Qui est Isabel Díaz Ayuso, figure ambitieuse de la droite dure espagnole ?

Figure de la droite dure espagnole, Isabel Díaz Ayuso vise sa réélection dimanche à la tête de la région de Madrid en multipliant les attaques directes contre le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, signe d'une ambition nationale de plus en plus marquée.

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Isabel Diaz Ayuso
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"Sánchez déteste Madrid", a-t-elle lancé la semaine dernière lors d'un débat télévisé avant les élections locales du 28 mai, considérées comme un premier round électoral avant les législatives de la fin de l'année.

Un message que cette étoile montante du Parti Populaire (PP) n'a cessé de marteler ces derniers jours, invitant à choisir entre "Sánchez ou l'Espagne". 

Le pays "ne peut pas supporter quatre années supplémentaires" de "désastre" et de "déclin" si le socialiste, qui gouverne avec la gauche radicale, se maintient au pouvoir fin 2023, a-t-elle insisté.

Ce discours polarisant et controversé, comparé par ses détracteurs à celui de Donald Trump ou de l'ex-président brésilien Jair Bolsonaro, est devenu la marque de fabrique de cette diplômée en journalisme de 44 ans depuis son arrivée en 2019 à la tête de la région de Madrid, la plus riche d'Espagne.

Fin 2022, cette élue télégénique, souvent vêtue de couleurs vives, avait accusé le chef du gouvernement espagnol de vouloir se "maintenir pour toujours" au pouvoir et mettre "l'opposition en prison, comme au Nicaragua". L'Espagne est "sur la voie de la dictature", a-t-elle ajouté.

Ambitions nationales

Quasi inconnue en 2019, Isabel Díaz Ayuso était parvenue à doubler son score lors de régionales anticipées en 2021. 

Avec pour slogan "communisme ou liberté", elle avait défendu avec succès, lors de la campagne, l'"ouverture totale" de la région, peuplée de 6,7 millions d'habitants, où les restrictions sanitaires face au Covid-19 étaient minimales, contrairement à ce que prônait le gouvernement central.  

Donnée de nouveau gagnante dimanche, elle pourrait même, selon les sondages, obtenir la majorité absolue au parlement régional, ce qui lui permettrait de gouverner sans le soutien du parti d'extrême droite Vox.

Pour Paloma Román, professeure de sciences politiques à l'Université Complutense de Madrid, cette popularité repose sur une stratégie rodée où les attaques servent d'"écran de fumée" pour éviter de parler "des problèmes" de la région, comme les carences du système de santé et les difficultés d'accès au logement.

Avec ces déclarations choc, elle veut par ailleurs "fixer la ligne" du PP, quitte à bousculer le positionnement plus modéré du leader national du parti conservateur, Alberto Núñez Feijóo, montrant "clairement que ses ambitions sont nationales", complète Ana Sofía Cardenal, de l'Université Ouverte de Catalogne.

Danger "réel" pour le chef du PP

Díaz Ayuso est "l'incarnation d'une droite madrilène" qui pense que "le PP doit se renforcer idéologiquement à droite et mener un combat polarisé" avec la gauche afin de "contrôler la +frontière+ avec Vox", analyse Oriol Bartomeus, politologue à l'Université autonome de Barcelone.

Selon les instituts de sondages, le Parti Populaire est en effet en bonne position pour remporter les élections générales de fin d'année, mais aurait besoin du soutien de la formation d'extrême droite pour bénéficier d'une majorité et former un gouvernement.

Dans ce contexte, la présidente de la région de Madrid pourrait représenter "un réel danger" pour Alberto Núñez Feijóo si elle obtient la majorité absolue dimanche et que d'autres candidats plus proches du leader du PP obtiennent un résultat modeste dans d'autres régions et municipalités, estime M. Bartomeus.

Avec le risque de voir le parti conservateur revivre le duel fratricide de février 2022 entre Díaz Ayuso et l'ancien numéro un national, Pablo Casado, finalement contraint de quitter son poste après avoir perdu le soutien de la plupart des cadres du parti.

Pour les analystes, la stratégie d'Isabel Díaz Ayuso risque toutefois d'être difficile à transposer au reste de l'Espagne: elle triomphe à Madrid car la région, gouvernée depuis 1995 par les conservateurs, est marquée par "une grande droitisation" de ses électeurs, rappelle Paloma Román.

"Je suis sûr que cette stratégie ne fonctionnerait pas (...) dans le reste de l'Espagne", abonde Sofía Cardenal, qui donne l'exemple de la Catalogne, deuxième région la plus peuplée du pays, où le PP, avec seulement trois députés régionaux sur 135, "n'existe pratiquement pas".