Offensive terrestre sur Gaza : quelles sont les forces et les faiblesses de l'armée israélienne ?

C'est une des armées les puissantes au monde. Les forces de défense de l’État d’Israël ont acquis pendant de nombreuses décennies une réputation d'invincibilité renforcée par le soutien financier d'un allié stratégique Washington. Mais ces dernières années les conflits contre le Hezbollah libanais en 2006 ou le Hamas palestinien en 2014 ont mis en avant les difficultés de l'armée israélienne à faire face aux combats asymétriques. Tour d'horizon des forces et faiblesses de l'armée israélienne.

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CHARS ISRAELIENS TANKS

Des tankistes israéliens sur leur char Merkava prennent position devant la frontière libanaise ce 14 octobre 2023.

AP Photo/Petros Giannakouris
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Est-ce le prélude à une invasion terrestre de Gaza ?  L’armée israélienne a annoncé avoir mené des « opérations ciblées » avec des « chars et de l’infanterie » dans le nord de la bande de Gaza dans la nuit de mercredi à jeudi 26 octobre. L'armée israélienne prépare « les prochaines étapes du combat ». L'état major israélien a mobilisé plus de 350 000 hommes. Une situation inédite depuis la guerre au Liban en 2006 contre le Hezbollah. 

Lire : que pèse militairement le Hezbollah ?

Une des armées les plus puissantes du monde

Les forces israéliennes sont aujourd'hui une des armées les plus puissantes, les mieux équipées au monde. Chaque année, l’État d’Israël dépense un peu plus de 4,5% de la richesse nationale du pays dans son armement. La France, elle, dépense un peu moins de 2% de sa richesse nationale, les États-Unis, première puissance militaire, un peu plus de 3%.

Ce pays de seulement 9,6 millions d'habitants, en guerre depuis 1948, est  aujourd’hui le 15ème pays consacrant le plus d'argent à ses forces armées. Le budget d'armement atteint 2500 dollars par habitant contre 652 dollars par habitant pour la France. Le pays selon le SIPRI (l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm) est devenu en quelques années le 10ème pays exportateur d'armes au monde. À la pointe de la technologie, l'industrie de défense israélienne a développé des systèmes d'armes perfectionnés. C'est le cas du "Dôme de fer", un système anti missiles ou le missile Arrow. L'armée de terre possède d'environ 2200 blindés, c'est dix fois plus que l'armée française. L'armée israélienne au lendemain de la guerre de Kippour en 1973 contre l’Égypte et la Syrie a développé son propre char, le Merkava, blindé modernisé régulièrement et aux nombreuses versions. L'armée israélienne possède également plus de 530 pièces d'artillerie.

TANKS ISRAELIENS  GAZA

Des tanks israéliens prennent position devant la frontière avec la bande de Gaza ce 15 octobre.

AP Photo/Ohad Zwigenberg

L'armée de l'air, son principal atout

La grande force de l'armée israélienne réside dans ses forces aériennes. Elles disposent de 339 avions de combats contre 200 pour l'armée de l'air française. Le parc est composé d'avions de fabrication américaine, 200 F16, des F15 et une cinquantaine d'unités d'avion cinquième génération, le F35. Ces machines derniers cris sont équipés d'une avionique -l'électronique embarquée- 100% israélienne produit par le groupe d'électronique de défense Elbit Sytems. Les forces israéliennes sont aussi dotées d’hélicoptères d’attaque (deux escadrons d’Apache) et d’une flotte de drones, allant de simples appareils de surveillance pour aider au guidage de tirs d’artillerie à des engins armés, associant capacités de renseignement et de frappe. 

ISRAEL F16

Un avion de combat israélien, un F16, sur une base aérienne allemande, le 20 août 2020. L'armée de l'air israélienne possède plus de 330 avions de combat.

AP Photo/Martin Meissner

Israël, sans l'avoir jamais reconnu officiellement possède l'arme nucléaire avec une centaine de têtes nucléaires.

Quelle offensive terrestre ?

La marine israélienne est elle plus modeste. Elle s'appuie surtout sur ses six sous-marins d'attaque. Israël est surtout une nation en armes. Les jeunes hommes doivent effectuer leur service militaire pendant presque trois ans, deux ans pour les jeunes femmes. Après la fin de leur service, les citoyens israéliens jusqu'à l'âge de 40 ans deviennent réservistes et doivent donner un mois de leur temps chaque année.

Les forces israéliennes ont 170 000 militaires en activité (126 000 pour l'armée de Terre). Plus de 465 000 réservistes sont mobilisables. Depuis les attaques du Hamas du 7 octobre, Tsahal a rappelé 350 000 soldats sous les drapeaux.

Israël, ces dernières années a mené de vaste offensives terrestres contre le Hamas en 2006, en réponse à l'enlèvement du soldat Gilad Shalit , en 2008-2009 pour l'opération "Plomb durci" et en 2014 pour l'opération "Bordure protectrice". À chaque fois Israël a mobilisé un nombre de soldats conséquent sans pour autant réussir à éliminer militairement le Hamas dans la bande de Gaza.

Lire : qui est Mohammed Deif, l'homme derrière les attaques du Hamas contre Israël ?

