Venezuela : cinq zéros en moins cela change quoi ?

Le Venezuela dévalue sa monnaie de 96%.  Des billets vénézuéliens avec cinq zéros en moins sont entrés en circulation lundi. Le président Nicolas Maduro veut faire face à la crise économique que traverse le pays.
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Ariana Cubillos/ AP
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Après le lancement de nouveaux billets amputés de cinq zéros, le gouvernement vénézuélien a dévoilé la seconde phase de son plan de relance économique qui dévalue de 96% sa monnaie par rapport au dollar, des choix critiqués par les économistes. 
La BCV a indiqué mardi que le nouveau taux était de 68,65 bolivars souverains pour un euro, équivalant à environ 60 bolivars souverains pour un dollar. 
Le précédent taux officiel équivalait à quelque 2,48 bolivars souverains pour un dollar. Exprimé en bolivars forts, la monnaie en vigueur jusqu'à lundi, cela reviendrait à le faire passer de 248.210 à 6.000.000 de bolivars forts pour un billet vert.

Le président Nicolas Maduro tente à nouveau de redresser la barre. Payer une consultation, acheter des médicaments ou encore faire ses courses relève du parcours du combattant pour les Vénézuéliens. Alors que le pays est enlisé dans une crise profonde, pour relancer l'économie, le nouveau plan du gouvernement a supprimé cinq zéros aux nouveaux billets lundi 20 août 2018.

Jusqu'alors dans les rues de Caracas, il fallait des millions de bolivars pour faire ses courses. En juillet, un kilo de pâtes valait 2.5 millions de bolivars et un kilo de viande près de 10 millions de bolivars. Avec le plan de relance, la plus grosse coupure est de 500 bolivars contre 50 millions jusqu'alors. La mesure a été annoncée comme le point de départ d'un "grand changement".

Le nouveau programme du gouvernement vénézuélien est accueilli avec scepticisme par une partie des analystes et des économistes. "C’est un artifice. On change l’étalon de référence pour rendre plus simple les échanges car ce n'est pas le cas avec les billets actuels. Mais cela ne résout pas l’inflation, il rend juste les échanges plus faisables c’est-à-dire qu’au lieu de venir dans un commerce avec une brouette vous allez pouvoir venir avec votre portefeuille." explique Nathalie Janson, professeure associée à la Neoma Business School.

Des millionnaires pauvres

Ces dernières semaines, les images de Vénézuéliens faisant la queue devant les supérettes ou les stations services se sont multipliées.

Ces files d'attente sont devenues le symbole de la frénésie d'achats qui s'est emparée d'une partie de la population. "En hyperinflation les échanges sont très importants. Il y a une fuite en avant. Le but des personnes est d’acheter au plus vite pour éviter une perte de leur pouvoir d’achat. Cela décuple donc les effets puisque la demande entraîne ici des pénuries et a pour conséquence une hausse des prix sur les produits . C’est un enfer." souligne Nathalie Janson.

Plus de la moitié des Vénézuéliens vivent sous le seuil de pauvreté. Le revenu minimum ne permet pas d'acheter un kilo de viande. Alors pour faire face au quotidien une économie parallèle s'est developpée. Le troc et les échanges de services sont devenus légion. 

Pour aider ses concitoyens, Nicolas Maduro a notamment promis une hausse des salaires de près de 3500%, indéxé sur la valeur du "petro", la cryptomonnaie vénézuélienne (ndlr : avec cette monnaie le gouvernement vénézuelien souhaite contourner les sanctions financières américaines). 

Pourquoi le pays connaît-il une hyperinflation ? "Dans le cas du Venezuela, les finances publiques sont trop dispendieuses et financées par ce que l’on appelle la planche à billets. En fait, c’est la banque centrale qui imprime des billets pour financer la dette de l’Etat que ce soit de façon directe ou indirecte et cette monnaie excessive se retrouve dans l’économie." indique Nathalie Janson. Elle pourrait atteindre 1 000 000% en 2018 d'après les estimations du fonds monétaire international.


Une nouvelle monnaie ?

Ce n'est pas la première fois que le Venezuela procède de cette manière. En 2008, l'éxécutif avait supprimé trois zéros à ses billets et lancé ce qu'il qualifiait de "bolivar fort". Ces derniers mois, le gouvernement a introduit des billets de plus en plus gros. Le nouveau "bolivar souverain" doit contenir la flambée des prix et permettre le retour des investissements selon le pouvoir.

Le nouveau plan de relance peut-il inverser la tendance ? Les économistes sont perplexes."Dans un contexte d’hyperinflation, l'investissement ne peut plus se faire, le niveau des prix est difficile à calculer ne serait ce qu’à brève échéance. Dans les pays qui ont connu une hyperinflation, en général c’est le dollar ou une autre monnaie externe qui a permis aux investisseurs de ne pas partir. Hors la politique vénézuelinne s'oppose à une dollarisation " précise Nathalie Janson

Si Nicolas Maduro ne parvient pas a redonner confiance en sa monnaie, l'une des possibilités serait de la remplacer par une nouvelle. En Afrique, le Zimbabwe qui a également connu une hyperinflation a remplacé en avril 2009 le dollar zimbawéen par le dollar américain et le rand sud-africain. "L’Argentine avait décidé de faire 1 peso = 1 dollar et enlever le pouvoir monétaire au gouvernement. Ce message est crédible lorsqu’on s'extrait totalement du régime monétaire précédent. Mais cela ne peut se faire qu’au prix d’un changement radical sur la politique monétaire" ajoute Nathalie Janson.

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