Israël : Benjamin Netanyahu, l’insubmersible, à nouveau au pouvoir

Benjamin Netanyahu se retrouve à nouveau à la tête d'Israël. Son parti le Likoud n'a obtenu que 32 sièges. Il est obligé de s'allier aux ultra-orthodoxes et à l'extrême droite pour avoir une majorité de 64 sièges sur les 120 qui composent la Knesset, le parlement israëlien. Une configuration qui ne fait pas peur à un homme que rien ne semble arrêter et qui proclame, dans sa biographie à paraître le 22 novembre, que son destin est "indissociable de celui d’Israël".
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Benjamin Netanyahu et sa femme Sara le 2 novembre célèbrent leur victoire au QG du Likoud à Jérusalem.
Benjamin Netanyahu et sa femme Sara le 2 novembre célèbrent leur victoire au QG du Likoud à Jérusalem.
© AP Photo/Tsafrir Abayov
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À la tête du gouvernement israélien pendant de nombreuses années et surnommé "Bibi", Benjamin Netanyahu considère que protéger son pays de ses ennemis est la mission de sa vie.

Dans la campagne pour ce scrutin, le cinquième en trois ans et demi, Benjamin Netanyahu a fait, comme à son habitude, l'unanimité sur un point : son énergie infatigable au service d'une volonté intacte de gouverner.
 
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"Bibi" en mission divine 

À 73 ans, cet homme aussi adoré qu'abhorré a parcouru le pays à travers la "Bibimobile", camion entièrement vitré et ultrasécurisé librement inspiré du véhicule du pape.

Pour la première fois depuis 2009, Benjamin Netanyahu ne concourrait pas en tant que Premier ministre sortant, ayant été détrôné en juin 2021 par une coalition hétéroclite.

Il ne raccrochera jamais sa veste de lui-même, affirme Aviv Bushinsky, son ancien porte-parole et fin connaisseur du Likoud, son parti. "Il fera tout ce qui est possible pour former une coalition, même les choses les plus folles. Il pense avoir reçu une mission de Dieu pour sauver le pays" confie le journaliste et professeur d’université à l’AFP.

Malgré son inculpation pour corruption dans une série d'affaires - allégations qu'il nie - "Bibi" peut compter sur un vivier inébranlable de supporteurs.

(RE)lire : Israël : le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans la tourmente
la "Bibimobile"
Le 6 octobre 2022, Netanyahu fait campagne à bord d'un camion de livraison pourvu d'une grande vitre blindée, ici à Hadera.
© AP Photo/Ariel Schalit

Israël comme État juif

Benjamin Netanyahu, père de trois enfants, est profondément marqué par l'héritage de la droite israélienne.

Né à Tel-Aviv le 21 octobre 1949, il tient ce bagage idéologique musclé de son père Benzion, ex-assistant de Zeev Jabotinsky, leader de la tendance sioniste dite "révisionniste", favorable au "Grand Israël".

À l'opposé du processus de paix israélo-palestinien des années 1990, qu'il a contribué à enterrer, Benjamin Netanyahu prône une vision d'Israël comme "État juif" avec des frontières s'étendant jusqu'à la Jordanie, d'où ses déclarations en faveur de l'annexion de pans de la Cisjordanie occupée et de mesures favorisant un boom des colonies.

(RE)voir : Israël : retour de Netanyahu et poussée de l'extrême droite
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L'incarnation du nouveau "Roi d'Israël" pour ses admirateurs


Pendant la dernière décennie où il était au pouvoir, les colonies en Cisjordanie ont dépassé les 475.000 habitants - une hausse de 50% - vivant en parallèle de 2,9 millions de Palestiniens, une présence accrue qui menace la création d'un État palestinien viable selon l'ONU.

Au tournant des années 1970, le jeune Netanyahu effectue son service militaire dans un commando d'élite. Mais c'est surtout son frère aîné, Yoni, qui se fait remarquer dans les rangs de l'armée.