Si elle lance une offensive terrestre, l'armée israélienne pourrait engager son infanterie mécanisée. Elle est constitué de sept brigades, composées chacune de 3000 hommes pour envahir le nord de la bande de Gaza. L'armée pourrait suivre la méthode employée par les forces régulières dans leur conquête de Mossoul. Elle consiste à ne pas utiliser les principaux axes routiers des villes mais prendre d'autres chemins.

Cela implique la destruction d’immeubles grâce notamment à des bulldozers blindés. La progression est lente. Moins de 400 mètres par jour. Pour cela il faut des hommes bien entraînés. Les forces israéliennes en disposent-elles assez pour envahir la ville Gaza, au nord de la bande de gaza ?

Le poids des réservistes

Des points d'interrogation entourent la capacité combative des réservistes. En 2006, suite à la mort de 8 soldats israéliens par des hommes du Hezbollah, le gouvernement israélien ordonne l'invasion du sud-Liban pour détruire la milice chiite. Des réservistes sont mobilisés. L'armée israélienne ne réussit pas a détruire les capacités militaires de la milice chiite. L'opération est un échec. Une commission d'enquête est alors mise en place pour comprendre les échecs de l'armée israélienne. Elle est dirigée par un juge à la retraite Eliyahu Winograd. La commission estime alors en 2008 que les réservistes ont fait preuve "d'un manque d'efficacité au combat et manquaient d'équipement".

Un peu plus de 17 ans après les combats au Liban la question de la préparation et du nombre des réservistes fait toujours débat en Israël. Yitzhak Brick, général à la retraite et médiateur de l'armée dénonçait ainsi les coupures budgétaires qui réduisent les périodes d'entrainement pour les réservistes. "Nous ne nous sommes pas préparés à la guerre difficile qui nous attend dans quelques mois ou quelques années", estimait-il en août dernier.

Mais surtout le nombre de soldats dans les unités combattantes a stagné alors que des forces comme le Hamas ou le Hezbollah se sont renforcés au cours des années. Les forces israéliennes font face à un manque de personnel. En juillet 2021, le général israélien Eyal Zamir, chef d'état major sortant, donne un dernier discours public devant ses soldats. Il doit transmettre le commandement de l'armée à son successeur, le général Herzl Halevi. "Nous avons besoin d'une masse critique pour faire face à des menaces complexes", constate alors le général sur le départ.

"La démographie du pays a changé. Le nombre d'Arabes israéliens a augmenté ainsi que celui des Juifs orthodoxes qui ne font pas leurs service militaire, deux groupes qui ne font pas leur service. 50% des jeunes en âge de faire leur service n’intègrent pas l'armée. Le service militaire pour les hommes est passé de 36 à 30 mois avec un effet sur les effectifs ", explique à son tour le journaliste israélien Ben Caspit dans la revue Al-Monitor.

Combattre en milieu urbain

Israël en un temps record a réussi à mobiliser 350 000 hommes. Quels seront les objectifs de guerre ? Le soir même après l'attaque du 7 octobre, le premier ministre Benjamin Netanyahu a fixé comme objectif "la destruction du Hamas".

Gérard Chaliand, géopolitologue et spécialiste des conflits asymétriques ne croit pas que l'armée israélienne soit capable de détruire entièrement le Hamas. "Sans vouloir le dire publiquement l'armée israélienne a conscience que ce sera compliqué d'éliminer totalement le Hamas. Ils veulent en tous cas affaiblir le mouvement islamiste. La première phase va consister à bombarder, détruire au maximum surtout avec le concours de l'aviation pour éviter des pertes trop élevés pour les soldats israéliens sur le terrain. C'est une véritable épreuve de force. Il faudra combattre sur le sol mais aussi sous le sol et détecter les souterrains des forces armées du Hamas. Sur le terrain, dans Gaza ville, les combats seront lents, durs", explique Gérard Chaliand.

Interrogé sur TV5MONDE, le général français Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la Revue nationale de défense abonde dans le même sens. Entrer dans Gaza c'est rentrer dans un territoire extrêmement complexe, à la forte densité urbaine et que le Hamas connaît extrêmement bien. "Les unités (les soldats israéliens) vont essentiellement travailler de nuit pour infliger un maximum de perte et avec des bombardements systématiques", explique le général. "C'est une opération difficile car il faut rappeler que le Hamas détient un peu plus de 200 otages", ajoute le général français.

Le coût de la guerre

"L'armée israélienne en a conscience mais politiquement ils sont obligés de rentrer dans Gaza après ce qu'il s'est passé le 7 octobre avec la mort de plus de 1400 israéliens", explique pour sa part Gérard Chaliand.

Ce conflit entre Israël et le Hamas aura des conséquences économiques pour l'économie israélienne. La mobilisation de plusieurs dizaines de milliers de réservistes avait coûté en 2014 plus de 2 milliards de dollars. La mobilisation de plus de 170 000 réservistes a déjà couté plus de 6 milliards de dollars à l'économie du pays selon les projections de la banque israélienne Hapoalim.

Le bilan humain est déjà lourd. Plus de 1400 Israéliens et plus de 6000 Palestiniens ont déja trouvé la mort dans ce conflit.