Libye : 2,5 tonnes d'uranium disparues puis retrouvées

Les conteneurs d'uranium d'environ 2,5 tonnes signalés comme disparus ont été rerouvés annonce un général des forces armées libyenne. L'AIEA va mener des investigations pour clarifier les circonstances de cette disparition.
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Rafael Grossi
Le directeur de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique Rafael Grossi lors d'une conférence à Vienne, le 6 février 2023.
AP Photo/Heinz-Peter Bader
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Le général Khaled al-Mahjoub, commandant de la direction de la communication des forces de l'Armée nationale libyenne (ANL) de l'homme fort de l'Est libyen, Khalifa Haftar, a indiqué sur sa page Facebook que les conteneurs avait été retrouvés à "à peine cinq kilomètres" du site où ils étaient stockés dans la région de Sebha dans le sud de la Libye.

Il a publié une vidéo montrant un homme portant une combinaison de protection comptant, en anglais, 18 conteneurs de couleur bleu, soit l'ensemble de l'uranium qui était stocké sur le site. "La situation est sous contrôle, l'AIEA a été informée", a déclaré le général Mahjoub à l'AFP.

Retrouvés par l'armée libyenne

Dans sa publication sur Facebook, le général Mahjoub a affirmé qu'après que la disparition des conteneurs a été constatée lors d'une visite des inspecteurs de l'AIEA, "une force de l'ANL armée les a retrouvés à peine cinq km du dépôt en direction de la frontière tchadienne". Il a estimé que les conteneurs avaient été volés avant d'être abandonnés "par une faction tchadienne, en croyant qu'il s'agissait d'armes ou de munitions".

Profitant du chaos et de frontières poreuses, plusieurs factions tchadiennes et soudanaises ont établi leurs bases arrières dans le sud libyen, voisin de leurs pays, pour y s'adonner à divers trafics.

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) avait signalé la disparition d'environ 2,5 tonnes d'uranium naturel d'un site en Libye. Au cours d'une visite le 14 mars, des inspecteurs de l'instance des Nations unies "ont découvert que 10 conteneurs avec environ 2,5 tonnes d'uranium naturel sous forme de concentré d'uranium (NDLR : UOC, aussi appelé "yellow cake") n'étaient pas présents là où ils avaient été déclarés par les autorités", a écrit le directeur général Rafael Grossi dans un rapport aux Etats membres.

L'AIEA précise qu'elle va mener des investigations "complémentaires" pour "clarifier les circonstances de la disparition de cette matière nucléaire et sa localisation actuelle".

Cette perte d'informations est susceptible de poser un risque radiologique.Agence internationale de l'énergie atomique

Si le "yellow cake" est considéré comme une matière à faible niveau de radioactivité, "cette perte d'informations est susceptible de poser un risque radiologique" et "des inquiétudes en terme de sécurité nucléaire", selon le document confidentiel  de l'AIEA. Le site, qui n'est pas nommé, "ne se trouve pas sous le contrôle du gouvernement" reconnu par l'ONU à l'Ouest, précise-t-il. 

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Un site régulièrement surveillé

L'AIEA le surveille de manière régulière "à travers l'analyse des images satellite et des informations en libre accès". Au vu des résultats de ces analyses, elle a voulu se rendre sur place "malgré une situation sécuritaire préoccupante dans la région et une logistique complexe" pour y accéder.

L'inspection devait initialement avoir lieu en 2022, mais avait dû être repoussée du fait de ce contexte délicat. L'instance onusienne se dit "prête à fournir l'assistance nécessaire" pour faire la lumière dans ce dossier.

La Libye a abandonné en 2003 son programme de développement de l'arme nucléaire, sous l'égide de l'ancien dirigeant Mouammar Kadhafi. Depuis sa chute en 2011 après 42 années de dictature, le pays est enlisé dans une crise politique majeure, avec des pouvoirs rivaux basés dans l'Est et l'Ouest, une myriade de milices, des mercenaires disséminés dans le pays, sur fond d'ingérences étrangères.

Deux gouvernements se disputent le pouvoir, l'un installé à Tripoli (ouest) et reconnu par l'ONU, l'autre soutenu par l'homme fort de l'Est libyen, le maréchal Khalifa Haftar.