Côte d'Ivoire : quel avenir pour les champions d'Afrique ?

Miraculée après le premier tour, la Côte d'Ivoire a surmonté tous les obstacles pour décrocher devant son public un troisième titre de champion d'Afrique. Certaines questions se posent aujourd'hui quant à l'avenir sur le banc du sélectionneur intérimaire, Emerse Faé, et de quelques joueurs cadres, dans le vestiaire. Décryptage.
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Lundi dernier, la Côte d'Ivoire émergeait d'une interminable nuit de liesse, avec sur la tête une troisième couronne de championne d'Afrique. Ce furent ensuite le temps des célébrations, de la parade dans les rues d'Abidjan puis au Félicia, l'historique stade Félix Houphouët-Boigny dans le quartier du Plateau, jusqu'à la réception par le président de la République, Alassane Ouattara. Appelé à la barre le jour de ses 40 ans alors que les Eléphants n'étaient pas encore certains de survivre à la phase de poules, Emerse Faé était porté en triomphe. En moins de trois semaines, l'ex-adjoint du Français Jean-Louis Gasset, démis entre les deux tours des fonctions qu'il occupait depuis le printemps 2022, s'était mis tout un pays dans la poche. Si rien n'a encore été officialisé, le provisoire semble aujourd'hui parti pour durer.

Faé-Demel, un duo parti pour durer


Secondé par son ami et ancien coéquipier en sélection, Guy Demel, le coach champion d'Afrique n'envisage d'ailleurs pas l'avenir autrement, après avoir empoché la prime présidentielle de 100 millions de FCFA (153 437 euros). « Merci au président de la République pour cet honneur d’être décoré. Merci au peuple ivoirien pour tout le soutien. Merci au président de la FIF Idriss Diallo pour votre confiance. Dès mars le travail reprend. Objectif : CAN 2025 et Coupe du monde 2026 », a écrit Emerse Faé sur son compte Instagram. Après la vaine tentative de faire revenir Hervé Renard, la tendance n'est plus au recrutement d'un entraîneur de prestige pour les Eléphants.

« Nous sommes d'accord pour continuer à travailler ensemble, ce qui me semble logique. J'ai envie de continuer ma mission, rien d'autre. Nous allons prendre le temps de régler quelques détails contractuels et sportifs. Je souhaite continuer à travailler avec le même staff technique, dont Guy Demel, qui nous a rejoints le 24 janvier, et avec qui j'ai une grande proximité depuis les années où nous avons évolué ensemble en sélection. Le président Diallo y est tout à fait favorable », a renchéri jeudi dans les colonnes du quotidien Le Monde, Emerse Faé, déjà tendu vers les prochaines échéances. « [La CAN 2025 et le Mondial 2026] ne sont pas deux objectifs, mais deux évidences. Nous ne sommes pas les plus beaux, nous ne sommes pas les plus forts, nous avons des choses à améliorer, nous respectons tout le monde, mais notre nouveau statut de champions d'Afrique nous oblige à nous qualifier. »

Gradel, derniers dribbles ?


Avec quels joueurs ? Relancés après le premier tour chaotique de la Côte d'Ivoire, Jean-Michaël Seri (32 ans) et Max-Alain Gradel (36 ans) ont pris une part active dans la renaissance de l'équipe sous la houlette du duo Faé-Demel. Le milieu de terrain a rayonné face au Sénégal, ce qui a permis d'aiguillonner Franck Kessié, membre d'un trio (avec Seko Fofana et Ibrahim Sangaré) qui avait sombré dans un confort néfaste sous Jean-Louis Gasset. Le petit ailier, déjà sacré champion d'Afrique en 2015 en Guinée équatoriale, a lui aussi joué le rôle que ses entraîneurs attendaient de lui, transmettant combativité et sens du sacrifice.

Il n'est pas certain de voir l'ancien Stéphanois continuer longtemps sa mission sous les couleurs nationales. « Après un entretien avec l'entraîneur et le président de la Fédération, j'annoncerai ma décision de continuer ou non avec la sélection ivoirienne. Quand on a eu la chance de jouer trois finales et de remporter deux CAN, il ne faut pas être trop gourmand, mais j'annoncerai ma décision bientôt », a déclaré Max-Alain Gradel au micro de la RTI.

Seko Fofana se pose (encore) des questions


Autre cas épineux, celui de Seko Fofana. Depuis le début, rien n'est simple dans l'histoire entre le milieu de terrain emblématique du RC Lens et son pays d'origine. Ses débuts, en 2017 sous le règne éphémère du Belge Marc Wilmots, restèrent sans lendemain, jusqu'à un bref retour en 2019, sous celui d'Ibrahima Kamara. Jean-Louis Gasset, qui avait fait de lui sa priorité dans l'entrejeu, le rappela avec succès à l'automne 2022. S'ensuivit une nouvelle éclipse d'un an, pour revenir en octobre 2023 et débuter l'intégralité des onze matchs suivants, sans pratiquement manquer une minute.

Et voilà que, désormais champion d'Afrique, le Parisien de naissance s'interroge à nouveau. « Pour être franc, je me pose beaucoup de questions. Je ne sais pas quelle direction ma carrière va prendre. Ce n’est pas facile », a-t-il admis, avant d’ajouter. « Nous allons prendre le temps nécessaire pour réfléchir calmement. Il se pourrait que certaines décisions soient prises. La Côte d’Ivoire ne devrait se fixer aucune limite », a confié l'actuel joueur d'Al-Ettifaq en Arabie Saoudite, un rien énigmatique, après la finale victorieuse.

Certaines pages vont donc être tournées en équipe nationale ivoirienne après la conquête de cette troisième étoile. Si les matchs amicaux du mois de mars devraient donner quelques premières indications, la prochaine échéance importante est pour le 3 juin. Ce jour-là, la Côte d'Ivoire recevra le Gabon, qui partage avec elle la tête de son groupe qualificatif pour la Coupe du monde 2026 (2 victoires en 2 journées pour les deux équipes). Un tournant que les champions d'Afrique devront bien négocier.