Terriennes

10ème Journée internationale des droits des filles : "Il y a urgence !"

"Dans un monde où les violences envers les filles persistent et se perpétuent à l'âge adulte envers les femmes, seule l'égalité entre les filles et les garçons peut changer la vie des filles et des femmes!" : l'ONG Plan International mène campagne à l'occasion des 10 ans de la Journée internationale des droits des filles. 
"Dans un monde où les violences envers les filles persistent et se perpétuent à l'âge adulte envers les femmes, seule l'égalité entre les filles et les garçons peut changer la vie des filles et des femmes!" : l'ONG Plan International mène campagne à l'occasion des 10 ans de la Journée internationale des droits des filles. 
©DR/Plan International

En France, dans une tribune publiée dans le magazine Causette, cent femmes appellent à se mobiliser à l'occasion des dix ans de la Journée internationale des droits des filles créée par l'ONU, à la demande de l'ONG Plan International. Elles demandent aux pouvoirs publics français de "mettre rapidement en place un programme ambitieux d’éducation complète à la sexualité et contre le sexisme". Une tribune que nous publions ici dans son intégralité.

Tribune publiée dans le magazine Causette 

Cela fait dix ans que la Journée internationale des droits des filles existe et se tient tous les 11 octobre. Créée par l’ONU à la demande de l’ONG Plan International, elle n’a pourtant que peu de résonance en France, alors qu’à très juste titre, le 8 mars et le 25 novembre, Journées internationales respectivement des droits des femmes et contre les violences faites aux femmes, font l’objet de couverture médiatique et de débats au sein de la société.

 

L’invisibilisation de cette journée est regrettable et révélatrice du peu de considération accordée aux droits des mineures, alors même que les dernières études sur le sexisme chez les jeunes en France sont très alarmantes.

Fin août, le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) a tiré la sonnette d’alarme sur l’absence d’éducation à la vie sexuelle et affective à l’école. La loi de 2001 qui prévoit trois séances par an de sensibilisation des enfants et des adolescent-e‑s, n’est que très peu ou mal appliquée. Le ministre de l'Éducation nationale Pap Ndiaye vient lui-même de reconnaître de « grandes variations » selon les établissements scolaires.

D’après les dernières enquêtes du HCE, parmi les 18–24 ans, un·e jeune sur quatre déclare avoir déjà eu des rapports sexuels non consentis. Une jeune femme sur cinq a déjà subi un viol ou une agression sexuelle. Moins de trois jeunes hommes sur cinq estiment que forcer sa partenaire à avoir un rapport sexuel alors qu’elle refuse est un viol, selon l'association Mémoire traumatique et victimologie.

Si #MeToo a propulsé la question des droits des femmes sur le devant de la scène, beaucoup des enjeux que ces millions de témoignages ont soulevés se jouent dans l’enfance et l’adolescence : les chiffres sont affolants et inacceptables. En France, 82 % des femmes ont commencé à être victimes de harcèlement de rue avant l’âge de 17 ans1. 58 % des filles de 15 à 25 ans ont déjà été victimes de harcèlement en ligne sur les réseaux sociaux2. Dans le monde, 200 millions de filles et de femmes ont été excisées, et 2 millions de mutilations génitales pourraient se produire d’ici 2030, alors qu’elles pourraient être évitées3). 12 millions de filles de moins de 18 ans sont mariées chaque année, soit près d’une fille toutes les 2 secondes4), souvent à des hommes bien plus âgés qu’elles.

Aujourd’hui encore, naître et être une fille n’offre pas les mêmes opportunités ni les mêmes perspectives de vie que celles d’un garçon. Les filles continuent d’être victimes d’inégalités, d’exclusion, de discriminations et de violences !

Une avant-garde de la jeunesse, notamment féminine et féministe, est déjà mobilisée pour parler du harcèlement sur les réseaux sociaux ou du droit de s’habiller comme elles le souhaitent. Mais elles sont peu relayées ou prises au sérieux.

Un nouveau quinquennat s’ouvre. Le gouvernement annonce vouloir lancer les premières concertations pour lutter contre les stéréotypes de genre à l'école dès le plus jeune âge. Nous espérons qu’il maintiendra ce cap et cette volonté politique. Il y a urgence !

 

Mardi 11 octobre 2022, nous réaffirmerons ensemble notre volonté de lutter contre toutes les violences sexistes et sexuelles qui entravent les droits des filles et leur émancipation. Nous réaffirmerons l’urgence de changer les mentalités et de sensibiliser le plus grand nombre au respect du consentement, des droits des minorités de genre et de l’égalité filles-garçons. Nous réaffirmerons que les filles doivent pouvoir prendre des décisions, rester maîtresses de leurs corps, ne pas douter de leurs compétences, vivre leurs engagements citoyens et politiques. Nous appellerons les pouvoirs publics à mettre rapidement en place un programme ambitieux d’éducation complète à la sexualité et contre le sexisme, en associant les filles et les garçons à son élaboration.

Une étape majeure, pour mieux visibiliser toutes ces problématiques, serait d’inscrire durablement cette date de mobilisation du 11 octobre dans le débat public. Permettons aux premières concernées, mais aussi aux garçons, aux parents, aux associations, aux enseignant·e·s, aux médias, à toute la société de s’en saisir pour faire progresser la connaissance et la compréhension des enjeux liés aux droits des filles, des minorités de genre et de l’égalité filles-garçons, et d’actionner de mieux en mieux les leviers du changement.

Nous appelons à un rassemblement d’ampleur, mardi 11 octobre à 13h, au parvis de l’Hôtel de Ville de Paris, à l’occasion de la journée internationale des droits des filles, mardi 11 octobre : Journée internationale des droits des filles. 

 
Parmi les signataires de la tribune : Najat Vallaud Belkacem, Valérie Damidot, Rokhaya Diallo, Énora Malagré, Yael Naim, Camille Froidevaux-Metterie, Arnaud Gallais, Ophélie Guillermand, Rose Ameziane, Gilles Lazimi, Mathilde Larrère, Muriel Salmona, Noémie de Lattre, Elise Thiébaut, Axelle Jah Njiké, Laura Jovignot, Sandra Regol, Klaire fait Grr, Mathilde, Olivier Besancenot, Charlotte Bienaimé, Manon Aubry, Pablo Pillaud-Vivien, Juan Arbelaez, Fatima Benomar, Natacha Chetcuti-Osorovitz, Christiane Marty, Laure-Alice Bouvier, Vanessa Demouy, Solène Ducretot, Elvire Duvelle-Charles, Jules Falquet, Odile Fillod…

Retrouvez notre dossier Terriennes Éducation des filles, le b.a ba de l'émancipation