Que sait-on du Hamas, l’organisation à l’origine des attaques terroristes contre Israël ?

Ce samedi 7 octobre 2023 au petit matin, le Hamas a tiré plusieurs centaines de roquettes sur Israël. Mais que sait-on de ce mouvement islamiste et nationaliste, mais aussi politique et armé, considéré comme terroriste notamment par l’Union européenne et les États-Unis ?

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palestiniens hamas

Images du tournage d'une série produite par le Hamas dans la bande de Gaza. 

AP Photo/Adel Hana
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Après l’annonce du déclenchement de l’opération « déluge d’Al-Aqsa », la branche armée du Hamas a procédé ce samedi 7 octobre à des centaines de tirs de roquettes sur Israël depuis la bande de Gaza.

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Immédiatement suivies d’une réaction de grande envergure de l’armée israélienne, ces attaques ont entraîné plusieurs centaines de morts, de blessés et même d’otages côté israélien.

Créé dans la bande de Gaza en décembre 1987, le Hamas est aujourd’hui une organisation connue, mais dont l’histoire et la trajectoire sont parfois méconnus.

- Débats sur les origines du Hamas

Dans un article paru en 2012, dans la revue Vingtième siècle, intitulé « Les fondements historiques du Hamas à Gaza (1946-1987) », l’historien français Jean-Pierre Filiu affirme qu’il existe deux principales interprétations tranchées de l’histoire du Hamas, par ailleurs fausses toutes les deux. 

« La première de ces interprétations relève de « l’histoire officielle » du Hamas, qui se présente comme l’héritier d’une lignée militante, d’une sourcilleuse indépendance envers tous les régimes arabes, remontant jusqu’à Ezzedine al-Qassam, religieux syrien tombé les armes à la main face à l’armée britannique en novembre 1935. », écrit Jean-Pierre Filiu.

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Dans la seconde interprétation, le Hamas est présenté comme une création des services israéliens destinée à diviser et affaiblir le courant nationaliste dans la bande de Gaza.

« Les débats actuels sur les origines du mouvement Hamas sont intimement liés à la question de sa légitimité à incarner le combat nationaliste contre Israël. », précise Jean-Pierre Filiu.

- Un mouvement islamiste et nationaliste, mais aussi politique et armé

Fondé dans la bande de Gaza en décembre 1987 après le déclenchement d’abord dans la bande de Gaza, puis en Cisjordanie, de la première intifada [soulèvement en arabe, NDLR] contre l’occupation israélienne, Hamas est l’acronyme arabe du « Mouvement de la résistance islamique » (harakat al-muqâwama al-islamiya). 

Les origines de l’organisation sont cependant intimement liées à celles du nationalisme palestinien et de la création à Gaza, en 1946, de la branche locale des Frères musulmans – organisation fondée en mars 1928, en Egypte, par Hassan al-Banna.

Elections 2006

Sur cette photo d'archives du 25 janvier 2006, un employé électoral palestinien montre une urne vide, après le vote aux élections législatives dans la ville de Naplouse, en Cisjordanie.

© hoto AP/Kevin Frayer

Le Hamas est engagé dans une lutte armée contre Israël qu’il considère comme un Etat colonial. Depuis 2017, l’organisation est dirigée par Ismaïl Haniyeh, et dispose d’une branche politique et l’autre armée, les Brigades Izz al-Din al-Qassam. 

Depuis sa victoire aux législatives palestiniennes de janvier 2006 et sa prise de contrôle de Gaza en juin 2007, le Hamas contrôle toute la bande de Gaza. Cette dernière est aujourd’hui encore sous le coup d’un blocus israélo-égyptien lancé justement en 2007.

- L’idéologie et l’évolution politique du Hamas

Après la première occupation par Israël de la bande de Gaza (novembre 1956-mars 1957) alors sous administration égyptienne, la section locale des Frères musulmans décide de faire profil bas.

Et malgré la volonté du président Gamal Abdel Nasser d’empêcher les infiltrations vers Israël de commandos palestiniens, des fedayin recrutés à Gaza, le nationalisme reste bouillonnant. 

