La fonte des glaces de l'Antarctique pourrait menacer les océans "pour plusieurs siècles"

La fonte rapide des glaces de l'Antarctique menace de ralentir considérablement les courants d'eau profonde dans les océans, limitant la diffusion de l'eau douce, de l'oxygène et des nutriments pour plusieurs siècles. C'est ce que démontre une étude parue dans la revue Nature.
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Un bateau navigue à coté de larges icebergs à Kulusuk, au Groenland, le 15 août 2019.
Un bateau navigue à coté de larges icebergs à Kulusuk, au Groenland, le 15 août 2019.
AP Photo/Felipe Dana
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Selon une nouvelle modélisation, l'accélération de la fonte des glaces de l'Antarctique est susceptible d'entraîner un "ralentissement substantiel" de la circulation de l'eau dans les profondeurs de l'océan si les émissions mondiales de carbone restent élevées. C'est ce qu'ont indiqué des chercheurs dans une étude.

La "circulation de retournement" des eaux dans les profondeurs des océans ralentirait de 40% d'ici 2050 dans un scénario de fortes émissions, selon l'étude, qui met en garde contre des impacts qui dureraient "pendant des siècles". 

Si le modèle se vérifie, le courant océanique profond sera "sur une trajectoire qui semble aller vers l'effondrement", a déclaré Matthew England, professeur de climatologie à l'université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW), qui a coordonné l'étude. 

Eau
Un homme boit de l'eau depuis un point deau à Hyderabad en Inde, le 22 mars 2023.
AP Photo/Mahesh Kumar

Selon cette étude, des billions de tonnes d'eau froide, très salée et riche en oxygène coulent chaque année autour de l'Antarctique, envoyant un courant d'eau profonde vers le nord, dans les océans Indien, Pacifique et Atlantique. 

Toutefois, les volumes plus importants de glace fondante rendent les eaux antarctiques moins denses et moins salées, ce qui ralentit la circulation des eaux profondes et a des conséquences sur le climat, le niveau de la mer et les écosystèmes marins. 

"Si les océans avaient des poumons, ce serait l'un d'entre eux", a déclaré Matthew England. Et si les océans stagnent en dessous de 4.000 mètres, "les nutriments seront piégés dans les eaux profondes, ce qui réduira la quantité de nutriments disponibles pour la vie marine près de la surface de l'océan", a-t-il ajouté. 

Il est urgent que le monde réduise radicalement ses émissions pour sortir de la voie des fortes émissions que nous suivons actuellement. John Church, professeur émérite de l'UNSW

John Church, professeur émérite de l'UNSW (The University of New South Wales), qui n'a pas participé à l'étude, a déclaré qu'il existait de nombreuses incertitudes quant à l'impact d'une diminution de la circulation océanique profonde. 

"Mais il semble presque certain que le maintien d'un niveau élevé d'émissions de gaz à effet de serre aura des effets encore plus profonds sur l'océan et le système climatique", a déclaré John Church. "Il est urgent que le monde réduise radicalement ses émissions pour sortir de la voie des fortes émissions que nous suivons actuellement."