Xi Jinping, une vie à la recherche du "rêve chinois"

Xi Jinping devient le dirigeant le plus puissant de Chine depuis Mao Tsé-toung, en étant reconduit pour cinq ans comme secrétaire général du Parti communiste chinois lors du 20e congrès du PCC. En dix ans de règne, le dirigeant chinois a fait preuve d’une ambition sans limites pour son pays, quitte à étendre son pouvoir de contrôle dans la quasi-totalité des rouages de la Chine moderne. Portrait.

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Des touristes prennent en photo un écran qui retranscrit un discours de Xi Jinping à Beijing le 12 ocotbre 2022.
Des touristes prennent en photo un écran qui retranscrit un discours de Xi Jinping à Beijing le 12 octobre 2022.
AP/Andy Wong
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Qui est Xi Jinping ? Le président chinois laisse paraître peu d’aspects de sa vie. Et pour cause, la culture du secret est un outil redoutable dans la concrétisation de sa vision d’avenir pour son pays : que la Chine devienne la première puissance au monde.

Enfance et traumatismes 

Depuis sa tendre enfance, Xi Jinping entretient un rapport fort avec le Parti Communiste Chinois (PCC). Il est ce qu’on appelle « un prince rouge ». Fils d’un haut cadre du parti, son père, Xi Zhongxun, était un héros révolutionnaire, devenu vice-premier ministre. Proche de Mao Zedong, Xi Zhongxun participe à la création de la République populaire de Chine en 1949.

Xi Jinping passe alors les premières années de sa vie au sein de l’élite communiste. Il vit à Zhongnanhai, la partie de la cité interdite réservée aux cadres du Parti, près de la place Tiananmen. Cependant, du jour au lendemain, le futur président alors jeune garçon perdra son statut de privilégié. Son père est accusé de complot par Mao, et ce dernier réalise une grande purge. Le père de Xi Jinping est alors marginalisé, persécuté et est même exhibé au cours de séances d’autocritique de masse. Xi Jinping n’a alors que 9 ans. Cette époque le marquera fortement.

Dans cette photo d'août 1966, Mao Zedong rencontre des professeurs et des étudiants de Pekin.
Dans cette photo d'août 1966, Mao Zedong rencontre des professeurs et des étudiants de Pekin.
AP

Pendant la révolution culturelle, à tout juste 15 ans, Xi Jinping est envoyé aux travaux forcés dans un petit village de la « terre jaune », une région agricole pauvre où les paysans vivent dans des grottes. Là-bas, il participe aussi à des séances au cours desquelles il devait dénoncer son propre père. "Même si vous ne comprenez pas, vous êtes forcés de comprendre", confie-t-il au Washington Post en 1992. "Cela vous fait mûrir plus tôt ».

Xi Jinping est étiqueté « ennemi du peuple ». Visée aussi par les persécutions, sa soeur aînée sera poussée au suicide. Selon le politologue américain David Shambaugh, cette période a contribué à donner à Xi Jinping « un sentiment de détachement émotionnel et psychologique et d'autonomie dès son plus jeune âge ».

Ascension au sein du parti

À 22 ans, le futur président chinois réussit à faire effacer la mention de « traitre » sur ses papiers et reçoit sa carte d’adhésion au Parti après voir été rejeté près d’une dizaine de fois. Il décide alors de commencer au plus bas de l’échelle politique afin de gravir progressivement les échelons. Une démarche qui est bien vu par les cadres du PCC. En 1974, il devient chef du parti dans un village. Deux ans après, alors que la Révolution culturelle prend fin, son père est alors réhabilité.

En 1999, Xi Jinping devient gouverneur de la province de Fujian, puis chef du parti de Zhejiang en 2002, et enfin de Shanghai en 2007. Entre temps, Xi épouse la chanteuse vedette des choeurs de l’Armée populaire de libération (APL), Peng Liyuan en 1987, qui à l’époque jouissait d’une notoriété beaucoup plus importante que celle de Xi Jinping. Leur rencontre, ou du moins ce qu’il en est rapporté publiquement, fait l’objet de « mythe romantique communiste moderne » décrit Pierre Haski, grand connaisseur de la Chine, dans l’Obs.

