Avec Gernot Rohr, le Bénin a un plan

Le Bénin tente de donner un nouveau souffle à son football, privé de CAN depuis le quart de finale joué lors de l'édition 2019. Les ex-Écureuils devenus Guépards sont désormais dirigés par Gernot Rohr. Fort de sa vingtaine d'années d'expérience, le technicien franco-allemand doit porter les valeurs d'exigence et de rigueur nécessaires à la réussite d'un plan ambitieux.
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Thierry Breton / Panoramic
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Gernot Rohr avait donné rendez-vous aux médias du Bénin vendredi. Nommé sélectionneur des Écureuils devenus Guépards, le technicien franco-allemand a livré sa première liste en vue des troisième et quatrième journées des éliminatoires de la CAN 2023 face au Rwanda et en a profité pour préciser les contours de sa mission. Le successeur de Michel Dussuyer n'est pas venu pour l'argent (il gagnera deux fois moins que ce qu'il touchait au Nigeria entre 2016 et 2021) mais pour une mission de trois ans, qui va bien au-delà de la seule CAN à venir, début 2024 en Côte d'Ivoire.

« Je n’ai rien signé pour le moment. Ma parole vaut plus que ma signature. J’ai discuté avec les autorités béninoises à Paris et on s’est mis d’accord sur trois ans. » Ce changement de sélectionneur se fait dans la continuité, puisque l’ex-intérimaire Moussa Latoundji retrouve un poste d’adjoint, en bonne intelligence avec Gernot Rohr. « Le choix de Moussa comme adjoint, une décision imposée ? Non, c’est mon choix », a dit le nouveau coach, qui voit loin. « On a besoin de rêver dans le football, on a besoin d’objectifs, a poursuivi Rohr. On a besoin de quelque chose qui va nous aider à convaincre des joueurs entre deux nationalités. Je pense qu’on peut encore se qualifier pour la prochaine CAN, on y croit. Mais si ça ne se fait pas, on aura d’autres ambitions. »

La Coupe du monde 2026 en ligne de mire


La Coupe du monde 2026, et sa dizaine de places qualificatives pour le continent africain, en fait partie. Mais ce rêve d'une première participation béninoise au grand rendez-vous mondial n'est que l'objectif le plus lointain. L'ambition pour le football béninois vient d'en haut, de tout en haut même, du chef de l’État. Le 27 décembre dernier, Patrice Talon s'entretenait avec des dirigeants de clubs et de Fédérations sportives. « Les efforts d’un début ne suffisent pas pour aller au sommet notamment dans un domaine compétitif que ce soit en football, handball, basket, volleyball, les sports de masse principalement puis les autres », disait alors le président, avant d'en appeler à la structuration des filières sportives.

Conseiller technique du ministre des Sports, Jean-Marc Adjovi-Boco n'est pas étranger au choix de Gernot Rohr. A l'initiative du projet Diambars au Sénégal avec Bernard Lama, Patrick Vieira et Saër Seck, l'ancien joueur du RC Lens entend s'appuyer sur l'expérience du nouveau sélectionneur afin d'augmenter le niveau d'exigence, dans un pays qui ne dispose toujours pas de Direction technique nationale. Et décliner au Bénin ce qui a si bien réussi au pays des champions d'Afrique. « On travaille bien, mais on peut toujours faire plus. Les gens doivent comprendre que ce qu'est devenu le Sénégal en gagnant tous ces trophées, ce n'est pas venu de nulle part. Il y a un vrai projet qui a été mis en place et on est assez fier d'avoir été un détonateur avec Diambars. Tous les pays devraient regarder ce que fait le Sénégal, mais aussi le Maroc qui travaille très bien. Ce sont des pays dont il faut copier les modèles », estime Adjovi-Boco, cité par le site officiel de la CAF.

Valoriser le vivier local


Signe de la synergie qui doit désormais exister entre les équipes de jeunes et les A, Gernot Rohr s'est adressé en visio aux U20, auteurs de prestations encourageantes lors de la Coupe d'Afrique de la catégorie, terminée le week-end dernier en Egypte. Le Bénin mise pour développer son vivier domestique sur la formation des techniciens locaux mais aussi sur le recrutement d'experts venus de l'étranger. Le staff mixte du nouveau sélectionneur illustre cette double approche, avec une attention particulière pour les joueurs du cru, comme en témoigne la présence de quatre internationaux U20 sur la première liste des Guépards. « Il y a beaucoup de travail, mais on va s’y attacher, et je pense que ce sera un travail collectif, avec les membres de la fédération, avec tout le monde. On va, j’espère, réussir à faire du bon travail, a expliqué Gernot Rohr lors de sa conférence de présentation. Déjà, on va faire un petit état des lieux, pour savoir où en sont les choses. On va aller voir (...) les joueurs locaux, et on va donner un petit programme de travail. »

Plusieurs fois interrompu dans la seconde moitié des années 2010, sans parler du Covid, le championnat national a retrouvé de la régularité, en ligne avec les ambitions présidentielles en matière de football. « Il y a une volonté de professionnaliser le football. L'État a demandé à des entreprises de reprendre les clubs. Il y a aussi une taxe pour le développement du sport avec toutes les entreprises qui dépassent un certain montant dans leur chiffre d'affaires et doivent reverser 1 pour 1000 dans le développement du sport », détaille Adjovi-Boco, qui n'oublie pas le bas de la pyramide.

« Le projet, c'est de développer le sport et le football en particulier à partir des petites catégories. Au Bénin on a décidé de travailler autour du sport scolaire, poursuit-il. L'État a mis en place des classes sportives dans les 77 communes. On a déjà construit 22 stades avec des terrains synthétiques, des pistes d'athlétisme et pouvant accueillir d'autres disciplines comme le volley-ball. » Ce travail a porté ses premiers fruits, avec les victoires du Bénin dans les finales régionales masculines et féminines du championnat scolaire, jouées en Côte d'Ivoire. « Je pense que dans quelques années, le Bénin sera sur la carte du football africain », conclut Jimmy Adjovi-Boco. Rendez-vous est pris.