Haut-Karabakh : arrivée d'une mission de l'ONU, une première depuis 30 ans

Une mission de l'ONU est arrivée ce dimanche au Haut-Karabakh, pour la première fois en trois décennies, a annoncé l'Azerbaïdjan au moment où la majorité de la population arménienne locale a quitté l'enclave après sa reprise par Bakou.

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Vue aérienne d'un camp pour les Arméniens du Haut-Karabakh arrivant en Arménie à Goris, dans la région de Syunik, en Arménie, le 29 septembre 2023. @Photo AP.

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Un porte-parole de la présidence azerbaïdjanaise a indiqué à l'AFP que la mission de l'ONU était arrivée "dimanche matin" avec pour tâche principale d'évaluer les besoins humanitaires sur place.

Plus tôt, l'ONU avait annoncé avoir reçu le feu vert pour l'envoi ce week-end d'une mission dans le territoire. Samedi, la France avait déploré que l'Azerbaïdjan n'ait consenti à cette mission qu'après l'exode massif d'Arméniens.

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Des Arméniens du Haut-Karabakh à leur arrivée à Goris en Arménie, dans la région de Syunik, le 30 septembre 2023. @Photo AP/Vasily Krestyaninov.

Les séparatistes arméniens, qui ont contrôlé le Haut-Karabakh pendant trois décennies, ont capitulé et accepté de déposer les armes la semaine dernière, après une offensive éclair de l'Azerbaïdjan.

Des soldats Armeniens marchent le long de la frontiure du Nagorno-Karabakh en Arménie en novembre 2020
Des soldats Arméniens marchent près de la frontière entre le Nagorno-Karabakh et l'Arménie en novembre 2020. De nouveaux heurts ont éclaté entre l'Azerbaïjian et l'Arménie autour de la région.
 
© AP

Près de 600 morts

Au total, près de 600 morts sont à déplorer dans le sillage de cette offensive. Les combats eux-mêmes ont tué environ 200 soldats dans chaque camp.

Depuis, l'enclave a été presque entièrement désertée par ses habitants, avec plus de 100.000 réfugiés, sur les 120.000 habitants y vivant officiellement, ayant fui en Arménie par crainte de représailles de l'Azerbaïdjan.

"Il reste quelques centaines de fonctionnaires, d'urgentistes et de personnes ayant des besoins spéciaux, qui se préparent également à partir", a écrit sur X (ex-Twitter) l'ancien médiateur des droits du Haut-Karabakh, Artak Beglarian.

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Dans leur fuite sur l'unique route montagneuse reliant le territoire à l'Arménie, au moins 170 personnes ont par ailleurs péri dans l'explosion lundi d'un dépôt de carburant, qui a aussi fait 349 blessés, la plupart souffrant de graves brûlures.

Plus de 45.516 personnes se trouvent actuellement dans des hébergements fournis par l'Etat, selon le gouvernement arménien.

Haut-Karabakh : les arméniens brûlent leurs maisons
Les Arméniens brûlent leur maison pour ne rien laisser aux Azerbaïdjanais. 
Karvachar (Haut-Karabakh), le 13/11/ 2020. 
AP Photo/Dmitry Lovetsky

Jour de prière 

L'Arménie, à majorité chrétienne et confrontée à un afflux massif de réfugiés faisant craindre une grave crise humanitaire, a pour sa part célébré dimanche un jour de prière pour le Haut-Karabakh.

Les cloches des églises ont résonné dans le pays et le chef de l'Eglise, Garéguine II, a célébré une messe dans la principale cathédrale arménienne près d'Erevan.

Le flux chaotique a ravivé les accusations d'un "nettoyage ethnique" et Erevan a lancé un nouvel appel à la Cour internationale de justice (CIJ), réclamant des mesures urgentes pour protéger les habitants de l'enclave. 

L'Azerbaïdjan réfute toute accusation de "nettoyage ethnique" et assure aux habitants de l'enclave qu'ils sont libres de partir ou de rester, a indiqué samedi à l'AFP Hikmet Hajiyev, un conseiller du président azerbaïdjanais. 

M. Hajiyev a affirmé qu'un programme de "réintégration" est élaboré pour ceux qui souhaiteraient rester et que l'armée azerbaïdjanaise n'est "pas entrée" dans Stepanakert, la "capitale" de l'enclave séparatiste toujours inaccessible à la presse.

"Nous nous abstenons délibérément de mettre des drapeaux azerbaïdjanais, nous savons qu'il reste des civils et nous connaissons leurs craintes", a déclaré Hikmet Hajiyev. 

Des forces de sécurité azerbaïdjanaises sont déployées au Haut-Karabakh pour protéger certains sites, notamment religieux, selon Bakou, et des négociations entre officiels azerbaïdjanais et responsables de l'enclave sont prévues lundi à Stepanakert.

Des négociations entre le président azerbaïdjanais Ilham Aliev et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian sont également prévues jeudi prochain à Grenade en Espagne.

L'enclave séparatiste a décrété jeudi la dissolution spectaculaire de ses institutions au 1er janvier 2024, une annonce historique signant la fin de l'existence de la république autoproclamée du Nagorny Karabakh.

Les peurs des réfugiés sont nourries, selon Erevan, par une série d'"arrestations illégales", bien que les autorités azerbaïdjanaises se soient engagées à permettre de partir aux rebelles qui rendraient leurs armes.

Plusieurs responsables de l'enclave ont été placés en détention, accusés de "terrorisme" et d'autres crimes, à l'image de l'ancien responsable des affaires étrangères David Babaïan, arrêté vendredi.

Alors que l'accueil des réfugiés s'organise difficilement, les opposants à M. Pachinian, accusé de passivité et lâché par Moscou, ont donné à nouveau de la voix samedi dans la rue.

Erevan rejette la faute sur la Russie, son alliée traditionnelle censé garantir depuis 2020 le plein respect du cessez-le-feu et qui n'est pas intervenue.

L'enclave séparatiste du Haut-Karabakh, soutenue militairement et économiquement par Erevan, s'est opposée pendant plus de trois décennies à Bakou, notamment lors de deux guerres entre 1988 et 1994 et à l'automne 2020.