Mali : pourquoi les Aigles volent trop bas

Loin des promesses d'une génération dorée, les Aigles du Mali enchaînent les parcours décevants à la CAN et les échecs dans les qualifications du Mondial. Même plus masqué par les bons résultats des équipes de jeunes, ce marasme sportif met au contraire en lumière les dérives d'une Fédération, dénoncées par un nombre croissant d'anciens joueurs.
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AI / Reuters / Panoramic
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Les Aigles du Mali vont d'échec en échec. Malgré une génération dorée formée à l'Académie Jean-Marc Guillou de Bamako, médaillée de bronze de la Coupe du monde des moins de 20 ans 2015, et des joueurs locaux finalistes du dernier CHAN, l'équipe fanion échoue depuis près d'une décennie à atteindre le dernier carré de la CAN. Pire, elle ne dépasse même plus les huitièmes de finale. Après une nouvelle élimination précoce, le 26 janvier dernier face à la Guinée équatoriale, le président de la Fédération malienne de football, Mamoutou Touré dit « Bavieux », prenait une série de mesures. Dans l’encadrement de l’équipe nationale depuis plus de cinq ans, le sélectionneur Mohamed Magassouba voyait les contours de sa mission évoluer. « Magassouba est l’entraîneur du Mali mais il ne gérera plus seul l’équipe nationale, annonce alors le boss de la Fémafoot. Un point essentiel a été convenu avec le coach au regard des échéances à venir : nous avons proposé de créer un collège autour de l’entraineur pour jouer les deux matchs contre la Tunisie. » La composition de cet aéropage va se préciser par la suite. Du côté des joueurs binationaux, si Momo Sissoko décline faute selon lui de feuille de route claire, Frédéric Kanouté et Cedric Kanté, appelés dès le lendemain matin de l'élimination, disent oui et deviennent les principales cautions de ce comité des sages.

L'échec subi ensuite lors des barrages du Mondial 2022, avec deux matchs sans marquer le moindre but contre la Tunisie (0-1, 0-0), se solde par le limogeage attendu de Mohamed Magassouba. Membre du collège d'anciens, Eric Chelle lui succède sur le banc national. Si côté terrain, cela se passe bien pour les Aigles, vainqueurs en juin de leurs deux premières rencontres des éliminatoires de la CAN 2023 au Soudan du Sud (1-3) puis contre le Congo (4-0), il n'en va pas de même en coulisses. Lors du rassemblement du mois de septembre, les joueurs se mettent en grève pour obtenir le paiement de leurs primes. Mais ce n'est que la partie visible du malaise. Car tandis que certains divisent pour mieux régner, le président Bavieux, élu en août 2019 sur la promesse de professionnaliser le football malien, feint lui l'unité pour asseoir son pouvoir. « Bavieux, comme tous les manipulateurs, est capable de s'allier à son pire ennemi pour se sauver. C'est ce qu'il a fait avec le collège d'anciens », assène Brahim Thiam, ex-défenseur international et observateur engagé des Aigles du Mali. Bombardé manager général en vertu d'une proposition de contrat envoyée par la Fédération, Cédric Kanté va l'apprendre à ses dépens.

« Bavieux », un président dans le viseur


Le 23 juillet, l'ancien demi-finaliste de la CAN remet à Bavieux un rapport, assez critique, sur l'organisation de la Femafoot. Le destinataire accuse réception et promet à Cédric Kanté que les deux hommes se reverront bientôt pour évoquer les points abordés. Ce ne sera jamais le cas. Alors qu'à Paris Cédric Kanté travaille sur les dossiers chauds du moment (équipementier, contact avec les joueurs cadres et les binationaux susceptibles de rejoindre prochainement les Aigles), jusqu'à annuler une bonne partie de ses prestations de consultant à Canal + Afrique, à Bamako le président reste sourd à tous ses appels et messages. Pire, il lui refuse sous des prétextes budgétaires la possibilité de séjourner à Bamako en même temps que le sélectionneur pour des réunions de travail, en juillet dernier. Lassé d'attendre indéfiniment des réponses, Cédric Kanté prend acte de sa mise à l'écart. « Je suppose que je ne fais plus partie du projet, lâche-t-il, amer, début octobre sur le plateau de Canal + Afrique. C’est triste, parce qu’on [les anciens] s’investit, puis on se rend compte que derrière ce n’est que du vent. Et sur du vent on ne construit rien. On a de bons joueurs, c’est ce qui nous sauve. Pour se qualifier pour une CAN, oui, mais pour aller plus loin, gagner ou se qualifier pour le Mondial, c’est compliqué. »

Dénigré dans la presse malienne par le biais d'articles à charge, Cédric Kanté a appuyé là où ça fait mal aux instances maliennes. Alors que la construction d'un nouveau centre technique national est annoncée depuis le début de la décennie, l'actuelle infrastructure du centre sportif d’élite Ousmane Traoré de Kabala peine à offrir à l'équipe nationale des conditions d'accueil dignes des ambitions proclamées par ses dirigeants. « Six chambres sur dix n'ont pas de climatisation. J'ai même appris que c'est un membre de l'encadrement qui avait payé l'essence de la tondeuse pour les pelouses. Pour des joueurs qui sont professionnels, ce n'est pas sérieux »,  balance Brahim Thiam. Laisser-aller, procrastination, amateurisme : ces maux n'épargnent pas la Fédération malienne de football. L'instance est d'ailleurs au plus mal avec son équipementier historique, Airness. La marque créée et dirigée par Malamine Koné se plaint de l'imprévoyance de la Fédération : les commandes nécessaires aux éliminatoires de la CAN U23 n'ont pas été suffisamment anticipées. Un cas symptomatique d'un football malien qui navigue a vue depuis trop longtemps.