Terriennes

11 octobre, Journée internationale des filles : privées d'école et travail forcé, la double-peine

63 millions de filles sont contraintes de travailler dans le monde. Comme cette fillette pakistanaise, âgée de 6 ans, qui ne va pas à l'école. Après avoir travaillé la journée à la briqueterie, elle s'occupe de son petit frère. (Islamabad, Pakistan, octobre 2013). 
63 millions de filles sont contraintes de travailler dans le monde. Comme cette fillette pakistanaise, âgée de 6 ans, qui ne va pas à l'école. Après avoir travaillé la journée à la briqueterie, elle s'occupe de son petit frère. (Islamabad, Pakistan, octobre 2013). 
©AP Photo/Muhammed Muheisen

Malgré la réouverture récente des écoles dans la plupart des pays, 11,2 millions de filles pourraient ne jamais y retourner, selon l'Unesco. Plus rapidement déscolarisées que les garçons, contraintes de travailler pour subvenir aux besoins de la famille, et invisibilisées dans les décomptes, les filles sont les plus impactées par les conséquences de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid. 

132 millions de filles sont privées d’école, encore aujourd'hui dans le monde.
Depuis le 15 décembre 2011, l’ONU a reconnu officiellement le 11 octobre comme Journée internationale des filles. L’éducation constitue le premier levier pour faire progresser l’égalité de genre et les droits des filles dans le monde. 
 
132 millions de filles privées d'école dans le monde, un chiffre qui a augmenté en raison de la crise sanitaire du Covid et de la hausse de la pauvreté. Ici, une petite fille montre son travail à sa maitresse dans une école située dans une favela de Rio, au Brésil.
132 millions de filles privées d'école dans le monde, un chiffre qui a augmenté en raison de la crise sanitaire du Covid et de la hausse de la pauvreté. Ici, une petite fille montre son travail à sa maitresse dans une école située dans une favela de Rio, au Brésil.
©AP Photo/Silvia Izquierdo

Les filles, premières victimes du travail forcé 

160 millions d'enfants sont actuellement contraint·e·s de travailler soit une augmentation de 8,4 millions de travailleurs ayant moins de 18 ans depuis 2016. Particulièrement affectées par ce fléau, les filles, on estime qu'elles sont 63 millions à travailler, sans qu'on leur donne vraiment le choix.
 
Souvent, ces filles sont victimes de deux ou trois exploitations.
Violaine Gagnet, Plan International France
Que ce soit au champ, à la maison, à l'usine, dans les mines, l’exploitation des filles les prive de leur enfance, de leur potentiel, de leur dignité et de leur éducation. 71% des survivantes d'esclavage moderne sont des femmes et des filles. 4,4 millions de filles sont astreintes au travail domestique informel. Plus d'une fille sur 3 astreinte au travail ne va pas à l'école. 

"Souvent, ces filles sont victimes de deux ou trois exploitations, estime Violaine Gagnet, directrice des programmes au sein de l'ONG Plan International France, Par exemple dans les mines d'or de Geita en Tanzanie, les filles extraient toute la journée des minerais extrêmement toxiques, et donc toxiques et dangereux pour leur santé, et sont aussi victimes d'exploitation sexuelle et d'abus sexuels auprès des hommes qui les entourent".
Astreintes au travail, les filles accumulent du retard scolaire et doivent souvent abandonner l'école. Les tâches dangereuses qu'elles effectuent chaque jour menacent gravement leur santé physique, mentale et sexuelle.
Jane Mrema, de Plan International Tanzanie
L'ONG publie plusieurs témoignages d'adolescentes tanzaniennes, comme celui de Daudi, 17 ans :"Je creusais des tunnels, broyais des pierres ou participais à l’extraction du minerai. Je travaillais vraiment dur, parfois 23 heures d’affilée. Ce n’est pas normal !".  "J’ai rejoint un groupe d’autodéfense pour venger la mort de mon père. J’étais convaincue que c’était la chose à faire. Ces groupes utilisent notre colère, mais n’ont rien à nous offrir. Notre futur n’est pas parmi eux", témoigne de son côté Rosalie, 16 ans.

"Astreintes au travail, les filles accumulent du retard scolaire et doivent souvent abandonner l'école. Les tâches dangereuses qu'elles effectuent chaque jour menacent gravement leur santé physique, mentale et sexuelle : exposition à des substances toxiques, manipulation d’équipements lourds, environnement de travail dangereux... Sur leur lieu de travail, elles restent aussi confrontées à des risques importants de harcèlement, d'abus sexuels et de violences de genre, qui engendrent notamment des grossesses précoces non désirées et des mariages d’enfants", ajoute Jane Mrema, de Plan International Tanzanie, spécialiste de la protection des enfants.
 
Avec la pandémie de coronavirus, les chiffres du travail des enfants devraient empirer, avec les filles en première ligne, comme ici en Inde, dans une exploitation agricole de Jammu (Inde, avril 2020).
Avec la pandémie de coronavirus, les chiffres du travail des enfants devraient empirer, avec les filles en première ligne, comme ici en Inde, dans une exploitation agricole de Jammu (Inde, avril 2020).
©AP Photo/Channi Anand

L'impact Covid

La pandémie de Covid-19 et la hausse du niveau de pauvreté ont des conséquences dévastatrices sur l’exploitation des filles. Selon les chiffres de l'Unicef,  plus de 150 millions d’enfants se sont retrouvés plongés dans l’extrême précarité. Lorsque le niveau de pauvreté augmente de 1 %, le travail des enfants augmente en moyenne de 0,7 % (OIT). Malgré la réouverture récente des écoles dans la plupart des pays, 11,2 millions de filles pourraient ne jamais reprendre le chemin de l’école (Unesco). 

