JO-2024 : la participation des athlètes russes et bélarusses fait débat

L’Ukraine et certains pays alliés s’opposent à la participation des athlètes russes en compétition internationale. En revanche, le Comité International Olympique et les États-Unis s’accordent à accepter leur présence « sous bannière neutre ».

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Un drapeau russe flotte lors des Jeux Olympiques d'hiver de Sochi, le 18 férvier 2014.
Un drapeau russe flotte lors des Jeux Olympiques d'hiver de Sochi, le 18 férvier 2014.
AP/David J. Phillip
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Le malaise grandit à mesure que la compétition se rapproche. Les athlètes russes et bélarusses pourront-ils concourir aux Jeux Olympiques de 2024 de Paris ? Les États-Unis se sont récemment prononcés en faveur de leur participation mais sous bannière neutre et sans emblèmes nationaux.

"Il doit être absolument clair qu'ils ne représentent pas les États russe ou bélarusse", a affirmé la porte-parole de la Maison Blanche Karine Jean-Pierre. "L'utilisation des drapeaux russe et bélarusse, d'emblèmes ou d'hymnes doivent aussi être interdits."

La participation, ou non, de ces sportifs aux Jeux olympiques de 2024 est une question aussi sensible que politique. Depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine, fin février 2022, Russes et Bélarusses ont été bannis de la plupart des événements sportifs mondiaux. 

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« Comité Olympique Russe »

Les athlètes russes concourent sous bannière neutre depuis 2018 : AOR « Athlètes olympiques de Russie » pour les JO de Pyeongchang (2018) et ROC pour « Comité Olympique Russe » pour les JO de Tokyo (2020) et Pékin (2022)).

Un recours au dopage à grande échelle avait provoqué cette exclusion de la Russie des Jeux. Selon l'Agence mondiale antidopage (AMA), un "système de dopage d'État" a concerné trente sports entre 2011 et 2015 et a impliqué les services secrets russes (FSB), qui remplaçaient durant les Jeux de Sotchi de 2014 des échantillons de sportifs dopés par des fioles d'urine "propres" stockés au préalable.

Menace de boycott 

Le Comité international olympique (CIO) a lui proposé une feuille de route pour organiser le retour des sportifs bannis sous drapeau neutre, à condition qu'ils n'aient "pas activement soutenu la guerre en Ukraine". 

"Aucun athlète ne devrait être interdit de compétition sur la seule base de son passeport", avait assuré l'exécutif de cette instance.

Les athlètes ne devraient pas "souffrir (...) de décisions qui ne les concernent pas", a estimé, à titre personnel, le président du Comité d'organisation des JO-2024 Tony Estanguet. "Mon rôle d'organisateur, c'est d'offrir aux athlètes du monde entier les meilleures conditions d'organisation et de sécurité. Quelles que soient les délégations qui seront autorisés à participer, il faut qu'ils soient en sécurité".

Une position inaudible pour Kiev qui souhaite que les athlètes russes soient tous interdits de compétition aux JO de l'été 2024. Le pouvoir ukrainien a immédiatement menacé de boycotter la compétition. Le conseiller auprès du président ukrainien, Mikhaïlo Podolyak, a accusé le CIO d'être "un promoteur de la guerre, du meurtre et de la destruction". 

Le pays a par ailleurs été appuyé par ses alliés baltes ainsi que la Pologne. La Lettonie a ainsi prévenu qu'elle ne "participer(ait) pas aux Jeux aux côtés du pays agresseur ». Le mouvement pourrait croître. Le ministre des Sports polonais, Kamil Bortniczuk, a dit s'attendre à ce qu'une quarantaine de pays, comme la Grande-Bretagne ou des membres de l'Union européenne, s'opposent à la présence d'athlètes russes et bélarusses aux JO de Paris. 

"Je pense que la semaine prochaine révélera une attitude très ferme de la part des représentants de 40 pays", a déclaré Kamil Bortniczuk. 

"Égalité" 

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a remercié en retour les nations s'étant opposées au retour des athlètes russes et bélarusses, qui "légitimerait l'agression criminelle contre l'Ukraine". "Nous ne laisserons pas le sport être utilisé (...) pour la propagande de guerre", a-t-il déclaré sur Twitter. 

La Première ministre estonienne Kaja Kallas a elle aussi jugé que laisser les Russes concourir "serait se moquer des Ukrainiens et des dizaines de milliers d'entre eux qui ont perdu la vie dans le pire crime contre l'humanité perpétré en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale". 

Le comité olympique russe estime de son côté que ses sportifs devraient pouvoir participer aux Jeux olympiques sans restriction. "La Charte olympique stipule que tous les athlètes doivent participer sur un pied d'égalité", a-t-il martelé. 

Depuis le début de la guerre en Ukraine, le CIO souligne que la mise au ban des athlètes russes et bélarusses n'est pas une "sanction", puisqu'ils ne portent aucune responsabilité directe dans l'invasion, mais une "mesure de protection" des compétitions et de leur propre sécurité, prise "le cœur lourd" et contraire à ses valeurs d'universalité du sport. 

À environ un an et demi du coup d'envoi des JO de Paris, la question est loin d'être réglée et ne le sera sans doute pas tout de suite.