Bavure présumée en Suisse: acquittement de 6 policiers

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Manifestation devant le tribunal lors du procès en appel de six policiers impliqués dans la mort du ressortissant nigérian Mike Ben Peter, le 8 juillet 2024 à Renens, en Suisse

Manifestation devant le tribunal lors du procès en appel de six policiers impliqués dans la mort du ressortissant nigérian Mike Ben Peter, le 8 juillet 2024 à Renens, en Suisse

AFP
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Six policiers de Lausanne (ouest de la Suisse) ont été acquittés en appel lundi dans la mort d'un ressortissant nigérian, Mike Ben Peter, alors qu'ils étaient soupçonnés d'avoir commis une bavure, a constaté l'AFP.

"La police tue, la justice acquitte", "police raciste, justice complice", "honte à vous", ont lancé quelque 80 manifestants, venus soutenir la famille de la victime.

En première instance, en juin 2023, les six agents avaient déjà été acquittés du chef d'accusation d'homicide par négligence.

La mort de Mike Ben Peter, à 39 ans et après une arrestation musclée qui l'avait vu soumis en particulier à un plaquage ventral est passée relativement inaperçue mais elle avait ensuite été comparée à celle de George Floyd en 2020 aux Etats-Unis.

Le décès de ce dernier, le cou écrasé par le genou d'un policier, avait provoqué des manifestations à travers les Etats-Unis pour dénoncer les violences policières dont sont souvent victimes les Afro-Américains.

Mais les juges suisses ont estimé que "la question du racisme systémique n'était pas pertinente pour juger cette affaire".

Les experts

Après trois jours d'un procès en appel la semaine dernière, les trois magistrats de la Cour ont estimé que les six membres de la police de Lausanne n'étaient ni coupables d'homicide par négligence ni d'abus d'autorité, un chef d'accusation qui était venu s'ajouter en deuxième instance, à la demande de l'avocat de la famille de la victime.

Manifestation devant le tribunal lors du procès en appel de six policiers impliqués dans la mort du ressortissant nigérian Mike Ben Peter, le 8 juillet 2024 à Renens, en Suisse

Manifestation devant le tribunal lors du procès en appel de six policiers impliqués dans la mort du ressortissant nigérian Mike Ben Peter, le 8 juillet 2024 à Renens, en Suisse

AFP

Comme cela a été le cas en première instance, les juges se sont fortement appuyés sur les expertises médico-légales "sans aucun défaut" pour estimer que l'on ne pouvait dire avec certitude que la victime était décédée à cause de l'intervention de la police, et notamment en raison du plaquage ventral pratiqué par les agents.

Mike Ben Peter est mort à l'hôpital quelques heures après son arrestation durant laquelle il s'est retrouvé en arrêt cardiaque.

La Cour d'appel a aussi estimé que les policiers n'avaient pas violé leur devoir de prudence de "manière fautive".

Les causes du décès de Mike Ben Peter "sont d'origine multifactorielle. Il n'est pas possible d'en dégager une seule", ont encore affirmé les juges, une thèse déjà retenue en première instance.

Ils ont ainsi écarté le fameux "lien de causalité" entre la manière d'intervenir des policiers et le décès du Nigérian.

"On ne peut rien reprocher aux policiers. L'interpellation était justifiée, légitime et proportionnée", a dit le président du tribunal.

Appel satisfaisant

Manifestation devant le tribunal lors du procès en appel de six policiers impliqués dans la mort du ressortissant nigérian Mike Ben Peter, le 8 juillet 2024 à Renens, en Suisse

Manifestation devant le tribunal lors du procès en appel de six policiers impliqués dans la mort du ressortissant nigérian Mike Ben Peter, le 8 juillet 2024 à Renens, en Suisse

AFP

"Le collège de la défense est soulagé, heureux, mais pas surpris, parce qu'on connaissait le dossier", a déclaré maître Christian Favre, l'avocat de l'un des policiers à la sortie du tribunal.

"On est soulagé parce qu'on a pu constater, le public a pu constater, que les policiers n'ont pas été ménagés pendant l'audience du jugement. On leur a posé beaucoup de questions, on les a poussés dans leurs derniers retranchements", a-t-il estimé.

"Ce qui veut dire qu'aujourd'hui, l'arrêt sur appel qui est rendu, qui confirme l'acquittement, le fait de manière particulièrement nette et particulièrement forte", a-t-il ajouté.

A l'issue du verdict, l'avocat de la famille Me Simon Ntah n'a pas voulu faire de déclarations. Mais il a toujours laissé entendre qu'il irait s'il le faut jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH).

Pour l'heure, il peut encore faire recours auprès de la plus haut instance juridique de la suisse, le Tribunal fédéral.

Bridget Efe (g), la veuve de Mike Ben Peter, et le frère du défunt, arrivent au tribunal pour l'ouverture du procès en appel de six policiers impliqués dans sa mort, le 1er juillet 2024 à Renens, en Suisse

Bridget Efe (g), la veuve de Mike Ben Peter, et le frère du défunt, arrivent au tribunal pour l'ouverture du procès en appel de six policiers impliqués dans sa mort, le 1er juillet 2024 à Renens, en Suisse

AFP/Archives

"Il faut que justice soit faite pour Mike, quoiqu'il en coûte", a déclaré sa veuve Bridget Efe, devant le tribunal.

"Ils ont tué mon mari, privé mes enfants de leur père et ils vont rentrer chez eux dans leurs foyers et vivre heureux avec leurs enfants ?", a-t-elle lancé, promettant que "justice sera faite pour mon mari".

Les soutiens à la famille de Mike Ben Peter ont appelé à une grande manifestation contre les violences policières samedi à Lausanne.