Éliminatoires de la Coupe du monde 2026 : une hiérarchie troublée, des surprises qui s'affirment

Les troisième et quatrième journées des éliminatoires de la Coupe du monde 2026 se sont déroulées ces derniers jours à travers l'Afrique. Entre performances et couacs, surprises et confirmations, quel bilan provisoire tirer de ce marathon qualificatif ? Éléments de réponse.

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La Côte d'Ivoire et le Cameroun, deux ténors suivis de près


La Côte d'Ivoire et le Cameroun étaient sans doute les deux équipes les plus attendues au tournant à l'occasion de ces deux journées des éliminatoires de la Coupe du monde 2026. Après des prestations contrastées, les deux équipes pointent en tête de leur groupe respectif au terme des quatre premières étapes de ce marathon qualificatif. Pour leur retour à la compétition officielle, les Eléphants champions d'Afrique ont conservé leur invincibilité en enchaînant une courte victoire sur le Gabon (1-0) et un nul poussif contre le Kenya (0-0), sur le terrain neutre (et bosselé) de Lilongwe (Malawi), où ils ont abandonné leur premier point. Ces deux rencontres auront permis au sélectionneur Emerse Faé de voir pour la première fois de nouveaux joueurs. Si tout ne fut pas parfait, loin de là, la solidité défensive affichée avec en particulier les bonnes prestations du gardien de but Yahia Fofana (Angers) fait partie des satisfactions de ce rendez-vous FIFA.

Après deux mois de guerre des chefs et de nerfs entre le ministre des Sports et Samuel Eto'o, le Cameroun a enfin remis le sportif au centre des débats. Nommé sans l'aval de la Fédération présidée par l'ancienne star, le nouveau sélectionneur Marc Brys n'a pas manqué ses débuts sur l'un des bancs les plus prestigieux d'Afrique. Disposés dans un 4-3-3 aussi classique qu'efficace, les Lions Indomptables ont surclassé le Cap-Vert et mis sous l'éteignoir le jeu collectif affiché par les Requins Bleus durant la dernière CAN. Une démonstration menée sous l'impulsion du revenant Michael Ngadeu, auteur du premier but, du petit nouveau Carlos Baleba et d'un trio offensif revigoré par les retours de Vincent Aboubakar et surtout de Bryan Mbeumo, absent en Côte d'Ivoire. Buteur en début de partie en Angola, l'ailier de Brentford s'est ensuite retrouvé isolé devant un bloc attentiste, qui concéda l'égalisation à force de trop subir. Si la hache de guerre ne semble toujours pas enterrée entre le ministre des Sports et le président de la Fédération, dont chacun revendique la paternité d'un staff technique, le terrain a montré que les joueurs savaient faire abstraction de ce contexte plombé. Et que le nouvel occupant du banc avait des idées et de la suite dans les idées.
 

Le Nigeria et le Mali, un après-CAN douloureux


Un point sur six possibles : tel est le bilan famélique du Nigeria, fringant vice-champion d'Afrique, et du Mali, éliminé en quarts par les futurs vainqueurs ivoiriens après un joli parcours. Les deux équipes comptent chacune quatre points de retard sur le leader de leur groupe respectif. Déjà accrochés cet automne par le Lesotho et le Zimbabwe, les Super Eagles ont poursuivi cette peu reluisante série contre l'Afrique du Sud (1-1), avant d'être renversés par le Bénin (2-1), à Abidjan, sur le terrain-même où ils avaient séduit quelques mois plus tôt pendant la dernière CAN. Les Super Eagles payent sans doute là les flottements d'après le tournoi continental, avec la non-reconduction du Portugais José Peseiro au poste de sélectionneur. Si l'absence de Victor Osimhen n'a pas davantage aidé, elle ne saurait à elle seule expliquer ces résultats plus que médiocres, alors qu'une équipe semblait s'être trouvée en Côte d'Ivoire le temps d'une phase finale. Quatre mois, cela peut être long en football...