À Yaoundé, 40 % de la population vit avec moins de 1 dollar par jour. Plus de la moitié des filles (57,7 %) âgées de 6 à 11 ans ne vont pas à l’école dans le quartier de la Briqueterie. En 2011, seulement 43 % des filles étaient scolarisées, contre 58 % des garçons. En raison de la pauvreté et du manque d’infrastructures, beaucoup de filles ne vont pas à l’école, n’ont pas accès aux formations professionnelles et sont confrontées au travail des enfants et aux mariages forcés.

Au Cambodge, la traite des filles a presque doublé en 2020 en raison de la pandémie, avec plus de 1 cas détecté tous les 3 jours dans certains villages (ONUDC). Enfermées chez elles en raison de la crise sanitaire, beaucoup de filles se retrouvent contraintes de travailler plus de 10 heures par jour pour aider leur famille. Privées du lieu de protection et d’apprentissage que représente l’école, les filles sont exposées aux risques d’exploitations domestiques et de violences sexuelles dans la sphère familiale. À la maison, on les oblige à effectuer les tâches domestiques comme la cuisine et le ménage. On observe également une recrudescence dramatique de l’exploitation sexuelle en ligne.
 

Le travail des filles : invisible et invisibilisé

Le travail des filles constitue une violation grave de leurs droits fondamentaux (conventions 138 et 182 de l’OIT sur le travail des enfants). 

Souvent astreintes aux tâches domestiques non régulées et informelles, les filles restent largement invisibles parmi les données collectées en la matière. En moyenne, elles y consacrent quotidiennement 40 % de temps supplémentaire que les garçons, soit 160 millions d'heures en plus par an (OIT). Horaires de travail excessifs, absence de jour de repos, salaire de misère ou inexistant façonnent leur quotidien. 

"Ces données issues de l’Organisation Internationale du Travail et de l’alliance 8.7 ne peuvent pas prendre en compte les pires formes d’exploitation des filles, notamment l’esclavage domestique, l’enrôlement dans des groupes armés, l’exploitation sexuelle à des fins commerciales ou encore le travail domestique, faute de chiffres", explique Juliette Bénet, porte-parole de l’ONG Plan International
 

Filles, premières exploitées dans les conflits

En contexte d’urgence, en particulier lors de conflits armés, les filles ont 2,5 fois plus de risque d’être déscolarisées que les garçons. Parfois combattantes, souvent esclaves sexuelles, elles demeurent les grandes oubliées des conflits, en dépit des nombreuses tâches qu’elles assument. Elles combattent en première ligne aux côtés des garçons, pillent, servent d’espionnes, d’esclaves sexuelles, de boucliers ou même parfois de bombes humaines. On estime à 250 000, le nombre d’enfants soldats dans le monde, dont environ 40 % de jeunes filles. La plupart de ces enfants sont enrôlées sur le continent africain.

Au Soudan du Sud, pays en proie à la guerre et à la famine, seulement 16 % des filles et des femmes âgées de plus de 15 ans savent lire et écrire. 39 % des filles qui ne vont pas à l’école déclarent ne pas pouvoir se le permettre. 

Parfois, le chemin de l'école pour les filles s'arrête tout simplement sur décision des autorités, comme le montre la triste actualité en Afghanistan. Les écoles secondaires restent fermées pour les filles. Mi-septembre, les collèges et lycées afghans ont rouvert, mais seulement pour les garçons. Le gouvernement taliban assurait alors que les filles suivraient "aussi vite que possible", mais qu'il fallait d'abord leur garantir un "environnement éducatif sûr", en accord avec l'interprétation stricte par les talibans de la charia qui prévoit la non-mixité des classes.

En 2014, Boko Haram enlevait 270 lycéennes à Chibok au Nigéria. Le groupe terroriste s’était alors attaqué aux écoles et aux filles, en les kidnappant, en les tuant, en les mutilant, en leur faisant subir des violences sexuelles, en les exploitant, en les enrôlant dans des groupes armés et en leur faisant commettre des attaques-suicides. Depuis, 2 000 autres enfants ont été kidnappé·e·s dans la région et 1,4 million d’enfants ont été déplacé·e·s. 
 
Les "filles de Chibok", enlevées par Boko Haram, ici après leur libération, et après une rencontre avec le président du Nigéria, Muhammadu Buhari, devant le Palais présidentiel à Abuja, le 28 mars 2018.  
Les "filles de Chibok", enlevées par Boko Haram, ici après leur libération, et après une rencontre avec le président du Nigéria, Muhammadu Buhari, devant le Palais présidentiel à Abuja, le 28 mars 2018.  
©AP Photo/Azeez Akunleyan
 

"Libérons leur #potentiELLE"

Comme chaque année, à l'occasion du 11 octobre, l'organisation Plan International se mobilise et tire la sonnette d'alarme. Une campagne a été lancée sur les réseaux sociaux avec le mot dièse "libérons leur #potentiELLE".