En 1976, Yoni, commandant de l'unité chargée de libérer les otages d'un vol Tel-Aviv/Paris en Ouganda, est tué pendant l'assaut israélien. Il est considéré comme un héros en Israël.

"J'ai cru que ma vie était terminée", écrit dans son autobiographie publiée ce mois-ci Benjamin Netanyahu, qui fera de la "lutte contre le terrorisme", qu'il associe souvent aux Palestiniens ou aux Iraniens, l'un des fils conducteurs de sa carrière.

Ses admirateurs voient d'ailleurs en lui l'incarnation du nouveau "Roi d'Israël" pour sa défense arc-boutée du pays face à l'Iran et à son programme nucléaire, perçu comme le nouvel "Amalek", l'ennemi mortel des Hébreux dans la Bible.
Benjamin Netanyahu en 1986
Benjamin Netanyahu en 1986, ambassadeur d'Israël aux Nations Unies, s'adresse à Conseil de sécurité de l'ONU en février 1986, une réunion demandée par la Syrie qui protestait contre l'interception par Israël d'un jet libyen transportant vers Damas des officiels syriens.
© AP Photo/Richard Drew

Soldat, diplomate, Premier ministre

Alors qu'il tient des propos durs vis-à-vis du leadership palestinien, il a conclu des accords de normalisation en 2020 avec des pays arabes (Émirats arabes unis, Bahreïn, Soudan, Maroc) sous l'égide de Washington.

(RE)lire : Le Maroc et Israël signent un accord de coopération sécuritaire

Orateur né, il est aussi diplomate de carrière, en poste aux États-Unis, pays où il a étudié, puis ambassadeur à l'ONU dans les années 1980.

En 1996, à 46 ans, il triomphe du doyen Shimon Peres et devient le plus jeune Premier ministre de l'histoire d'Israël. Il restera trois ans au pouvoir.

Il fait une pause politique puis finit par revenir à cette passion en prenant la tête du Likoud, jusqu'à redevenir Premier ministre en 2009 jusqu'en 2021.
 
A Jérusalem, devant le mont des Oliviers, peu de temps avant d'être élu Premier ministre en février 2009.
A Jérusalem, devant le mont des Oliviers, peu de temps avant d'être élu Premier ministre en février 2009.
© AP Photo/Sebastian Scheiner

Une vie "indissociable de l’histoire d’Israël"

"Soldat, j'ai combattu pour défendre Israël sur les champs de bataille. Diplomate, j'ai repoussé des attaques contre sa légitimité dans des forums internationaux. Ministre des Finances et Premier ministre, j'ai cherché à renforcer son pouvoir économique et politique parmi les nations", peut-on lire dans sa biographie "Bibi, my history" qui paraît le 22 novembre. 

"Né un an après la fondation de l’État juif, j’ai consacré ma vie à combattre les forces qui ont cherché à le détruire et faire la paix avec ceux qui le soutiennent" déclare—il dans un communiqué de sa maison d’édition. "Mon histoire est faite de drames et de triomphes, de défaites et de succès, de leçons apprises et de proches qui me chérissent. Elle est indissociable de celle d’Israël qui a prouvé que la foi peut résoudre et surmonter ce qui paraissait perdu d’avance pour le transformer en avenir radieux."

Allié et imitateur de Trump

Joshua Cohen, écrivain américain qui a remporté le prix Pulitzer pour son roman "Les Nétanyahou" en mai 2022 soulignait dans un entretien à Associated Press que Netanyahu est un allié de l'ancien président des États-Unis Donald Trump dont il imite la façon d’exercer le pouvoir.

Il se présente comme le seul leader capable de guider Israël dans ces temps difficiles, balaye les critiques des médias en les qualifiant de "fake news" et accuse la justice de mener une "chasse aux sorcières" contre lui. 
 
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Comme Trump, son gouvernement a laissé le pays profondément divisé entre ses partisans qui le voient comme un sauveur messianique et des opposants qui le considèrent comme un fasciste corrompu qui menace les fondements de la démocratie.

"Mais tout le monde a regardé le spectacle", note Joshua Cohen, écrivain américain.