L'African Football League rebat les cartes du football de clubs en Afrique

La première édition de l'African Football League réunira huit équipes triées sur le volet cet automne. Présentée comme « un partenariat entre la CAF et la FIFA », cette compétition d'un genre nouveau pose bien des questions. Cela méritait bien un premier décryptage.
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JB Autissier / Panoramic
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Le voile est levé sur l'African Football League. Annoncée depuis l'été 2022, cette nouvelle compétition africaine de clubs va connaître sa première édition cet automne. Cette Ligue semi-fermée sur invitation se présente comme « un partenariat entre la CAF et la FIFA », a indiqué la Confédération africaine de football dans un communiqué officiel. Cette édition inaugurale réunira huit équipes issues des trois blocs régionaux africains que sont la région Nord, la région Centre-Ouest et la région Sud-Est et débutera par des quarts de finale joués en aller-retour.

La cérémonie d'ouverture et le premier match, entre Simba et Al-Ahly, auront lieu à Dar es Salam, en Tanzanie, le 20 octobre. Les trois autres affiches sont les suivantes : Tout Puissant Mazembe (RD Congo) - Espérance de Tunis (Tunisie), Enyimba (Nigeria) - Wydad Casablanca (Maroc) et Petro Atletico Luanda (Angola) - Mamelodi Sundowns (Afrique du Sud). Les demi-finales et la finale seront également disputées en deux manches.  Les demi-finales se dérouleront entre le 29 octobre et le 1er novembre, et la finale les 5 et 11 novembre.

24 équipes dès 2024

« Le fait d'avoir installé cette nouvelle compétition à Kigali, avec un site et des réseaux sociaux dédiés, laisse penser que la CAF fera simplement partie des partenaires, au milieu de sponsors privés », estime Hervé Kouamouo, consultant spécialisé, chargé d’enseignement à l’UFR STAPS de l’université Paris-Nanterre. Cette Ligue fermée est appelée à prendre de l'ampleur. « Cette édition inaugurale est un précurseur de la compétition AFL à part entière qui réunira les 24 clubs de football les mieux classés du continent africain et débutera au cours de la saison de football 2024/2025 », lit-on en effet sur le site officiel de la CAF.

En juillet 2022, lors de l'annonce du lancement prochain de cette nouvelle compétition, le président de l'instance panafricaine, Patrice Motsepe, avait promis un ruissellement. « Nous avons été inondés d'investisseurs et de sponsors... [Cette nouvelle compétition] a un énorme potentiel pour élever considérablement le niveau du football africain et le rendre encore plus puissant. »

Une dotation de 100 millions de dollars

Loin donc d'être une simple compétition de clubs supplémentaire, aux côtés de la Ligue des Champions et de la Coupe de la Confédération, l'AFL doit donc à terme permettre de dépasser ces deux compétitions qui peinent à faire recette. « La difficulté de l'Afrique, c'est le très faible nombre de marques intéressées par un sponsoring à l'échelle du continent, constate Hervé Kouamouo. La seule compétition africaine de clubs qui bénéficiait d'une certaine reconnaissance était la Ligue des Champions. La victoire ouvrait droit à une participation à la Coupe du monde des clubs de la FIFA, beaucoup plus lucrative. »

Et puisqu'il faut parler du nerf de la guerre, le "prize money" de la C1 africaine, avec ses 4 millions de dollars pour le vainqueur fait pâle figure en comparaison des 11 millions de dollars promis au futur lauréat de l'AFL (pour une dotation totale annoncée à 100 millions). « Cette compétition va naturellement prendre la place de la Ligue des Champions, prédit Hervé Kouamouo, qui va plus loin. A terme, cela conduira les décideurs à sortir le football de club du giron de la CAF. »

L'avenir des championnats nationaux bouleversé ?

Gianni Infantino le laisse d'ailleurs entendre dans le message vidéo partagé samedi à l'occasion du tirage au sort des quarts de finale de l'AFL. « A la FIFA, notre mission est de rendre le football véritablement mondial. Nous avons toujours cru au développement du football en Afrique. Notre programme FIFA Forward a contribué à cela. Cette compétition est un moyen efficace pour le football africain de passer la vitesse supérieure. J'en suis personnellement très heureux », a dit le président de la FIFA.

Est-ce là le sens de l'histoire ? Hervé Kouamouo n'en doute guère, à la lumière du rôle grandissant joué par Zurich sur le terrain continental. « La FIFA est déjà l'un des plus gros contributeurs (voire le plus gros) du budget de la plupart des Fédérations africaines. On va vers une "FIFAfrique" même si la CAF continuera à exister », estime notre interlocuteur, qui y trouve du positif. « Il n'y a pas de place aujourd'hui pour un football professionnel dans chacun des pays africains. Le football ne génère pas une manne financière suffisante. Une compétition fermée avec des matchs garantis obligera les clubs à améliorer les infrastructures et à progresser. » Restera à assurer une bonne articulation entre ce sommet bien doté et la base. Le football africain n'a pas fini de repenser son organisation.