Variole du singe : l'OMS déclenche son plus haut niveau d'alerte

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché samedi 23 juillet son plus haut niveau d’alerte pour tenter de juguler la flambée de variole du singe, qui a frappé près de 17.000 personnes dans 74 pays, a annoncé son directeur général.
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Variole de singe
Des cas de variole du singe ont été détectés en Europe et en Amérique du Nord depuis le début du mois de mai.
© Rajesh Kumar Singh
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Éviter de reproduire l'erreur du Covid-19 : tel est l'objectif de l'Organisation mondiale de la santé. Après s'être réuni le 21 juillet dernier pour évaluer la flambée de variole du singe, l'OMS vient de déclencher son plus haut niveau d'alerte.

"J'ai décidé de déclarer une Urgence de santé publique de portée internationale pour ce qui concerne l'éruption de variole du singe", a déclaré  le chef de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus lors d'un point de presse, précisant que le risque dans le monde était relativement modéré à part en Europe où il est élevé.

Il a expliqué que le comité d'experts n'avait pas réussi à atteindre un consensus, restant divisé sur la nécessité de déclencher le plus haut niveau d'alerte. In fine, c'est au directeur général de trancher.

"C'est un appel à l'action, mais ce n'est pas le premier", a souligné Mike Ryan, le responsable des situations d'urgence de l'OMS, qui dit espérer que cela va mener à une action collective contre la maladie.

Lors d'une première réunion le 23 juin, la majorité des experts avait recommandé à Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'agence onusienne, de ne pas prononcer l'urgence de santé publique de portée internationale (USPPI). 

Tedros
Le chef de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 18 février 2022. 
Johanna Geron/Pool Photo via AP

Détectée début mai, la recrudescence inhabituelle de cas de variole du singe en dehors des pays d'Afrique centrale et de l'ouest où le virus est endémique s'est depuis étendue dans le monde entier, avec comme épicentre principal l'Europe.

  • Qu'est-ce que le plus haut niveau d'alerte ? 

La qualification "d'urgence de santé publique de portée internationale (USPPI)" est utilisée dans des situations "graves, soudaines, inhabituelles ou inattendues". Elle est définie par l'OMS comme un "évènement extraordinaire" dont la propagation constitue un "risque pour la santé publique dans d'autres Etats" et pouvant nécessiter "une action internationale coordonnée". C'est seulement la 7e fois que l'OMS a recours à ce niveau d'alerte.
 
  • Quelle est l'origine que la variole de singe ?

La variole du singe est une zoonose, une maladie infectieuse causée par un virus transmis par des animaux. Le plus souvent des rongeurs mais aussi certains primates sont en cause. Concrètement, la transmission se fait généralement par "consommation de viande d’animaux infectés pas suffisamment cuite", indique l’OMS.

Variole du singe
Le virus de la variole de singe ne se transmet pas facilement entre humains.
©Ted S. Warren/ AP

Ensuite, la transmission entre humains se fait au moment du contact avec une personne atteinte ou ses liquides organiques, dont la salive. Le virus de la variole du singe ne se transmet "pas facilement" entre personnes, assurent les autorités britanniques. Les symptômes n'en sont pas moins impressionnants.

Quels sont les symptômes et les dangers ? 

L'infection de l'homme par la variole du singe se divise en deux périodes. Une première qualifiée d'invasive, avec de la fièvre, des maux de tête, des ganglions enflés et des douleurs musculaires. Elle est suivie par une période d'éruption cutanée, qui commence par le visage, avant de s'étendre aux autres parties du corps. C'est le visage qui est le plus touché, suivi par les paumes des mains et les plantes des pieds.

En général, le taux de létalité s’est établi entre 1 % et 10 %, la plupart des décès survenant chez les plus jeunes.Communiqué de l'Organisation mondiale de la santé

Si les symptômes semblent virulents, surtout chez les hommes, le taux de mortalité reste faible. L’OMS affirme "qu’en général, le taux de létalité s’est établi entre 1 % et 10 %, la plupart des décès survenant chez les plus jeunes", précisant aussi que "la durée d’incubation est en général de 6 à 16 jours mais peut aller de 5 à 21 jours".

