Séisme en Turquie et Syrie: plus de 35.000 morts, le conseil de sécurité de l'ONU se réunit d'urgence

Lueur d'espoir une semaine après le désastre, des victimes continuaient d'être retrouvées vivantes dans les décombres en Turquie. Le bilan a dépassé les 35.000 morts et pourrait même "doubler" selon l'ONU. Le Conseil de sécurité s'est réuni à huis clos à New York.
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Une femme désespérée soutenue par un secouriste devant des ruines à Kahramanmaras, dans le sud-est de la Turquie ce 13 février 2023. 
© AP Photo/Khalil Hamra
Une femme désespérée soutenue par un secouriste devant des ruines à Kahramanmaras, dans le sud-est de la Turquie ce 13 février 2023. 
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TURQUIE SEISME SECOURISTES
AP Photo/Emrah Gurel
Des secouristes cherchent toujours des survivants à Adiyaman dans le sud de la Turquie, le 11 février 2023.

 
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"Tu es un miracle": dans une vidéo partagée par l'agence turque Anadolu sur Twitter, une fille de 13 ans est extraite des décombres à Gaziantep en Turquie, bien après la période de 72 heures considérée cruciale.

Dans la province de Hatay (sud), un petit garçon de sept mois, Hamza, a aussi été retrouvé vivant, recroquevillé sous une dalle où il a passé plus de 140 heures, a rapporté dans la nuit l'agence de presse IHA. Une fillette de deux ans, Asya, a été sauvée dans la même région.

Opérant dans un froid glacial, des sauveteurs ont également retiré vivante des décombres une femme de 70 ans dans la province turque de Kahramanmaras, au milieu des applaudissements et des cris, selon une vidéo diffusée par la chaîne publique TRT Haber. "Le monde est-il là?", a-t-elle demandé en revenant au jour.

(RE)voir : Séisme en Turquie et en Syrie : les secours toujours à la recherche des survivants

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L'agence de presse turque Anadolu a également mentionné le sauvetage d'une mère de 35 ans et de sa fille de six ans, dans un immeuble détruit de la province d'Adiyaman. 

D'après les derniers bilans officiels, le tremblement de terre d'une magnitude de 7,8 a fait au moins 28.191 morts: 24.617 en Turquie et 3.574 en Syrie.

En visite à Kahramanmaras en Turquie, le chef de l'agence humanitaire de l'ONU Martin Griffiths a déclaré à Sky News que le bilan "doublera ou plus".

"On n'a pas encore réellement commencé à compter le nombre de morts", a-t-il dit. 

"Bientôt, les personnes chargées des recherches et des secours laisseront la place aux agences humanitaires dont le travail consiste à s'occuper, au cours des prochaines mois, du nombre extraordinaire de personnes affectées", a aussi déclaré Martin Griffiths samedi 11 février, dans une vidéo postée sur son compte Twitter.

Il doit présenter une évaluation de la situation aux membres du Conseil de sécurité de l'ONU réunis d'urgence ce 13 février à New York à la demande de la Suisse et du Brésil, chargés de ce dossier. Mais avant même cette réunion, son message était clair.
"Nous avons fait défaut aux gens du nord-ouest de la Syrie", a-t-il reconnu sur Twitter.
 

"Ils se sentent à juste titre abandonnés" en voyant que l'aide humanitaire n'arrive pas, et il faut "corriger cet échec au plus vite".
"Nous devons ouvrir plus de points de passage et apporter de l'aide plus vite", a-t-il ajouté.

(RE)voir : Syrie : le défi de l'acheminement de l'aide
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Bab-al Hawa, dans le nord-ouest de la Syrie, reste le seul point de passage opérationnel à partir de la Turquie vers les zones rebelles, elles aussi ravagées par le séisme.

Des camions, avec à leur bord de quoi confectionner des abris d'urgence à l'aide de bâches en plastique, ainsi que des couvertures, des matelas, des cordes ou encore des vis et des clous, ont franchi la frontière. Une aide insuffisante, a admis l'ONU.

Le chef de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus a rencontré le président syrien Bachar al-Assad le 12 février  à Damas, assurant que ce dernier s'était montré prêt à envisager l'ouverture de nouveaux points de passage pour acheminer l'aide aux zones rebelles.

Un point de passage a en outre été ouvert entre la Turquie et l'Arménie, pour la première fois depuis 35 ans, pour permettre l'arrivée d'aide humanitaire.

