économique.

Devant un commissariat de Petionville, en banlieue de Port-au-Prince, des habitants acclamaient la police pour avoir procédé à des arrestations et appelaient au lynchage des assaillants présumés.

Le commando était composé de tueurs à gages "professionnels" s'étant fait passer pour des responsables de l'agence américaine antidrogue, selon l'ambassadeur haïtien aux Etats-Unis.

Vide politique 

Cette attaque déstabilise davantage le pays le plus pauvre des Amériques, gangrené par l'insécurité. Et aux questions sur la traque des auteurs de l'attaque s'ajoutent celles sur l'avenir du pays, à commencer par sa gouvernance.

Voir aussi : Assassinat de Jovenel Moïse : "Haïti est une sorte de trou noir"

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L'un des derniers gestes politiques de Jovenel Moïse, mort à 53 ans, avait été de nommer la veille de sa mort un énième Premier ministre, Ariel Henry. Il n'avait pas encore pris ses fonctions au moment de l'assassinat.

Quelques heures après le drame, c'est le Premier ministre par intérim Claude Joseph qui a décrété l'état de siège pour quinze jours, octroyant des pouvoirs renforcés à l'exécutif.

Lire aussi : Assassinat de Jovenel Moïse : "L’impasse politique n’a fait qu’accélérer et instrumentaliser la violence en Haïti"

"Y-a-t-il plusieurs Premiers ministres nommés dans le pays?", a interrogé Ariel Henry, assurant que Claude Joseph n'était que ministre des Affaires étrangères.

Le défenseur des droits humains Me Gédeon Jean a qualifié de "suspect" l'empressement de M. Joseph à déclarer l'état de siège, l'amenant à "entrevoir une tentative de coup d'Etat".

Le pays était déjà plongé dans une crise institutionnelle: Jovenel Moïse n'avait pas organisé d'élection depuis son arrivée au pouvoir début 2017 et le pays n'a plus de Parlement depuis janvier 2020. Accusé d'inaction face à la crise et confronté à une vive défiance d'une bonne partie de la société civile, il gouvernait principalement par décrets.