Le racisme contre les populations autochtones s’aggrave-t-il en Australie ?

À quelques jours d’un référendum inédit sur les droits des Aborigènes en Australie le 14 octobre prochain, le pays connaît un déchaînement d’attaques racistes dans les médias et sur internet justement contre les populations autochtones. Retour sur le racisme structurel de la société australienne qui plonge ses racines dans la période coloniale britannique.

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Un piéton passe devant une affiche qui appelle à voter "Oui" pour le référendum, à Sydney, en Australie, le lundi 11 septembre 2023.

© Photo AP/Mark Baker
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Pour la première fois de son histoire, l’Australie organise un référendum le 14 octobre prochain sur les droits des Aborigènes dont les ancêtres sont apparus sur ce vaste territoire il y a au moins 60 000 ans.

Un racisme structurel ?

Si jamais le « oui » l’emportait, les populations autochtones bénéficieraient alors d’une reconnaissance historique dans la constitution, avec en particulier la création d’un organe consultatif qui les représenterait auprès du parlement et du gouvernement pour toutes les questions les concernant.

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Présentée comme l’une des réformes phares du gouvernement travailliste du premier ministre Anthony Albanese, cette réforme pourrait enfin donner aux Aborigènes les moyens de lutter contre les inégalités dont ils sont toujours victimes plus de deux siècles après la colonisation britannique.

Malheureusement, à l’approche du scrutin, les débats suscités par cette réforme ont surtout généré un déchainement raciste à l’encontre des premiers habitants du pays, plutôt que le rapprochement espéré par les partisans du projet avec les autres Australiens.

« Il y a eu des attaques personnelles, au cours desquelles certains ont été qualifiés de « non Australiens », et qui alimentent des stéréotypes raciaux », a ainsi déclaré Chin Tan, commissaire à la discrimination raciale de la Commission australienne des droits de l’homme, cité par nos confrères de l’AFP.

Cette semaine, la sénatrice aborigène Lidia Thorpe a affirmé que la police fédérale australienne a échoué à la protéger alors qu’elle est actuellement la cible d’une violente campagne raciste de groupuscules néonazis de Melbourne, la ville dans laquelle elle est basée.

D’ailleurs, les derniers sondages montrent qu’environ 60% des électeurs sont opposés à la réforme, un quasi-renversement de la situation par rapport à il y a tout juste un an. Des chiffres qui traduisent pour partie tout au moins, la persistance du racisme structurel de la société australienne.

Ces dernières années, de nouveaux partis xénophobes et racistes affichent ouvertement leurs discours de haine. Ainsi, dès le milieu des années 1990, Pauline Hanson, alors députée indépendante et co-fondatrice du parti d’extrême droite « One Nation », dénonce pêle-mêle l’immigration asiatique, les « privilèges » des aborigènes ou encore le multiculturalisme.

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Une dynamique qui culmine avec les attentats de 2019 à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, au cours desquels un suprématiste australien de 28 ans ouvre le feu dans une mosquée faisant 51 morts et 49 blessés.

La situation ne s’améliore pas malgré les engagements de l’Australie

Pourtant dès 2009, l’avocat américain Stephen James Anaya, alors rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l'homme et des libertés fondamentales des populations autochtones, appelait déjà le gouvernement australien à résoudre les problèmes auxquels étaient confrontés les Aborigènes et les insulaires du détroit de Torrès [archipel situé entre l’Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, NDLR].

Activiste aborigene

L'Autochtone Josh Sly des Muggera Dancers prépare un feu pour une cérémonie au cours d'un rassemblement organisé à Sydney, le 26 janvier 2023, jour de l'indépendance australienne considéré par les populations autochtones comme le jour de l'invasion.

© AP Photo/Rick Rycroft

Huit ans plus tard, en 2017, celle qui lui succède à ce poste, l’activiste philippine Victoria Tauli-Corpuz constate que la situation n’a pas évolué en Australie.

Cette année-là, après une visite de deux semaines dans le pays, Victoria Tauli-Corpuz fustige dans un rapport préliminaire les inégalités qui perdurent, tout comme le racisme à l’égard des populations autochtones.

 

Mon peuple, les Noongar, a été violemment dépossédé de ses terres par les Britanniques et a été réduit en esclavage

Hannah McGlade, avocate et militante autochtone australienne

Un constat partagé par l’avocate et militante autochtone australienne Hannah McGlade, qui affirmait en avril dernier à nos confrères d’ONU Info qu’en Australie, « le racisme est encore très présent dans les médias et dans la société. »

« Mon peuple, les Noongar [population du sud-ouest de l’Australie-Occidentale, ndlr], a été violemment dépossédé de ses terres par les Britanniques et a été réduit en esclavage : mon arrière-grand-mère était une « enfant travailleuse » qui travaillait sous contrat. », avait précisé Hannah McGlade.

« Les personnes qui ont résisté aux lois très cruelles de l'époque ont été incarcérées et emmenées de leur pays, enchaînées, jusqu'à une île-prison, où beaucoup sont mortes. Les enfants autochtones ont été enlevés de force à leur famille, en masse, dans le cadre d'une politique dite d'assimilation. », avait-t-elle ajouté.

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Depuis l’arrivée des colons anglais en Australie au 19ème siècle, les Aborigènes pourtant installés sur ces terres depuis des millénaires vivent au ban de la société.

Or, comme nous le rappelle l’universitaire Alexandra Sauvage-Garduño dans un article intitulé « Premiers Australiens ! », paru en 2005 dans la revue Outre-Terre : « En 1991, le gouvernement australien met en place un programme de réconciliation nationale. Il a sur dix ans pour objectif principal de sensibiliser à l’héritage colonial afin de rendre justice à la minorité aborigène, largement marginalisée depuis la colonisation du continent. »

Malheureusement, la situation peine toujours à s’améliorer significativement. Il a fallu par exemple attendre 2008 pour qu’un Premier ministre australien, Kevin Rudd, présente des excuses officielles aux Aborigènes « pour que les injustices passées ne se reproduisent jamais. »

Lancée en 2009, l’initiative « Closing the gap », combler l’écart en français, destinée à mesurer et réduire les inégalités dans des domaines tels que l’éducation, la santé ou encore l’emploi, démontre chaque année à quel point les avancées sont timides.

Dans le rapport 2023, « seuls quatre des dix-neuf objectifs sont en passe d’être atteints : la scolarisation préscolaire, la détention des jeunes, l’emploi et les terres soumises aux droits ou intérêts légaux des Aborigènes et des insulaires du détroit de Torres. »