Mêmes déboires pour le Mali. Renversés devant leur public par le Ghana (1-2), alors qu'ils avaient avaient ouvert le score par le Brestois Kamory Doumbia, les Aigles se sont ensuite révélés incapables de battre Madagascar (0-0), pourtant réduit à dix 75 minutes durant sur terrain neutre, en Afrique du Sud. Eric Chelle et ses hommes ont des circonstances atténuantes. Arrivés à Johannesburg une dizaine d'heures seulement avant le coup d'envoi, contraints de faire escale à Addis-Abeba faute de pouvoir emprunter le vol charter prévu à l'origine, les coéquipiers d'Amadou Haidara ont été victimes de l'incurie de leurs dirigeants. « Nous avons de fortes ambitions pour la Coupe du monde, mais ces conditions ne nous mettent pas nous les joueurs, ainsi que le staff, dans les meilleures dispositions pour jouer des matchs aussi cruciaux pour notre nation. Nos dirigeants doivent prendre leurs responsabilités, nous écouter et comprendre l'enjeu capital de la préparation de ces matchs, ô combien importants pour notre peuple », a taclé l'habituel capitaine, Hamari Traoré, sur les réseaux sociaux. A bons entendeurs...
 

Au Nord, rien de nouveau ?


Un Maroc brillant, une Tunisie poussive, une Algérie à réaction : si les trois pays du Maghreb ont montré des visages divers lors de ces deux journées de qualifications, tous sont déjà en ballotage favorable dans l'optique de la qualification pour la Coupe du monde 2026 à l'issue des quatre premières journées de ces éliminatoires. Première équipe africaine à atteindre les demi-finales d'un Mondial, le Maroc s'est relancé après son élimination précoce de la CAN. Vainqueurs de la Zambie (2-1) puis du Congo (6-0), les Lions de l'Atlas ont poursuivi leur carton plein et caracolent en tête d'une poule réduite à cinq équipes par la défection de l'Erythrée. Le chemin vers la qualification sera plus court ; il s'annonce déjà dégagé pour Walid Regragui et ses hommes.

Bien plus poussive dans son groupe de qualification, la Tunisie a elle aussi été aidée par des événements extra-sportifs : pour avoir aligné onze années durant son attaquant vedette Emilio Nsue en dehors de toute légalité, la Guinée équatoriale, principal adversaire des Aigles de Carthage, a été frappée de deux défaites sur tapis vert et en a subi une troisième, sur le terrain celle-là, face aux coéquipiers d'Ellyes Skhiri. Malgré une prestation catastrophique par la suite contre la Namibie (0-0), la Tunisie garde la main en tête de sa poule qualificative.

Désormais coachée par le Bosno-Suisse Vladimir Petkovic, l'Algérie a elle aussi soufflé le chaud et le froid durant cette semaine d'éliminatoires. Battus chez eux par la Guinée, les Fennecs ont su réagir sur la pelouse de l'Ouganda (1-2), où ils avaient pourtant laissé craindre le pire une mi-temps durant. Avec 9 points, les coéquipiers d'Houssem Aouar ont repris les commandes du groupe G, à égalité non pas avec la Guinée mais avec le Mozambique, tombeur sur le fil du Syli national, qui recevait à El Jadida (Maroc).
 

Bénin, Rwanda, Soudan, Comores... Le rêve se dessine


L'élargissement du plateau de la Coupe du monde à 48 participants, avec neuf tickets (voire dix) pour le continent africain, aiguise les appétits d'équipes habituellement pas invitées à cette prestigieuse table. Si l'Egypte, par exemple, fait respecter la hiérarchie dans son groupe, celle-ci turbule sérieusement dans d'autres poules. Après quatre journées, on voit ainsi pointer en tête le Soudan (10 points), qui devance le Sénégal dans le groupe B, le Rwanda, au coude à coude avec l'Afrique du Sud mais aussi le Bénin, dans le groupe C, ou encore les Comores, à égalité de points avec le Ghana dans le groupe I.

Les Crocodiles du Nil, les Guêpes (Amavubi), les Guépards (ex-Ecureuils) et les Cœlacanthes n'ont jamais ne serait-ce que caressé le rêve de porter les couleurs de leur pays en Coupe du monde. Si le chemin est encore long, ces équipes se sont au moins donné les moyens d'y croire. « Quand je suis arrivé au Bénin, on m’a fait confiance pour un contrat de 3 ans. J’ai dit qu’on veut aller à la Coupe du monde, a déclaré le sélectionneur du Bénin, Gernot Rohr. J’ai fait la Coupe du monde avec le Nigeria en Russie. On avait une équipe très jeune, la plus jeune de la Coupe du monde d’ailleurs, et j’ai envie de la refaire. On peut rêver, il faut faire rêver les joueurs, il faut faire rêver le staff, et pourquoi pas ? » Oui, pourquoi pas ? Le rêve peut devenir réalité, au Bénin comme ailleurs.