Que peut faire "la finance durale" dans la lutte contre le changement climatique ?

Le 10ème forum de l’OCDE sur la finance verte et l’investissement s’est tenu cette semaine à Paris. Retour sur la notion de finance durable. Que peut-elle apporter à la lutte contre le changement climatique ?

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Eoliennes et mines de charbon

Les tours de l'ancienne mine de charbon Auguste Victoria photographiées devant des éoliennes à Marl, en Allemagne, le jeudi 7 septembre 2023.

© AP Photo/Martin Meissner
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En septembre dernier, les observations du programme satellitaire Copernicus ont conclu que la période de juin à août de cette année a été la plus chaude jamais enregistrée au niveau mondial, avec une température moyenne de 16,77°C, soit 0,66°C au-dessus de la moyenne. 

La finance durable n’est pas une nouveauté

Ces derniers mois ont en effet été marqués par de nombreux événements extrêmes tels que des sécheresses graves, des dômes de chaleur ou encore des canicules marines.

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Une succession de crises climatiques qui a provoqué des conséquences en chaîne : feux de forêts, précipitations record et inondations dévastatrices. 

Face à cette situation, la nécessité d’accroître rapidement les financements et les investissements utiles à la lutte contre le changement climatique se fait plus pressante. 

Le déficit d’investissement dans les ODD (objectifs de développement durable) s’accentue malgré la croissance de la finance durable.

Rapport 2023 de la CNUCED

Dans son rapport 2023 sur l’investissement dans le monde, la CNUCED, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, affirme cependant que « le déficit d’investissement dans les ODD (objectifs de développement durable) s’accentue malgré la croissance de la finance durable. »

Définie par la Banque de France comme « l’ensemble des pratiques financières visant à favoriser l’intérêt de la collectivité sur le long terme », la notion de finance durable n’est pas une nouveauté.

Mais elle n'est revenue sous le feu des projecteurs qu'avec la crise financière mondiale de 2008.

Cette année-là, souligne la Banque de France, « les prises de risques excessives dans la finance traditionnelle, tout comme la complexité et l’opacité de nombreux montages financiers », mettent en lumière la nécessité de « donner du sens à la finance et de la rendre plus transparente ». 

Dans le même ordre d'idée, en 2015, les Nations unies adoptent 17 objectifs de développement durable à l’horizon 2030, afin « d’assurer la paix et la prospérité pour les peuples et la planète ».

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D’après les chiffres 2023 de la la CNUCED, les besoins de financement pour atteindre ces ODD sont estimés entre 5 400 et 6 400 milliards de dollars US par an d’ici 2030. 

Toujours en 2015, le monde de la finance connaît un moment décisif dans la prise en compte des critères ESG (environnement, social, gouvernance), après le discours du gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, au Lloyd’s [marché de l’assurance britannique, NDLR], à Londres. 

Intitulé « Mettre un terme à la tragédie des horizons – changement climatique et stabilité financière », cette allocution érige le risque climatique en danger systémique.

Dans la foulée, la plupart des grands acteurs de la gestion d’actifs ont commencé à intégrer les données ESG.

Les risques de greenwashing ou écoblanchiment

Selon une enquête ESG de la banque française BNP Paribas rendue publique le 6 septembre dernier, « 41% des répondants déclarent que l’engagement en faveur du « net zéro » [zéro émission nette de CO2, NDLR] est une priorité actuelle au sein de leur organisation, et 48% déclarent que ce sera le cas dans les deux prochaines années. »

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Adoptés en 2015, les accords de Paris sur le climat fixent comme objectif la limitation du réchauffement climatique à +1,5°C d’ici 2050, afin d’assurer la transition vers une économie durable.

Et pour atteindre cet objectif, il est indispensable de mettre en œuvre des politiques de financement innovantes et respectueuses de l’environnement.

Le 13 juin dernier, la Commission européenne a présenté un nouveau train de mesures destiné à « consolider et développer les fondements du cadre de l’UE en matière de finance durable ». 

Elle a notamment indiqué que des investissements supplémentaires de 620 milliards d’euros par an seront nécessaires pour atteindre les objectifs du pacte vert pour l’Europe et du REPowerEU [plan de la Commission visant à économiser l’énergie, à produire de l’énergie propre et à diversifier les approvisionnements énergétiques au sein de l’UE, NDLR]. 

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Depuis 1992, la Commission a créé le programme LIFE dédié au soutien de projets innovants, privés ou publics, dans les domaines de l'environnement et du climat.

Ce programme a par exemple permis le lancement en 2021 d'un grand projet transnational de restauration des tourbières dégradées en Belgique, en Allemagne, en Irlande, aux Pays-Bas ou encore en Pologne.

Pour la période 2021-2027, le programme LIFE est doté d'un budget de 5,4 milliards d'euros réparti en 4 sous-programmes: nature et biodiversité, économie circulaire et qualité de vie, atténuation du changement climatique et adaptation, transition vers l'énergie propre.

Dans un article intitulé « La contribution de la finance verte et durable à la performance extra-financière », paru dans la revue « Question(s) de management », Soufyane Frimousse et Jean-Marie Peretti s’interrogent malgré tout : « […] la volonté des financiers est-elle suffisante pour inciter les entreprises à agir de manière responsable et durable ? »

Les deux chercheurs soulignent que « la finance traditionnelle oriente l’épargne vers les projets les plus rentables, sans réellement considérer les aspects environnementaux. »

D’ailleurs, dans son dernier rapport concernant les financements privés mobilisés pour les objectifs de développement durable, l’OCDE précise que le déficit de financement était estimé à 3900 milliards USD en 2021, soit une augmentation de 56% par rapport à l’avant-Covid.

Autre interrogation, celle concernant le développement du greenwashing ou écoblanchiment, défini par l’ONG Greenpeace comme « une stratégie marketing utilisée par une entreprise ou toute autre organisation pour redorer, ou plutôt verdir son image. »

Et pour lutter contre l’écoblanchiment et les allégations environnementales trompeuses au sein de l’UE, la Commission européenne a rendu public en mars dernier de nouveaux critères communs.

D’après une étude de cette même Commission datée de 2020, 53,3% des allégations environnementales examinées au sein de l’UE sont vagues, trompeuses ou infondées.