Soupçons de corruption par Doha : des eurodéputés veulent bloquer des négociations sur les visas UE-Qatar

Les eurodéputés Verts et socio-démocrates s'opposeront lundi au démarrage de négociations sur une libéralisation des visas pour les Qataris dans l'Union européenne. Le Parlement européen est en effet secoué par des soupçons de corruption en son sein impliquant le Qatar.
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PARLEMENT EUROPEEN VOTE
Des membres du parlement européen demandent de mettre fin à un projet de libéralisation des visas entre l'UE et le Qatar. Doha est accusé d'avoir cherché à corrompre des membres du parlement européen.
AP Photo/Jean-Francois Badias
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Réunis à partir de lundi 12 décembre à Strasbourg, les eurodéputés devaient valider l'ouverture de pourparlers entre le Parlement européen et les États membres de l'UE en vue de finaliser un texte facilitant le régime de visas pour les voyageurs du Qatar et du Koweït.

Ce texte, qui a déjà reçu le feu vert des Etats membres fin juin, prévoit de dispenser de visa les ressortissants du Qatar et du Koweït se rendant dans le bloc européen pour une durée maximale de 90 jours, sous réserve d'un accord de réciprocité avec ces deux pays.

Mais une opération anticorruption menée vendredi 9 décembre par la police belge, qui a notamment interpellé Eva Kaili, l'une des vice-présidentes du Parlement, perturbe désormais l'agenda.

Zéro tolérance pour la corruption. Les Verts vont s'opposer au mandat pour démarrer les négociations sur une libéralisation des visas avec le Qatar.Terry Reintke, co-présidente des eurodéputés Verts au parlement.

Le rapporteur du texte, l'eurodéputé Vert allemand Erik Marquardt, a annoncé qu'il s'opposerait finalement au lancement des pourparlers. Et son groupe politique a suivi.

"Zéro tolérance pour la corruption. Les Verts vont s'opposer lundi 12 décembre au mandat pour démarrer les négociations sur une libéralisation des visas avec le Qatar", a indiqué sur Twitter la co-présidente des eurodéputés Verts Terry Reintke.
 


De son côté, le groupe des socio-démocrates (S&D) réclame "la suspension des travaux sur tous les dossiers et votes concernant les États du Golfe, en particulier sur la libéralisation des visas".

Parmi les personnes interpellées vendredi, outre la socialiste grecque Eva Kaili, figurent son compagnon Francesco Giorgi - un assistant parlementaire -, ainsi que l'ancien eurodéputé socialiste Pier-Antonio Panzeri, qui siégea de 2004 à 2019.

Voir : soupçonnée de corruption, la vice-présidente Eva Kilia interpellée

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Autre conséquence : Des eurodéputés se sont interrogés samedi sur l'attitude des parlementaires S&D lors du débat et du vote, le 24 novembre dernier, d'une résolution condamnant les violations des droits humains au Qatar.

Dans l’hémicycle, Eva Kaili avait estimé que l'émirat était "un chef de file en matière de droits du travail" et jugé que les Européens "n'avaient aucun droit moral de lui faire la leçon", suscitant des remous.

Pierre Karleskind (Renew, libéraux) s'était alors demandé pourquoi les socialistes avaient d'abord voté contre le principe même d'une résolution, avant d'empêcher, de concert avec la droite (PPE) et l'extrême droite, l'adoption de plusieurs amendements, dont ceux condamnant l'attitude de la FIFA face à l'oppression des droits LGBTIQ. "Je crains maintenant de comprendre...", a réagi samedi sur Twitter cet eurodéputé français.

"J'alertais déjà en novembre sur le lobbying agressif mené par le Qatar (...) On comprend mieux pourquoi", a souligné de son côté Manon Aubry (gauche radicale).