Israël : Benjamin Netanyahu à la tête du gouvernement le plus à droite de l'Histoire du pays

À 73 ans, Benjamin Netanyahu est arrivé en tête des dernières législatives grâce à une vaste coalition de droite et d’extrême-droite. Mercredi 21 décembre, il a annoncé au chef de l’État hébreu Isaac Herzog être parvenu à former un gouvernement. De l'avis de certains analystes, il s'agit de la formation gouvernementale la plus à droite de l’Histoire d’Israël. 
 
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benjamin netanyahu novembre 2022
Leader du Likoud, figure phare de la scène politique israélienne, Benjamin Netanyahu a remporté une nouvelle fois les élections législatives de novembre 2022. Il a été chargé, par le président israélien Isaac Herzog  de former un gouvernement. Jérusalem, 13 novembre 2022.
AP/Maya Alleruzzo
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Je l’ai”. C’est un petit message qui pourrait sembler anodin mais qui est loin de l’être. Dans ce court message posté en hébreu mercredi 21 décembre 2022 sur les réseaux sociaux, le Premier ministre israélien Benjamin Netanhyahu a annoncé officiellement la formation de son tout nouveau gouvernement.

Sitôt après la publication dudit tweet, un communiqué plus fourni adressé au président Isaac Herzog a été publié par le chef de l’exécutif israélien. "Cher Président, grâce à l'énorme soutien public que nous avons reçu lors des dernières élections, je vous informe que j'ai pu former un gouvernement qui agira dans l'intérêt de tous les citoyens d'Israël", confirme Benjamin Netanyahu.

Une annonce sur fond d’affrontements en Cisjordanie occupée

Comme le prévoit la loi de l’État hébreu, le dirigeant arrivé en tête lors des dernières élections législatives avait jusqu'au 11 décembre pour annoncer son gouvernement. En difficulté, Benjamin Netanyahu avait demandé une prolongation de 14 jours, le maximum prévu par la loi. Mais le président Herzog ne lui avait octroyé que dix jours supplémentaires. Dans la nuit du 21 décembre, il ne restait plus que quelque minutes à Netanyahu pour former son tout nouveau gouvernement. 

Sitôt après sa victoire aux législatives, Benjamin Netanyahu avait promis d'être "le Premier ministre de tous", à la tête d'un gouvernement "stable et performant". Mais les tractations pour former un nouveau gouvernement se sont déroulées sur fond de violences en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967.
 
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En effet, mi-novembre, deux Israéliens ont été tués dans une attaque près d'une colonie dans le nord et l'assaillant a été abattu. L'armée israélienne a aussi multiplié ces derniers mois les raids en Cisjordanie, dans la foulée d'attaques anti-israéliennes meurtrières. Ces opérations, et les heurts qui y sont parfois associés, ont fait plus de 120 morts palestiniens, le bilan le plus lourd depuis sept ans, selon l'ONU.

Le gouvernement le plus à droite de l'histoire d’Israël

L'annonce de Benjamin Netanyahu est tombée après des semaines de négociations avec les partis ultra-orthodoxes et de l'extrême droite. Au terme des discussions, le parti de Benjamin Netanyahu, le Likoud, a signé des ententes avec ces partis extrêmistes. 

Ces accords prévoient une répartition de certains postes. À commencer par celui de ministre de la Sécurité nationale, qui serait confié à Itamar Ben Gvir de Force juive. Par ailleurs, le ministère en charge de la responsabilité des colonies en Cisjordanie occupée pourrait être confié à Bezalel Smotrich, chef du parti sioniste religieux. Arié Dery, leader du parti religieux Shass, devrait également hériter d'un portefeuille. 

Ce gouvernement est donc marqué par l’entrée au gouvernement de deux partis ultra orthodoxes, Shass et Judaïsme unifié de la Torah (UJT). Trois formations d'extrême droite "Sionisme religieux" de Bezalel Smotrich, Force juive d'Itamar Ben Gvir et Noam d'Avi Mao, sont également dans l’exécutif israélien. Selon des analystes, il pourrait s’agir du gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël.
 
Déchu du pouvoir, "Bibi" revient (encore)

- En juin 2021, le Premier ministre centriste sortant Yaïr Lapid avait évincé du pouvoir Benjamin Netanyahu, après 12 ans de règne continu. Yaïr Lapid était parvenu à rallier une coalition hétéroclite de partis de droite, du centre, de gauche et arabe, décidés à mettre un terme au règne de celui que l’on surnomme “Bibi”. 

- Relégué au rang de chef de l'opposition, il avait par la suite essuyé une défaite aux élections législatives de mars 2021. À l’issue des résultats du scrutin, "Bibi" avait promis de "renverser le gouvernement à la première occasion".

- Arrivé en tête des législatives du 1er novembre 2022, Benjamin Netanyahu est désormais l’homme politique à avoir passé le plus de temps à tête d'Israël. Il a été en poste par le passé de 1996 à 1999 et de 2009 à 2021.

- Cette année, le conservateur revient aux affaires malgré son inculpation pour corruption et alors que son procès est encore en cours. En Israël, le Premier ministre ne dispose d'aucune immunité judiciaire mais n'est pas contraint à démissionner ni à se retirer pendant la durée de son procès.

Certaines nominations doivent être validées par la Knesset 

Mais ces nominations, bien qu’officialisées, ne sont pas encore effectives. Les députés israéliens doivent encore voter en seconde et troisième lecture des projets de loi pour permettre à Arié Dery d'occuper un poste de ministre. Cette nomination pourrait être rejetée puisqu'il a  été reconnu coupable de fraude fiscale. Ce vote doit aussi concerner Ben Gvir, avant qu’il ait le droit d'étendre ses futurs pouvoirs de ministre de la Sécurité nationale sur la police israélienne.

Habitué à former des coalitions, Benjamin Netanyahu doit aussi distribuer les portefeuilles ministériels au sein de sa propre formation. Ce qui n'est pas une mince affaire car "il y a plus de demandes de députés du Likoud pour des portefeuilles importants que de postes disponibles à la suite des accords avec les autres partenaires de la coalition", notait mercredi le quotidien de centre-droit Maariv.
 
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La procureure générale d'Israël, Gali Baharav-Miara, a averti durant les tractations que des projets de loi du futur gouvernement menaçaient de faire d'Israël une "démocratie qui en a le nom, mais pas l'essence". "La politisation des forces de l'ordre portera un coup sérieux aux principes les plus fondamentaux de l'État de droit, c'est-à-dire l'égalité, l'absence d'arbitraire et l'impartialité", a-t-elle ajouté, précisant que "le blitz législatif" pourrait mener à des changements "profonds" et nécessitait "plus de discussions".