CAN : le tirage au sort en 5 questions

Les dés sont jetés pour la CAN 2023. Le tirage au sort de l'épreuve reine du football africain a eu lieu ce jeudi soir au Parc des Expositions d'Abidjan. Décryptage en cinq points.
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Pour qui le « groupe de la mort » ?


La Côte d'Ivoire, qui organisera l'épreuve pour la deuxième fois, quarante ans après sa première expérience en tant que pays hôte (le Cameroun avait alors remporté le trophée en disposant du Nigeria (3-1), ndlr), a hérité en tant que tête de série numéro un d'un poids lourd, le Nigeria triple vainqueur et de deux outsiders en progrès, la Guinée équatoriale et la Guinée-Bissau. L'Algérie devra elle écarter le Burkina Faso, demi-finaliste sortant, la puissance montante mauritanienne et le revenant angolais. La Tunisie retrouve le Mali et aura deux adversaires d'Afrique australe avec l'Afrique du Sud et la Namibie. Le Maroc, demi-finaliste de la dernière Coupe du monde, retrouvera la RD Congo, qu'il avait battue en barrages du Mondial, et affrontera aussi la Zambie et la Tanzanie. L'Egypte, finaliste sortant, est tombée sur le mondialiste ghanéen et deux équipes largement abordables, avec le Cap-Vert et le Mozambique. Aucune de ces cinq poules ne peut se targuer du qualificatif de « groupe de la mort ». Ce dernier est donc à chercher du côté du tenant du trophée : le Sénégal devra se défaire de la Guinée, valeur sûre d'Afrique de l'Ouest, de la Gambie, quart de finaliste sortant sur une excellente dynamique, et surtout du Cameroun, qu'une programmation mal pensée le fait affronter ce lundi soir à Lens en match « amical ». Le sélectionneur des Scorpions, Tom Saintfiet, n'hésite pas à dire qu'il s'agit du « groupe le plus difficile ». Il n'est pas le seul.

Le Sénégal peut-il conserver son titre ?


Présent sur l'estrade en tant que préposé au tirage, Sadio Mané affichait une mine inquiète. « Je pense que c'est un groupe très difficile, je suis moitié gambien-moitié guinéen en plus. Le Cameroun est là aussi, ce sera très compliqué. Nous allons tout faire pour passer ce premier tour », a déclaré à chaud, avec honnêteté, le maître à jouer des Lions de la Teranga. Sacrés au Cameroun malgré une mise en route des plus laborieuses (2 nuls, 1 victoire, 1 seul but au premier tour), les hommes d'Aliou Cissé auront cette fois intérêt à éviter tout retard à l'allumage. Après un choc fratricide contre la Gambie, les tenants du trophée devront se frotter au Cameroun. Un choc des Lions qui avait tourné à l'avantage du Cameroun lors de l'édition 2017. Qu'en sera-t-il cette fois à Yamoussoukro ? Un début de réponse pourrait tomber ce lundi soir. Une programmation mal pensée va mettre les deux équipes face à face sur la pelouse du stade Bollaert-Delelis de Lens. Peur des blessures, refus de se livrer, nécessité de ménager les joueurs clés ? Ce qui aurait dû être une rencontre de gala pourrait bien tourner au poker menteur. On risque d'attendre encore pour avoir la réponse à cette question : quel visage présentera en Côte d'Ivoire une équipe marquée l'été dernier par le départ d'une bonne partie de ses cadres pour l'Arabie Saoudite ? Autrement dit, les Lions auront-ils encore faim ?

Le Maroc est-il forcément favori ?


Demi-finaliste de la dernière Coupe du monde, première équipe africaine à atteindre le dernier carré de la compétition, le Maroc est naturellement favori aux yeux de ses supporters et du grand public en général. Mais pas à ceux de son sélectionneur, Walid Regragui. « Aujourd’hui, on n’est pas favori. Je pense qu’aujourd’hui, il y a de meilleures équipes que le Maroc sur le continent, a estimé le successeur de Vahid Halilhodzic devant la presse. Un an après la Coupe du monde, beaucoup d’équipes ont progressé dont la Côte d’Ivoire, l’Égypte, le Nigeria et l’Algérie. Des équipes qui n’ont pas été à la Coupe du monde sont favorites. Nous, on va essayer de se battre et de passer le premier tour. » Avec la RD Congo, de retour après quatre ans d'absence, la Zambie et la Tanzanie, cela paraît largement dans les cordes de ces Lions de l'Atlas-là. La ficelle employée par leur sélectionneur, qui consiste à mettre la pression sur les autres grosses cylindrées du plateau, est un peu grosse. Il y a deux ans, au Cameroun, le Maroc avait atteint les quarts de finale et n'avait pas été loin de sortir l'Egypte, future finaliste. On ne voit pas en quel honneur cette équipe constellée de joueurs haut niveau serait plus faible aujourd'hui, forte de son parcours au Qatar.

Que peut espérer la Côte d’Ivoire ?


En être le pays organisateur n’est plus une garantie de bon résultat à la Coupe d’Afrique des Nations. L’Algérie (en 1990), l’Afrique du Sud (en 1996), la Tunisie (en 2004) et l’Egypte (en 2006) l’ont emporté devant leur public mais ces réussites demeurent des exceptions. La Côte d’Ivoire a remporté ses deux trophées loin de ses bases : au Sénégal (en 1992) puis en Guinée équatoriale (en 2015). Peut-elle devenir la première équipe à gagner une CAN à 24 sur ses terres ? A moins de trois mois de l’événement, le sélectionneur Jean-Louis Gasset et son staff restent à la recherche de leur onze idéal. Face aux manques persistants au poste de gardien de but, leur choix s’est récemment porté sur Yahia Fofana (Angers). Un autre Fofana, Seko, a fait son retour dans l’entrejeu après un an d’absence, tandis que le compartiment offensif a bénéficié de celui de Wilfried Zaha. Bien que dominateurs, les Eléphants ont été contraints au nul par le Maroc (1-1), samedi sur la pelouse du « Félicia » à Abidjan. Leur montée en puissance devra se poursuivre jusqu’au coup d’envoi de la CAN, le 13 janvier face à la Guinée-Bissau.

Quelle équipe créera la surprise ?


L’élargissement du plateau à 24 équipes, avec un premier tour peu sélectif (les deux premiers de chaque poule qualifiés, ainsi que les quatre meilleurs troisièmes) ouvre de nouvelles perspectives à des équipes habituellement promises aux éliminations précoces. Certaines parviennent non seulement à passer le cap du premier tour mais aussi à briller ensuite. Ce fut le cas de Madagascar et du Bénin, en 2019 en Egypte, puis celui de la Gambie, lors de l’édition 2021 au Cameroun. Et si les exploits malgaches et béninois sont restés sans lendemain, les Scorpions sont de retour pour montrer que leur rang de quart-finaliste au Cameroun ne devait rien au hasard. Les surprises de cette nouvelle édition pourraient se situer parmi les pays émergents, tels la Mauritanie, qualifiée pour la troisième fois consécutive, ou la Guinée-Bissau, dont c’est la quatrième participation depuis 2017. Jamais Mourabitounes ni Djurtus n’ont encore passé le premier tour. Et si c’était pour cette fois ?

La CAN 2023 aura lieu du 13 janvier au 11 février 2024 dans six stades et cinq villes : Abidjan (Ebimpé et Abidjan-Plateau), Bouaké, Korhogo, San Pedro et Yamoussoukro.