Le président Xi Jinping et sa femme Peng Liyuan accueille le président du Niger Mahamadou Issoufou à Beijing, le 28 mai 2019.
Le président Xi Jinping et sa femme Peng Liyuan accueille le président du Niger Mahamadou Issoufou à Beijing, le 28 mai 2019.
AP/Mark Schiefelbein

L’ascension de Xi Jinping au sein du Parti communiste continue progressivement. Son caractère discret et loyal lui permet de passer outre les luttes de clans et fait de lui le candidat parfait au poste de numéro 1 du parti. Le 15 novembre 2012, il est intronisé président de la République Populaire Chinoise. Porté par un fort sentiment nationaliste, Xi Jinping tâchera de mettre en valeur tout ce qui fait la grandeur du pays. Peu en importe le prix.

Le « rêve chinois »

Rapidement après sa nomination au secrétariat général du Parti communiste chinois, Xi Jinping va théoriser le « rêve chinois ». Celui d’une Chine unifiée, forte et nationaliste. La nation chinoise doit « renaître », comme elle l’a fait après avoir été humilié par l’Occident lors des guerres de l’opium au XIXe. Lors de ces conflits, se sont opposés Britanniques et Chinois, les premiers souhaitant imposer le commerce de l’opiacé dans le pays, et les deuxièmes voulant l’interdire. Les Britanniques l’emportent alors sur la Chine. Des milliers de Chinois périront de la mise en place de ce nouveau commerce.

Dans sa volonté de voir un pays fort, Xi Jinping procède à une purge au sein du Parti, au nom d’une lutte contre la corruption. Près d’un million et demi de cadres sont alors emprisonnés ou purgés. Le président en profite aussi pour mettre ses opposants politiques en prison. Certains sont punis et exhibés en public comme pendant la Révolution Culturelle. Le message envoyé à la population est celui d’une menace de sanction immédiate face à toute insoumission aux idées du Parti.

La volonté de mise au pas de toute une nation passera aussi par une unification forcée des peuples chinois. Au Xinjiang, peuplée majoritairement de Ouïghours musulmans turcophones, la population est mise sous haute surveillance et réprimée. Le projet du pouvoir chinois est d’anéantir toute trace de religion, de langue et de culture ouïgours pour y substituer tous les éléments idéologiques et culturels chinois.

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De nombreuses organisations internationales des droits humains ont mis en lumière l’existence de camps de détention dans lesquels des centaines de milliers de Ouïghours seraient détenues, « rééduqués », torturés et pour les femmes, violées et stérilisées de force. Sur une population de dix millions, 500 000 enfants auraient été éloignés de leur famille depuis 2017.

Taïwan est aussi dans le viseur de Xi Jinping. Les offensives en Mer de Chine se multiplient, la Chine ayant toujours considéré l’île comme chinoise. En mai dernier, Taipei a dénoncé le franchissement de la ligne médiane séparant l'île du continent par treize bâtiments de guerre chinois et 68 avions. À l'occasion de sa journée nationale le 10 octobre, la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen a averti Pékin que l'île ne cèderait en aucun cas sur ses libertés et son mode de vie démocratique. 

Des revendications qui font écho aussi à Hong-Kong. Bien qu’indépendant de la Chine avec sa Loi fondamentale, le territoire fait aussi les frais de l’ingérence chinoise. Le 30 juin, Hong-Kong célébrait le 25e anniversaire de sa rétrocession et du modèle "un pays, deux systèmes" en vertu duquel la ville devait conserver pendant 50 ans une certaine autonomie. Cependant la Chine multiplie les tentatives de mise à mal des libertés et notamment de la démocratie hong-kongaise. En 2020, en vertu de la loi sur da sécurité nationale, les députés de l’opposition ont été exclus du Conseil législatif. Les arrestations d’opposants sont aussi monnaie courante.

