Mort de Steve à Nantes: le témoignage poignant de "teufeurs" tombés dans la Loire

Image
Un policier passe devant une peinture murale en hommage à Steve Maia Canico, décédé lors de la Fête de la musique à Nantes en 2019

Un policier passe devant une peinture murale en hommage à Steve Maia Canico, décédé lors de la Fête de la musique à Nantes en 2019

AFP/Archives
Partager4 minutes de lecture

"Il manque une personne !": Des témoins, tombés à l'eau lors de la Fête de la musique à Nantes en 2019 au cours de laquelle Steve Maia Caniço s'est noyé, ont narré cette nuit dramatique, au premier jour du procès du commissaire Chassaing pour homicide involontaire.

Au tribunal correctionnel de Rennes, lundi après-midi, trois jeunes hommes ont évoqué leur chute dans la Loire lors d'une intervention policière et des jets de gaz lacrymogènes. Une fois récupérés dans un canot, ils ont indiqué aux sauveteurs qu'une personne était en train de se noyer et dérivait.

Jérémy B., 29 ans, après avoir reçu des gaz, dit "avoir perdu complétement le sens de l’orientation. Mon pied gauche est tombé, je me suis entraîné dans la Loire", faisant une chute de 5 à 6 m dans une eau à 21°C.

"Je suis resté 15 ou 20 minutes dans l’eau, jusqu’à ce qu’on vienne me chercher", a ajouté le jeune homme.

Alexandre C. s'est retrouvé "dans un épais nuage" de lacrymogènes avant de tomber. "Il n'y a pas eu de sommation, ils (les forces de l'ordre, ndlr) n'ont prévenu personne, ils ont bombardé, c’est arrivé super vite", a-t-il dit.

"Je ne voyais rien, mes yeux me brûlaient, ça prend dans la gorge, on n’arrive plus à respirer", a témoigné Alexandre, qui s'est luxé une épaule lors de sa chute et a pu être sauvé grâce à Jérémy.

Alexis B., 27 ans, a "attrapé quelqu’un" dans la Loire. "Je l’ai tenu 2 ou 3 secondes et après il a dérivé", a-t-il dit, sans prononcer le nom de Steve Maia Caniço, glaçant d'effroi la salle d'audience, où des proches arborent un tee-shirt "Justice pour Steve". "J’ai vu sa silhouette qui se débattait disparaître sous l’eau", a-t-il ajouté.

Selon Me Louis Cailliez, avocat du fonctionnaire, onze personnes sont tombées dans la Loire, cinq pendant l'opération, une en toute fin de nuit, mais aussi cinq avant les jets de grenades, "sans compter ceux qui sont remontés par eux-mêmes".

Plus tôt, le commissaire Grégoire Chassaing avait exprimé sa "compassion" auprès des proches du jeune homme.

"Hyper sensible"

Dans la matinée, plusieurs membres de la famille de Steve avaient tenu des propos très émouvants sur le jeune homme, décrivant l'animateur périscolaire de 24 ans comme "hyper sensible", "gentil" et "souriant", passionné de musique et de théâtre. Depuis son enfance, il avait aussi la phobie de l'eau et ne savait pas nager.

Des fleurs déposées le long d'un quai de la Loire le 31 juillet 2019 à Nantes déposées à l'endroit où le corps de Steve à été découvert après être mort noyé lors de la Fête de la Musique

Des fleurs déposées le long d'un quai de la Loire le 31 juillet 2019 à Nantes déposées à l'endroit où le corps de Steve à été découvert après être mort noyé lors de la Fête de la Musique

AFP

Lors de la Fête de la musique du 21 au 22 juin 2019, des murs de son diffusaient de la musique quai Wilson, en bord de Loire, pratique tolérée jusqu'à 04H00.

"Peu après cette heure, les effectifs de la police nationale intervenaient pour solliciter l'arrêt de la diffusion de la musique, qui était refusé par les organisateurs d'un mur de son", a retracé le parquet dans un dossier de presse.

Des "teufeurs" mécontents ont jeté divers projectiles sur les policiers qui ont répliqué par le jet de grenades lacrymogènes, selon cette source.

Le 29 juillet, après plusieurs semaines de mobilisation des proches du jeune homme, un pilote d'une navette fluviale retrouvait le corps flottant de Steve Maia Caniço.

L'enquête a déterminé que la chute de Steve avait eu lieu à un endroit du quai sans barrière précisément à 04H33 et 14 secondes, soit deux minutes après les premiers tirs par les forces de l'ordre.

Philippe Astruc, l'un des procureurs au procès, a souligné devant la presse lundi matin que l'instruction avait été "longue" et avait demandé "de nombreuses expertises".

La défense de Grégoire Chassaing a annoncé qu'elle plaiderait la chute accidentelle dans le fleuve, sans aucun lien avec les tirs de gaz lacrymogènes par les policiers.

Le jugement sera mis en délibéré à l'issue du procès qui doit durer jusqu'à vendredi. Le prévenu encourt une peine de trois ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende.