Algérie : le choix risqué d’Houssem Aouar

Une nouvelle vague de binationaux a cette semaine opté pour l'Algérie. Parmi ces six nouveaux joueurs, figure Houssem Aouar. Ancien international A français, le milieu de terrain de l'Olympique Lyonnais n'a pas évité certaines erreurs au moment d'expliquer son choix. Décryptage.
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AI / Reuters / Panoramic
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Un slogan (« Ils passent au vert »), un bandeau photo sur les réseaux sociaux en plus d'un communiqué officiel : tel un club en période de mercato, la Fédération algérienne de football a fait les choses en grand pour annoncer à l'opinion l'arrivée de sept petits nouveaux, dont six binationaux, parmi les Fennecs. En plein renouvellement d'un effectif apparu à bout de souffle depuis la dernière CAN, début 2022, Djamel Belmadi va pouvoir compter sur du sang neuf. Et parmi ces futurs internationaux, un nom a particulièrement frappé le public : celui d'Houssem Aouar. Âgé de 24 ans et apparu une fois en équipe de France A, le 7 octobre 2020 contre l’Ukraine en amical, le milieu de terrain de l'Olympique Lyonnais avait régulièrement vu les médias algériens annoncer sa future venue, sans que ces informations se vérifient ensuite. La donne a donc changé.

Dans un entretien diffusé sur les canaux officiels de la Fédération algérienne de football, Houssem Aouar revient sur ce choix fort. Et en particulier sur le moment choisi pour le faire, alors que l'intéressé est complètement sorti des plans de l'équipe de France. « C’est quelque chose qui me trottait dans la tête depuis très longtemps, mais je ne me voyais pas faire la démarche moi-même parce que j’avais peur qu’on me voie comme un opportuniste. Et là, le coach et le président m’ont tendu la main, donc forcément j’y ai vu un signe du destin. J’ai vu que j’avais une deuxième chance et j’ai sauté dessus, parce que c’est quelque chose qu’il ne faut pas rater je pense », explique le joueur de l'Olympique Lyonnais. Le déclic serait intervenu l'été dernier, lorsque le sélectionneur Djamel Belmadi et le président de la FAF, Djahid Zefizef, sont venus le rencontrer pendant ses vacances en Algérie. « Pour être honnête, une fois mon choix de rejoindre l’équipe de France, j’ai ressenti tout simplement un regret et j’ai senti que pour ma part et personnellement, je n’avais pas fait le choix qui me convenait à moi », ajoute Houssem Aouar.

Des critiques en Algérie... et en France


Conscient de l'incompréhension que sa décision pourrait susciter, le futur international va jusqu'à anticiper certaines critiques de supporters d'Elkhedra (littéralement la verte, surnom de l'équipe nationale algérienne, ndlr) qui, dès avant cette interview, faisaient circuler ses déclarations de l'époque de sa première sélection avec les Bleus (« Je ressens beaucoup de fierté », martelait alors Houssem Aouar). « Bien entendu, il y en a qui vont croire que c’est un choix par défaut ou opportuniste, mais si c’était un choix par défaut, je ne l’aurais pas fait maintenant parce que j’ai seulement 24 ans. J’ai encore plus de dix ans de carrière donc si c’était un choix par défaut, honnêtement j’aurais pu attendre jusqu’à 27 ou 28 ans. Mais là non, pas du tout. Ce n’est pas un choix par défaut, c’est un choix du cœur », tente de convaincre celui qui présente ses rapports avec l'Algérie comme « très forts et très étroits » : « Depuis le plus jeune âge j’avais l’habitude de m’y rendre tous les étés avec ma mère et ma famille. »

Destinée à prendre les critiques de vitesse, cette sortie médiatique en forme de déclaration va plutôt avoir l'effet inverse. Ancien sélectionneur de l'équipe de France, Raymond Domenech est l'un des premiers à dégainer. Jeudi, le technicien devenu consultant dit tout le mal qu'il pense du discours d'Houssem Aouar. « Je trouve que c’est humiliant pour l’Algérie de dire que, parce qu’il ne peut plus jouer en équipe de France, ‘tiens, je vais aller en Algérie’. S’il fait ça au moment où il est au top niveau et que c’est lui qui décide qui il choisit réellement, oui. Mais là il diminue l’idée qu’on peut avoir de cette équipe d’Algérie en disant ‘je ne suis pas bon pour l’équipe de France, alors je parle de mon cœur et j’y vais’. Ça m’agace par rapport à l’Algérie », assène l'ancien entraîneur de l’OL sur La Chaîne L'Equipe. Le lendemain, les supporters du club rhodanien accueillent par des sifflets et une Marseillaise l'entrée d'Houssem Aouar face au FC Nantes (1-1), en ouverture de la vingt-huitième journée de Ligue 1.

Belmadi compte sur lui


Le mini-feuilleton n'en est pas à son dernier épisode. Dimanche, sur TF1, Houssem Aouar lance l'opération déminage. Si les critiques sont si nombreuses, c'est parce que le message initial a été pris de travers, laisse entendre cette communication. « Si je regrette d'avoir porté le maillot bleu ? Non, pas du tout. Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire en tout cas, rectifie le Gone au micro de l'émission Téléfoot. Ça a été mal repris et mal compris, peut-être. Ce que j'ai dit, c'est que j'avais eu le regret de ne pas avoir choisi l'Algérie plus tôt. Ce n'est pas un choix contre la France, pas du tout, loin de là en fait. »

Au même moment, Djamel Belmadi est bombardé de questions au sujet du Lyonnais par les journalistes algériens présents à son point de presse. « Il a une envie farouche de venir jouer. Aouar a fait sa démarche de changement de nationalité sportive, il a même joué en France A. Il était ému dans son explication », assure le boss des Fennecs, qui voit en lui un joueur capable de « devenir un élément très important », de l'équipe d'Algérie. Il faudra patienter encore pour le vérifier : jugé à court de forme, Houssem Aouar n'a pas été convoqué ce mois-ci. Le joueur comme son sélectionneur en sont bien conscients : seules de prestations de haute volée sont de nature à chasser les doutes du public algérien sur la sincérité de ce changement de nationalité sportive.