Synode sur l’Amazonie : de grands changements pour l’Église catholique ?

Lors du Synode sur l’Amazonie, une série de propositions a été proposée au Pape François, bien décidé à ouvrir "de nouvelles voies" à l’Église catholique en Amazonie. Parmi ces propositions, l’ouverture de la prêtrise aux hommes mariés et la possibilité pour les femmes de devenir diacres. Deux sujets tabous qui relancent le débat chez les traditionnalistes.
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Une jeune indigène offrant une plante au Pape François lors du Synode sur l'Amazonie, le 27 octobre 2019.
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Cela fait trois semaines qu'évêques et cardinaux ont été réunis au Vatican par le Pape François, pour discuter de la sitation inquiétante de l'Amazonie. C'est dans ce contexte que le synode a transmis au pape François, samedi 26 octobre, une série de propositions au sujet de la plus grande forêt primaire de la planète.

Bien décidé à dénoncer la catastrophe écologique et humaine que provoque l'exploitation à outrance de l'Amazonie, le synode a préconisé de définir comme "péché écologique" tous les "actes et [...] habitudes de pollution et de destruction de l'harmonie de l'environnement". Le texte stipule que la destruction de la forêt constitue un "péché contre Dieu, contre son prochain, la communauté et l'environnement" ainsi que "contre les générations futures".  En réponse à cette problématique urgente, le pape François a promis de se "prononcer [sur le sujet] avant la fin de l'année".

Des changements fondamentaux pour l'Église catholique.

Les pères synodaux ont également profité de cette réunion pour faire des propositions plus surprenantes. Ils ont demandé au Pape l'ouverture de la prêtrise pour les hommes mariés dans les "endroits les plus reculés" d'Amazonie. Ces derniers devront toutefois avoir une vie maritale stable (les "viri probati") reconnue par la communauté. Ils devront, dans un premeier temps, être diacres et recevoir ensuite une formation adéquate. Le texte stipule "d’ordonner prêtres, des hommes mariés idoines et reconnus par la communauté, qui ont un diaconat permanent fécond et reçoivent une formation adéquate au presbytérat, pouvant avoir une famille légalement constituée et stable". Samedi 26 octobre, le Pape François a promis de ratifier le texte rédigé par les évêques sud-américians qui comprend cette mesure.

En Amazonie, une telle décision semble en effet nécéssaire. L'Église catholique y est confrontée à un manque de prêtres itinérants pouvant célébrer la messe et donner la communion, un sacrement pourtant essentiel de la doctrine chrétienne.

Autre requête majeure, le synode a demandé la reconnaissance officielle par l'Église du rôle joué par les femmes laïques pour propager la foi en Amazonie. Le texte stipule notamment qu'"il est urgent pour l'Église en Amazonie de promouvoir et de conférer des ministères pour les hommes et les femmes d'une manière équitable". Les évêques ont également demandé au pape de relancer les réflexions sur le "diaconat permanent" des femmes. Réservé aux hommes, le diaconat concerne uniquement les diacres ordonnés pour prononcer le sermon à la messe, célébrer les baptêmes, les mariages et les funérailles. En 2016 déjà, une enquête avait été menée à ce sujet mais les opinions s'étaient avérées trop divergentes, le pape s'est toutefois dit ouvert à une reprise des travaux.

Si la thématique des femmes a occupé une place important de ce synode, seule une petite poignée de soeurs étaient présentes en tant qu'auditrices ou expertes. Elles n'ont pas pu participer au vote final, malgré une pétition envoyée vendredi au pape. Aujourd'hui, pourtant, les deux tiers des communautés autochtones sans prêtres sont guidées par des femmes.

Bien que le synode n'ait concerné que l'Amazonie, ces décisions pourraient s'étendre à d'autres zones géographiques qui rencontre les mêmes difficultés. Il pourrait également se généraliser à l'ensemble de l'Église catholique. En 2017 déjà, le Pape François avait ouvert la porte à la prêtrise d'hommes mariés. Aujourd'hui,  la situation reste certes la même, mais le débat continue de faire rage notamment chez les traditionnalistes chatoliques et les évêques les plus conservateurs. Le pape a justement appelé les catholiques à "ne pas tomber prisonniers [des] groupes sélectifs", des "élites, surtout catholiques", qui "tiennent à ces petites choses mais qui oublient les grandes", qui "croient aimer Dieu mais qui n'aiment personnent" niant ainsi "le corps synodal".
 

Le mariage des représentants religieux dans les différents cultes.

Dans l’islam et le judaïsme, le mariage est autorisé. Les Imams et  les Rabbins peuvent non seulement se marier, mais ils en ont le devoir. Il en va de même pour les prêtres  hindous qui doivent être mariés pour pratiquer toutes les cérémonies. Du côté des prêtres hindous, qui appartiennent à la caste des Brahmanes (caste sacerdotale), le mariage est également autorisé, mais la grande majorité reste célibataire et entièrement vouée au culte.

A contrario, les moines bouddhistes, eux, font vœu de célibat et de chasteté, ils ne peuvent donc pas se marier.

Dans l’Église anglicane, les pasteurs ont le droit de se marier et ce, depuis le début du protestantisme D’après « le sacerdoce universel », principe important de la Réforme protestante, prônée par Luther, tous les baptisés sont égaux.  Les pasteurs sont des hommes comme les autres, contrairement aux prêtres, leur fonction ne relève pas du sacré, ils peuvent donc se marier comme tous les protestants.

Dans la religion orthodoxe, et c’est de cela dont s’approche la nouvelle proposition du Pape, un homme déjà marié peut être ordonné prêtre. Les popes (prêtres chrétiens orthodoxes) peuvent également être mariés. Ils ne peuvent ni divorcer, ni se remarier.  En revanche, seuls les popes célibataires peuvent devenir évêques.