Terrorisme islamiste : la France en alerte après l'assassinat d'un enseignant à Arras

La France s'est réveillée samedi en état d'alerte attentat, au lendemain du meurtre d'un professeur de français devant un collège-lycée d'Arras, poignardé à mort par un jeune homme fiché pour radicalisation. Un acte qualifié de "terrorisme islamiste" par le président Emmanuel Macron. Dix personnes sont en garde à vue, dont l'assaillant.

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Des policiers montent la garde devant le lycée où un homme a poignardé un enseignant, le 14 octobre 2023 à Arras, dans le nord de la France. @Photo AP/Jeffrey Schaeffer.

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Dix personnes sont en garde à vue samedi, dans l'enquête sur l'attentat islamiste dans lequel un enseignant a été tué et trois personnes ont été blessées vendredi à Arras, selon une source policière.

Qui est l'assaillant ?

Mohammed Mogouchkov, âgé d'une vingtaine d'années, était sous écoute, et la DGSI l'a interpellé la veille des faits "pour vérifier s'il n'avait pas d'arme sur lui" et pour "regarder son téléphone et notamment les messageries cryptées", a indiqué Gérald Darmanin. 

Né, selon l'administration française, dans la république russe à majorité musulmane d'Ingouchie, il est, selon une source policière de nationalité russe, arrivé en France en 2008.

Son père, également fiché S, a été expulsé en 2018 selon M. Darmanin, mais lui ne pouvait légalement l'être, car il est entré en France avant l'âge de 13 ans.

Parmi les personnes en garde vue figurent plusieurs membres de la famille de l'assaillant : sa sœur, sa mère, son oncle et deux de ses frères, dont l'un a été extrait de la cellule où il est détenu pour "association de malfaiteurs terroristes". Deux Biélorusses "avec qui l'assaillant était lors de son contrôle par la police la veille des faits" font aussi partis des gardés à vue, a précisé une autre source policière, "mais rien ne dit qu'ils soient mêlés" aux faits. 

Arras

Des policiers français du service médico-légal devant le lycée Gambetta à Arras, dans le nord-est de la France, le 13 octobre 2023. @Ludovic Marin, via AP.

L'établissement rouvert au lendemain de l'attentat 

Le proviseur de la cité scolaire Gambetta, dans le centre d'Arras, a décidé de rouvrir l'établissement samedi pour les élèves et les enseignants "qui le souhaitent", selon le président Emmanuel Macron, qui s'est rendu sur place vendredi.

Devant le collège-lycée endeuillé, des lycéens venus se recueillir samedi étaient encore sous le choc.

"C'est mieux de laisser le lycée ouvert, que tout le monde puisse venir, parler, pour faire son deuil", a estimé Camille, 17 ans, élève au lycée qui a assisté à l'attaque. Une façon de montrer qu'il faut "résister au terrorisme".

Le ministre de l'Education Gabriel Attal, qui a annoncé le déploiement de 1.000 personnels de sécurité dans les établissements scolaires, est attendu à Arras dans la matinée.

Dominique Bernard, professeur de lettres, assassiné dans l'attentat d'Arras

L'assaillant est passé à l'acte au moment de l'intercours à 11H00 locale (09H00 GMT) vendredi.

La victime tuée, Dominique Bernard, enseignant de français au collège, "s'est interposé d'abord, et a sans doute sauvé lui-même beaucoup de vies", a souligné Emmanuel Macron, appelant les Français à "faire bloc" face à "la barbarie du terrorisme islamiste".

Originaire d'Arras, père de trois grandes filles et marié à une enseignante, ce professeur agrégé de lettres modernes de 57 ans était "apprécié de ses élèves et de ses collègues", selon les témoignages recueillis par l'AFP.

Il a été tué devant l'établissement, où un autre enseignant a également été blessé, a indiqué vendredi soir le procureur antiterroriste Jean-François Ricard, chargé de l'enquête.

Effectifs doublés

"Jusqu'à 7.000 soldats de la force Sentinelle" vont être déployés sur le territoire, a annoncé l’Élysée, au lendemain du meurtre d'un enseignant poignardé devant un collège-lycée d'Arras par un jeune homme fiché pour radicalisation.

Depuis 2021, environ 3.000 hommes sont en permanence affectés à cette opération, ce qui signifie que les effectifs vont être plus que doublés dans les prochaines heures.

Macron

Le président français Emmanuel Macron s'adresse à la presse au lycée Gambetta d'Arras, dans le nord-est de la France, le 13 octobre 2023. @Ludovic Marin, via AP.

À l’occasion de la réunion de sécurité qui s'est tenue à l’Élysée vendredi autour d'Emmanuel Macron après l'attaque d'Arras, "le président de la République a décidé que nous allions mobiliser jusqu’à 7.000 soldats de la force Sentinelle, qui seront déployés d’ici à lundi soir et jusqu’à nouvel ordre", a indiqué la présidence, confirmant une information de RTL. 

Alerte "urgence attentat"

Sur fond de crainte d'importation du conflit entre Israël et le Hamas, la France est passée vendredi en alerte "urgence attentat", le niveau le plus élevé du dispositif Vigipirate.

Invité du 20 heures de TF1 vendredi soir, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a évoqué "une atmosphère extrêmement négative" en France, faisant le lien "entre ce qui s’est passé, sans doute, dans le Proche-Orient et le passage à l’acte" de l'assaillant d'Arras.

Le bulletin Vigipirate, dont l'AFP a obtenu une copie, souligne que le renforcement du niveau de sécurité intervient "dans une période de forte exposition" avec la coupe du monde de rugby, les événements au Proche-Orient "qui s'ajoutent à une situation géopolitique internationale déjà fortement dégradée". 

L'attaque d'Arras intervient aussi alors que sera commémoré lundi l'assassinat de Samuel Paty, enseignant d'histoire-géographie décapité le 16 octobre 2020 près de son collège de Conflans-Sainte-Honorine, en région parisienne, pour avoir montré des caricatures de Mahomet lors de cours sur la liberté d'expression.

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Hommage au professeur d'histoire et de géographie Samuel Paty, à Conflans Sainte Honorine, le 16 octobre 2021. @Photo AP/Christophe Éna.

L'opération Sentinelle a été déployée pour la première fois en 2015 par François Hollande, après les attentats visant Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher. Elle permet de déployer jusqu’à 10.000 militaires pendant un mois sur le territoire national. 

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Soldat français de l'opération antiterroriste française Sentinelle est photographié le 7 janvier 2021 à Paris. @Photo AP/Christophe Éna.

Suivi de la DGSI

L'assaillant d'Arras, Mohammed Mogouchkov, faisait l'objet d'un suivi récent de la part de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Il avait été contrôlé jeudi pour vérifier son téléphone et "s'il n'avait pas d'arme sur lui", selon Gérald Darmanin.

La droite a exhorté le gouvernement à instaurer "l'Etat d'urgence", tandis que l'extrême droite a pointé des "failles" et appelé à la démission du ministre de l'Intérieur.