Nasser, Arafat et les autres

Le chef de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat, à gauche, et le roi Hussein de Jordanie, à droite, écoutent le président égyptien Gamal Abdel Nasser, au centre, à l'hôtel Nile Hilton, au Caire, le 27 septembre 1970, après avoir conclu une trêve dans la guerre menée par l'armée jordanienne contre la guérilla palestinienne.

© Photo AP

C’est dans ce contexte que Yasser Arafat et ses camarades cofondent en octobre 1959 le Fatah, le « mouvement palestinien de libération » [selon l’historien Jean-Pierre Filiu, Fatah est l’acronyme arabe inversé de « Mouvement palestinien de libération », harakat al-tahrîr al-filistiniyya, NDLR]. 

« Les Frères musulmans restent passifs lors du lancement en 1964, à l’initiative de l’Egypte, de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui recrute des milliers de membres dans la bande de Gaza. » précise Jean-Pierre Filiu dans son article. 

Au milieu des années 1960, Ahmad Yassine, plus connu sous le nom de « cheikh Yassine », alors âgé de trente ans à peine, prend la tête des Frères musulmans à Gaza. 

Cheikh Yassine

Sur cette photo d'archive du 25 juin 1998, le cheik Ahmed Yassin, fondateur du Hamas, s'adresse aux médias lors d'une célébration de bienvenue à Gaza, organisée au complexe islamique de la ville.

© Photo AP/Adel Hana

À cette époque, le nationalisme palestinien est dominé à Gaza par l’OLP et le Mouvement des nationalistes arabes, tous soutenus par l’Égypte [L’administration de la bande de Gaza est assurée par l’Egypte de 1948 à 1967, exceptés les mois de la première occupation israélienne, NDLR].

Après la guerre des Six jours et la défaite des pays arabes dont l’Égypte de Nasser, les Frères musulmans de Cheikh Yassine refusent de rejoindre la grande coalition des communistes, nationaliste arabes et autres syndicalistes en lutte contre l’occupant israélien.

Guerre de six jours

Sur cette photo d'archive du 22 juin 1967, des réfugiés palestiniens transportent leurs affaires alors qu'ils se préparent à traverser l'épave du pont Allenby, qui enjambe le Jourdain depuis la partie de la Jordanie occupée par Israël.

© Photo AP/Bernard Frye

Persuadé qu’une confrontation avec Israël n’est que peine perdue, Cheikh Yassine se veut pragmatique. 

« Alors que les formations nationalistes sont saignées à blanc, le cheikh Yassine tisse patiemment la toile d’une structure en réseaux, le Mujamma, qui développe dans toute la bande de Gaza ses activités piétistes et sociales », écrit Jean-Pierre Filiu.

En septembre 1979, les autorités israéliennes décident même d’accorder une autorisation officielle au Mujamma qui n’était que toléré jusque-là, afin de mieux affaiblir les nationalistes qui refusaient « l’autonomie », conformément au traité de paix de Camp David. Menées sous l’égide du président américain Jimmy Carter, les négociations de Camp David entre Menahem Begin et Anouar el-Sadate concernaient la paix israélo-égyptienne et la question palestinienne.

Les accords de Camp David. Menées sous l’égide du président américain Jimmy Carter, les négociations de Camp David entre Menahem Begin et Anouar el-Sadate concernaient la paix israélo-égyptienne et la question palestinienne.

Dès lors, les Frères musulmans de Gaza n’auront de cesse d’accroître leur influence et de d’imposer des épreuves de force aux autres mouvements, y compris en Cisjordanie. 

Condamné en juin 1984 à 13 ans de prison après la découverte d’une cache d’armes dans sa mosquée, le prestige de cheikh Yassine atteint des sommets à sa sortie de prison un an plus tard, en mai 1985.

Et c’est dans ce contexte qu’il pousse ses partisans à participer à la première intifada partie de Gaza le 9 décembre 1987. 