Décelée pour la première fois chez l'humain en 1970, la variole du singe est moins dangereuse et contagieuse que sa cousine la variole, éradiquée en 1980.

Dans la plupart des cas, les malades sont des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, relativement jeunes, et vivant essentiellement en ville, selon l'OMS. Hors d'Afrique, "99% des cas recensés sont des hommes", a indiqué la Dr. Rosamund Lewis, la principale experte de l'OMS pour la variole du singe, et 98% d'entre eux sont "des hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes, et principalement ceux qui ont de multiples récents partenaires, nouveaux ou anonymes".

Voir aussi : Variole du Singe : un nouveau terrain de jeu pour la désinformation ?

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L'agence de santé travaille en étroite collaboration avec la société civile et les communautés LGBTQI+ pour faciliter la diffusion d'informations sur la maladie, notamment dans l'optique de l'organisation des  marches des fiertés estivales.

Quelles sont ses origines ? 

D’après l’Organisation mondiale de la santé, la variole du singe provient de pays du centre et de l’ouest de l’Afrique comme le Nigeria ou le Cameroun. Son virus, appelé aussi scientifiquement "orthopoxvirose simienne", demeure très rare. On l'a identifiée pour la première fois chez l’homme en 1970 en République démocratique du Congo. Depuis 1970, des cas humains ont été signalés dans 10 pays africains.

Voir aussi : Variole du singe : un nouvelle maladie alarmante

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D’ordinaire, la variole de singe a tendance à se développer dans des zones et des forêts tropicales. Il est surprenant de la retrouver dans des pays du Nord, au climat froid et dans des milieux urbains. C’est pour cette raison qu'elle est actuellement surveillée par l'OMS. Toutefois, en 2003, des cas avaient été confirmés aux États-Unis, marquant la première apparition de cette maladie en dehors d'Afrique.

Le Dr Susan Hopkins décrit la variole du singe comme "une nouvelle maladie infectieuse qui se propage dans notre communauté" avec "des cas qui n'ont aucun contact identifié avec un individu venant d'Afrique de l'Ouest", où la maladie était auparavant présente.

Vacciner

Vendredi 22 juillet, l'Agence européenne des médicaments (EMA) a déclaré avoir approuvé l'utilisation d'un vaccin contre la variole humaine pour étendre son utilisation contre la propagation de la variole du singe. Ce vaccin est de fait déjà utilisé à cette fin dans plusieurs pays, dont la France.

Le vaccin Imvanex, de la société danoise Bavarian Nordic, est approuvé dans l'UE depuis 2013 pour la prévention de la variole. 

L'OMS recommande de vacciner les personnes les plus à risque ainsi que les personnels de santé susceptibles d'être confrontés à la maladie.
A New York, ce sont des milliers de personnes qui ont déjà été vaccinées avec le vaccin Jynneos.

 

Le 23 mai, les Etats-Unis avaient annoncé la vaccination des cas contacts avec des vaccins anti-varioliques, également efficaces contre la variole du singe. L'Union européenne avait indiqué qu'elle préparait des achats groupés de vaccins et traitements tandis que la France avait réalisé les premières vaccinations de cas contacts.

L'OMS travaillait en parallèle avec Etats-membres et experts pour faire avancer la recherche et le développement autour du virus. "Même si nous voyons une tendance à la baisse dans certains pays, d'autres font toujours face à une augmentation, et 6 pays ont recensé leurs premiers cas la semaine passée", avait déclaré le Dr. Tedros.

"Certains de ces pays ont un accès bien moins important aux diagnostics et aux vaccins, ce qui rend la flambée de cas plus difficile à tracer et à stopper", alors que les stocks de vaccins sont rares, avait-t-il ajouté.