Pologne : pourquoi les élections législatives du 15 octobre sont cruciales

Les populistes-nationalistes resteront-ils au pouvoir ? La Pologne se prépare à des élections serrées dimanche, considérées comme cruciales pour l'avenir du pays et dont l'issue, selon les sondages, dépendra des résultats des petits partis, nécessaires pour former une coalition.

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Pologne

Des bannières de campagne politique sont affichées à Gorno, en Pologne, le 11 octobre 2023.

AP Photo/Michal Dyjuk
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L'issue incertaine du scrutin législatif de ce 15 octobre en Pologne risque d'aggraver encore les tensions avec l'UE et l'Ukraine voisine, affaiblir davantage les libertés démocratiques, telles que l’État de droit et la liberté de la presse, alors que les populistes tentent d'obtenir un troisième mandat consécutif face à l'opposition libérale dirigée par l'ancien président du Conseil européen, Donald Tusk.

Ce qui est en jeu, c'est l'avenir de la démocratie en Pologne et l'avenir de la Pologne en tant que démocratie et Etat de droit.
Dorota Dakowska, professeure de science politique à Aix-en-Provence

Un scrutin incertain vers un gouvernement de coalition

Si tous les sondages placent le parti populiste-nationaliste Droit et Justice (PiS), en première position, il semble impossible qu'il obtienne une majorité absolue. Selon un sondage réalisé les 9 et 10 octobre par la fondation Ibris, le PiS obtiendrait 33,5% des voix, devant la Coalition civique (centre) 28%, la Troisième voie (chrétien-démocrate) 10,9%, la Gauche 10,1% et la Confédération (extrême droite) 9,2%.   

Le partenaire le plus probable du PiS serait alors la Confédération, une formation ultranationaliste, libertarienne et anti-européenne, qui a appelé à en finir avec l'aide à l'Ukraine. Selon cette hypothèse, le PiS et la Confédération obtiendraient ensemble une courte majorité au sein du parlement polonais, qui compte 460 sièges.

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Toutefois, quelques autres sondages tout récents montrent que les deux partis n'atteignent pas la majorité requise. En revanche, la Coalition civique, dirigée par l'ex-Premier ministre Donald Tusk, pourrait être en mesure de former une majorité avec la Troisième voie et la Gauche. "Le PiS ne formera pas le prochain gouvernement en Pologne", estime Wojciech Przybylski, analyste politique du groupe Visegrad Insight, soulignant qu'une alliance PiS-Confédération semble peu probable.  Selon lui, "l'opposition a désormais plus de chances pour former un prochain gouvernement".

Interdiction de l'avortement et rhétorique anti-migrants

Les partisans du PiS affirment que leur victoire permettra au parti de concrétiser sa vision d'une Pologne puissante et souveraine, fondée sur des valeurs traditionnelles, qui maintiendra l'interdiction de l'avortement. "Il n'y a rien de mieux en vue", dit Eugeniusz Krzyszton, un petit agriculteur de 71 ans vivant à Godziszow, un village qui a voté à 89% pour le PiS lors des dernières élections de 2019. 

Interrogé sur les problèmes économiques que la Pologne a connus ces dernières années, il répond que "le gouvernement a fait de son mieux". La campagne a été extrêmement polarisée, marquée par des attaques personnelles contre Donald Tusk, orchestrées par le parti au pouvoir qui l'a accusé d'agir dans l'intérêt de Berlin, Moscou et Bruxelles. 

Le PiS a intensifié sa rhétorique anti-migrants. Le Premier ministre Mateusz Morawiecki a déclaré que les familles polonaises devraient être protégées contre ces immigrés illégaux "qui n'ont aucun respect pour notre culture" et dont l'arrivée risque d'ouvrir la voie à une "guerre sainte" en Europe. Selon l'opposition, une victoire du PiS entraînerait des tensions croissantes avec l'Union européenne. L'opposition accuse le gouvernement de préparer un "Polexit", la sortie de l'UE. 

"L'élection la plus importante"

"Il est grand temps de revenir à la normale, à l’État de droit, à la liberté de choix et d'expression", souligne Monika Pieleszynska, une employée de bureau de 43 ans, lors d'un grand rassemblement de l'opposition ce mois-ci.

Dorota Dakowska, professeure de science politique à Aix-en-Provence, dans le sud de la France, estime qu'il s'agira de "l'élection la plus importante" depuis le premier vote de la période post-communiste en 1989. "Ce qui est en jeu, c'est l'avenir de la démocratie en Pologne et l'avenir de la Pologne en tant que démocratie et Etat de droit", déclare-t-elle.

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Une remise en question du soutien à l'Ukraine

Kiev aussi observe la situation avec circonspection, car un gouvernement polonais où la Confédération aurait son mot à dire risquerait de détourner Varsovie de sa voie pro-ukrainienne. La Pologne a compté parmi les principaux soutiens de l'Ukraine au sein de l'UE et de l'Otan, et a accueilli un million de réfugiés ukrainiens, mais la lassitude grandit chez nombre de Polonais. Le gouvernement s'est brouillé récemment avec Kiev au sujet de l'interdiction d'importations de céréales, arguant de la nécessité de protéger les agriculteurs polonais.

Selon Marcin Zaborowski, expert au sein du groupe de réflexion Globsec, le PiS avait adopté une position plus froide à l'égard de l'Ukraine dans le but d'obtenir des votes nationalistes. "Après les élections, il risque d'être trop tard pour revenir sur cette position, car le mal aura été fait", prévient-il.