« Cette rupture avec la période antérieure se traduit, le 14 décembre, par la création formelle du Hamas, dédié à la « résistance islamique ». Il faudra attendre deux mois pour que ce sigle soit pleinement validé et huit mois pour que soit adoptée la charte du Hamas. », souligne Jean-Pierre Filiu.  

La rivalité entre le Fatah et le Hamas

En 2006, le Hamas décide d’investir la scène politique palestinienne, contrairement à ce qu’il avait fait jusque-là. 

Cette année-là, il gagne les élections législatives, ce qui crée une forte rivalité avec l’Autorité palestinienne contrôlée par le Fatah. 

Mahmoud Abbas

Sur cette photo d'archive du 25 janvier 2006, le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas vote aux élections parlementaires palestiniennes, à son siège, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie.

© Photo AP/Muhammed Muheisen

D’ailleurs, lors d’un rassemblement du Hamas à Ramallah, en Cisjordanie, les forces de sécurité palestiniennes, fidèles au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, n’hésitent pas à tirer sur la foule, faisant de nombreux blessés. 

L’année suivante, en 2007, le Hamas prend par la force le contrôle de la bande de Gaza et chasse les forces locales du Fatah. En guise de représailles, l’Egypte et Israël imposent un blocus toujours en cours dans la région.

 La confrontation avec Israël et la stratégie des attentats-suicide

Au moment de sa création, le Hamas se dote d’une charte concernant ses principes et son mode de fonctionnement.

Ce texte prévoit notamment l’appel au jihad contre les Juifs, la disparition de l’Etat d’Israël ou encore la mise en place d’un Etat islamique palestinien. 

Accords d'Oslo

Aux côtés de l'ancien président américain Bill Clinton, le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, à gauche, et le dirigeant palestinien Yasser Arafat, se serrent la main pour marquer la signature de l'accord de paix entre Israël et les Palestiniens, à Washington, le 13 septembre 1993.

Opposé à tout dialogue avec Israël, le Hamas a rejeté les accords d’Oslo de 1993, signés entre l’OLP et l’Etat hébreux. 

Dès avril 1993, l’organisation choisit la stratégie des attentats-suicide contre les civils israéliens. Elle y renonce en 2006 et opte pour des tirs de roquettes sur les villes israéliennes à partir de la bande de Gaza.

En 2017, pour la première fois, le Hamas consent à la création d’un Etat palestinien intérimaire à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, reprenant les frontières de 1967 [celles-ci correspondent à la ligne de démarcation entre les forces israéliennes et arabes après la signature de plusieurs armistices en 1949, NDLR].

S’il ne revient pas sur la charte de 1988, le document politique rendu public en 2017 précise que le combat du Hamas est mené contre « les agresseurs sionistes occupants » et non contre les Juifs. 

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Le gouvernement américain estime que le mouvement compte actuellement entre 20 000 et 25 000 membres.

Une enquête du Wall Street Journal, quotidien américain, parue dimanche 8 octobre 2023, affirme que des officiers du corps des Gardiens de la révolution islamique d’Iran ont travaillé avec le Hamas pour planifier les attaques aériennes, terrestres et maritimes de ce 7 octobre. 

 Le soutien de la population palestinienne

Depuis sa victoire aux législatives de 2006, le Hamas dirige la bande de Gaza, une enclave fermée d’environ 365 kilomètres carrés, soit trois fois et demi la superficie de Paris, où vivent plus de deux millions de personnes. 

Avant les législatives prévues en mai 2021 et reportées sine die par l’Autorité palestinienne, un sondage relayé fin mars par la chaîne de télévision israélienne i24news n’attribuait que 18% des intentions de vote à la liste du Hamas. 

A ce moment-là, ce sondage traduisait sans doute en partie, une érosion du soutien de la population de Gaza, épuisée par le blocus israélo-égyptien et l’aggravation de la crise économique. 

Mais d’une manière générale, et comme l’affirmait ce lundi l’historien français Vincent Lemire au micro de nos confrères de France5, le Hamas est aujourd’hui majoritaire au sein de la société civile palestinienne.