Si la Chine cherche à neutraliser toute liberté d’expression dans ces territoires, c’est parce qu’elle l’a fait depuis bien longtemps au sein de ses propres frontières. Classée 175/180 au classement Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse est notamment inexistante, les médias étant majoritairement des relais de la parole d’État. Amnesty International avertit sur son site que « des avocat·e·s et des militant·e·s défendant les droits humains ont signalé avoir subi des actes de harcèlement, des manœuvres d’intimidation, des procès iniques, des placements arbitraires en détention au secret pendant de longues durées, des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements pour avoir simplement exercé leur droit à la liberté d’expression et d’autres droits fondamentaux.» La pandémie de Covid mettra notamment en lumière cette volonté de taire toute parole critique de la part du pouvoir chinois.

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La négation des droits humains semble alors un mal nécessaire pour Xi Jinping qui se veut être l’homme fort d’une Chine nouvelle en passe de dépasser les autres puissances. Un rêve qu’il souhaite voir se réaliser en étant encore au pouvoir. En 2018, le Parlement chinois a validé l’abolition de la limite des mandats présidentiels offrant la possibilité à Xi Jinping, 64 ans, d’être président à vie.

Centre du monde

Les projets de développement font aussi partie prenante du « rêve chinois » du Prince rouge. Annoncées en 2013, les « Nouvelles routes de la soie » projettent la vision chinoise du commerce internationale de demain, reliant la Chine à l’Asie Centrale, le Moyen-Orient et même l’Europe. Le pouvoir chinois a investi 1000 milliards de dollars dans ces nouveaux chemins de fer, ports et voies maritimes qui placeront la Chine au coeur d’un nouveau carrefour commercial.

Depuis 2012 la Chine de Xi Jinping a aussi multiplié les partenaires économiques. D’abord en Asie avec le Sri Lanka et la construction de Port City à Colombo que l’île n’a jamais pu rembourser en raison des taux de crédit chinois trop élevés. Enfin, en Europe, où la deuxième puissance mondiale a fait l’acquisition du port du Pirée en Grèce mais aussi, d’une partie de l’aéroport de Toulouse avant de revendre sa part en 2020. 

Xi Jinping est aussi une personnalité très apprécié en Afrique où plus de la moitié des Etats du continent traite avec la Chine dans des projets de développement. Depuis 2013, l’empire du Milieu a prêté plus de 120 milliards de dollars au continent. Par ailleurs, chaque année, le président organise une visite de chefs d’États africains, devant lesquels il se présente comme un allié, contrairement à l’Occident colonisateur.

Chine afrique sommet
Le Forum sur la coopération Sino-africaine (FOCAC), créé en 2000, se tient à Dakar, dimanche 28 novembre. Le thème de cette huitième édition, « Approfondir le partenariat sino-africain et promouvoir le développement durable pour bâtir une communauté d’avenir partagé Chine – Afrique dans la nouvelle ère » dresse les enjeux d'un sommet qui pourrait revisiter la relation asymétrique entre le continent et la puissance chinoise. 
Lintao Zhang/AP

L’aboutissement de cette volonté d’expansion se concrétise à Djibouti, où la Chine a établi sa première base militaire à l’étranger aux côtés des armées européennes et américaines. En une décennie de règne, Xi Jinping a bâti la première marine au monde. Il a aussi restructuré la plus grande armée de métier de la planète et développé un arsenal nucléaire et balistique qui peut en inquiéter plus d’un. En 2021, un rapport du Pentagone décrivait la Chine comme « seul adversaire capable de combiner sa puissance économique, diplomatique, militaire et technologique pour constituer un défi prolongé pour un système international stable et ouvert ». Un rêve que Xi Jinping aimerait voir réaliser en 2049 pour les 100 ans du Parti communiste chinois.