Selon un responsable du ministère syrien des Transports Suleiman Khalil, 62 avions chargés d'aide ont jusqu'à présent atterri en Syrie et d'autres sont attendus dans les heures et les jours à venir, en provenance en particulier d'Arabie saoudite.

Arrestation d'entrepreneurs

En Turquie, l'effondrement brutal de bâtiments, qui trahit leur médiocre construction et n'a laissé pratiquement aucune chance à leurs résidents, suscite la colère.
Les médias turcs ont annoncé l'arrestation d'une douzaine d'entrepreneurs du secteur du bâtiment dans le sud du pays. D'autres interpellations sont attendues.

Voir :  Séisme en Turquie : des normes antisismiques non respectées
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Des miraculés extraits des décombres

Dans le sud de la Turquie, où l'aide afflue désormais, les sauveteurs ont extrait de nouveaux survivants des décombres.
 

Au cours de la nuit de dimanche à lundi 13 février, sept personnes ont été dégagées vivantes en Turquie, selon la presse, dont un enfant de trois ans à Kahramanmaras et une femme de 60 ans à Besni. Une autre, de 40 ans, a aussi été sauvée au bout de 170 heures à Gaziantep.

Un membre d'une équipe de secouristes britanniques a diffusé dimanche une vidéo sur Twitter montrant un secouriste emprunter un tunnel creusé dans les ruines de cette même ville et en ressortir une personnes bloquée pendant cinq jours.

Et dans la cité méridionale de Kahramanmaras, proche de l'épicentre du séisme, des excavateurs étaient à l'oeuvre, pendant que des sinistrés, blottis autour d'un feu, attendaient des nouvelles de leurs proches.

Au total, plus de 34.000 personnes travaillent encore à la recherche de survivants, a souligné le vice-président turc Fuat Oktay.

Mais les centaines de milliers de sans-abris doivent devenir désormais la priorité.
Quelque 1,2 million de personnes ont été logées dans des résidences pour étudiants et 400.000 évacuées, a ajouté Fuat Oktay.

Forte présence policière

À Antakya, l'Antioche de l'Antiquité grecque, après les trois ou quatre premiers jours d'abandon, les secours sont désormais organisés.
Des toilettes basiques, sans eau, ont été installées et le réseau téléphonique a été rétabli dans plusieurs quartiers.

À Kahramanmaras, à l'épicentre du tremblement de terre, 30.000 tentes ont été dressées, tandis que 48.000 personnes sont hébergées dans les écoles et 11.500 dans des salles de sport, a fait savoir le ministre de l'Intérieur Suleyman Soylu.

Une forte présence policière et militaire est dorénavant visible, les autorités précisant qu'il s'agit d'empêcher les pillages, après des incidents ce week-end.

Nombre d'habitants d'Antakya interrogés par l'AFP expliquent néanmoins les vols dans les supermarchés les premiers jours par la nécessité absolue dans laquelle beaucoup se trouvaient, dépourvus d'eau, d'électricité et d'argent, faute de soutien des autorités.

Désormais, d'après les équipes de l'AFP, à Antakya comme à Kahramanmaras, l'aide afflue.

Dans cette deuxième ville également, des toilettes commencent à apparaître.

Des lieux de culte dévastés

Dans le même temps, les opérations de recherche ont pris fin à Sanliurfa, Kilis, Osmaniye et Adana, selon les médias turcs.
En revanche, a noté le ministre de l'Intérieur, elles se poursuivent en 308 endroits à Kahramanmaras.

Quant aux écoles primaires et secondaires de 10 villes ayant souffert du tremblement de terre, elles resteront fermées jusqu'au 1er mars, a déclaré le ministre de l'Éducation Mahmut Ozer.

Dans les autres cités, les écoles rouvriront le 20 février.

Le séisme a aussi réduit en poussière d'importants lieux de culte.
À Antakya, Havva Pamukcu, une fidèle de la mosquée Habib-I Nejjar, n'en revient pas.
"Cet endroit signifie beaucoup pour nous", soupire-t-elle. "Les gens avaient l'habitude de venir ici avant d'aller en pèlerinage à la Mecque".

L'église orthodoxe y a connu le même sort, constate Sertac Paul Bozkurt, membre du conseil administrant ce lieu de culte.

"Tous ses murs se sont écroulés et elle n'est pas en état d'abriter des prières", déplore-t-il.