CAN 2023 : sur les bancs, le retour des chaises musicales

Sur les 24 sélections engagées dans la CAN 2023, huit ont déjà changé de sélectionneur, et quelques autres pourraient suivre le même chemin dans les jours ou les semaines à venir. Si les grandes compétitions ont toujours été propices à une telle bougeotte, cette trente-quatrième édition du tournoi continental s'est avérée particulièrement dommageable pour les techniciens. Revue de détails.

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La Côte d'Ivoire revient de loin. Avant de remporter la CAN 2023 sous la direction d'Emerse Faé, le pays organisateur de cette trente-quatrième édition s'était séparé de son prédécesseur. Le couperet était tombé pour Jean-Louis Gasset, 48 heures après l'humiliation historique subie à Ebimpé par les Eléphants face à la Guinée équatoriale (0-4), lors de la troisième journée du groupe A. Alors que la qualification n'était pas encore assurée, le technicien français avait été démis des fonctions qu'il occupait depuis le printemps 2022. Son adjoint Emerse Faé fut bombardé sélectionneur après une vaine tentative pour faire revenir Hervé Renard. Bien que flatté par cette approche, le double champion d'Afrique, en poste à la tête de l'équipe de France féminine, ne prit pas la direction d'Abidjan. La suite, c'est donc Emerse Faé qui l'a écrite avec le brio que l'on sait. Son avenir ? Il sera bien temps d'en parler après la célébration du sacre.

Égypte, Ghana, Algérie, géants en échec

Arrivés en Côte d'Ivoire avec le rang de vice-champion d'Afrique, les Pharaons d'Égypte ont quitté la compétition en huitièmes de finale face à la RD Congo (1-1, 7-8 t.a.b). Le sélectionneur, Rui Vitoria, n'a pas résisté à cette élimination précoce. Le technicien portugais, qui occupait le banc depuis le mois de juillet 2022, a pris la porte malgré un bilan solide d'1 défaite et 5 nuls pour 13 victoires (dont une en amical sur le terrain de la Belgique) en 18 matchs. Les choses n'ont pas traîné ensuite pour la succession de l'ancien coach du Benfica. Deux jours après son limogeage, la Fédération égyptienne de football a annoncé la nomination d'Hossam Hassan. L'ancien attaquant international, passé par les deux géants du Caire (Al-Ahly et Zamalek) et auteur de 68 buts en 178 sélections, a la lourde tâche de remettre les septuples champions d'Afrique au firmament du football continental.

Tout aussi expéditive fut la décision de la Fédération ghanéenne de football. Dans la nuit qui suivit la nouvelle élimination des Black Stars dès le premier tour de la CAN, l'instance dirigeante décidait de relever de ses fonctions le sélectionneur Chris Hughton. Comme Rui Vitoria, le technicien irlandais voyait là sa première expérience africaine se terminer en queue de poisson. Ancien entraîneur de Brighton et de Nottingham Forest notamment, Chris Hughton avait été intronisé en février 2023, après avoir secondé Otto Addo lors du Mondial au Qatar. Au cours de son mandat, le coach de 65 ans n'aura jamais imposé sa marque. Durant la présente CAN, l'ancien coach des Magpies, attaqué par un supporter durant cette phase finale, n'aura pas fait mieux que le piètre parcours du Serbe Milovan Rajevac au Cameroun. Le nul face au Mozambique (2-2), qui les vit se saborder en dilapidant une avance de deux buts sur des bourdes défensives, aura ruiné les chances de qualification du Ghana en même temps qu'elle scellait le sort de Chris Hughton.

Eliminée pour la deuxième fois consécutive au premier tour sans remporter un match, l'Algérie n'est plus que l'ombre de l'équipe sacrée championne d'Afrique il y a moins de cinq ans en Egypte. Désireux de tourner la page, le nouveau président de la Fédération algérienne de football, Walid Sadi, avait annoncé sur Twitter un accord avec Djamel Belmadi. Problème : ce dernier refuse depuis de quitter son poste. Dans un communiqué d'une rare virulence, la FAF règle ses comptes avec celui qui est passé de héros à zéro le temps de trois phases finales de Coupe d'Afrique. En attendant un hypothétique règlement à l'amiable de ce contentieux, l'instance s'est déjà mise en quête d'un nouveau sélectionneur, avec pour objectif d'avoir bouclé ce recrutement d'ici la prochaine date FIFA, au mois de mars.

Des départs volontaires

En échec durant la CAN, certains sélectionneurs en ont tiré par eux-mêmes les conséquences. C'est le cas de Jalel Kadri. Sur le banc de la Tunisie depuis la précédente CAN au Cameroun, le technicien local a annoncé son départ après l'élimination des Aigles de Carthage. «Ma mission à la tête de l'équipe nationale tunisienne est maintenant terminée. On assume notre responsabilité», a déclaré celui qui avait qualifié son pays pour la Coupe du monde 2022 au Qatar. Avec un seul but et un seul point marqués en trois rencontres, la Tunisie, quart-finaliste sortante, n'aura pas été à la hauteur de son rang de numéro trois africain au classement mondial FIFA d'avant la CAN.

Même décision de la part de Tom Saintfiet. Le globe-trotter belge a décidé de quitter le banc de la Gambie, qu'il occupait depuis l'été 2018, après l’élimination dans les derniers instants face au Cameroun (2-3). «Malgré la défaite, je suis fier de mes héros. J’aime la Gambie et elle aura toujours une place particulière dans mon cœur, a dit le technicien de 50 ans, désormais sur le marché. Je vais pleurer quand je rentrerai chez moi, mais je pense qu’il était temps, pour moi et la Gambie, d’essayer de nouvelles choses.»

Remercié le 9 février après une CAN « en deçà des attentes », avec une élimination dès les huitièmes de finale, Hubert Velud a tenu à souligner que cette décision était aussi la sienne, lui dont le contrat prenait fin le 30 mai prochain. «C'était mon choix également, annoncé aux joueurs après le match du Mali», a fait savoir le technicien français de 64 ans dans un communiqué envoyé aux médias afin de revenir sur la fin de «deux années riches et intenses en émotions». Comme ses confrères, l'ancien entraîneur du TP Mazembe est maintenant prêt à faire valoir son expérience africaine afin de retrouver un défi qui lui corresponde

Même les petits pays n'y échappent pas...

Est-ce le fait de voir tant de sélectionneurs se retrouver sur le marché en quête d'un nouveau challenge ? Toujours est-il que les petits pays de football succombent à la mode. Si le cas de la Tanzanie, qui a licencié Adel Amrouche après sa suspension par la CAF («La Fédération marocaine de football est une puissance dans le football africain. C’est le Maroc qui gère le football africain, qui a la main sur le choix les arbitres et les horaires», avait accusé le technicien algérien) est particulier, celui de la Guinée-Bissau interpelle. Après un septennat sur le banc, Baciro Candé n'a pas été conservé. Le technicien local n'a pas résisté à une première phase finale vierge de tout point au compteur des Djurtus. Les temps sont décidément impitoyables pour la profession de sélectionneur.