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14 juillet : l'armée française au féminin, vers une normalisation ?

Le ministère des Armées veut communiquer sur la féminisation de ses corps militaires en multipliant les visages féminins
Le ministère des Armées veut communiquer sur la féminisation de ses corps militaires en multipliant les visages féminins
Source : Ministère des Armées
Le ministère des Armées veut communiquer sur la féminisation de ses corps militaires en multipliant les visages féminins
Le ministère des Armées veut communiquer sur la féminisation de ses corps militaires en multipliant les visages féminins.

En ce jour de défilé militaire du 14 juillet, c'est une femme officier qui ouvre la marche sur les Champs-Elysées, signe d'une féminisation grandissante des armées. Mais qu'en est-il des conditions de travail et du harcèlement sexiste ou sexuel que certaines ont osé dénoncer, parfois au prix d'une démission forcée ? 

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Mme le (ou la ?) colonel Catherine ... Une femme en tête d'un défilé du 14 Juillet, jour de fête nationale française. Une première. Cette officier de 42 ans, dont le véritable nom n'a pas été donné à la presse pour raison de sécurité,  est à la tête de la promotion « Général Saint-Hillier » des écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan).

Elle déclare à nos collègues de Ouest-France : « Je suis consciente que je serai une curiosité lors du défilé du 14 Juillet, mais pas de quoi stigmatiser. Femme ou homme, ce qu’il y a lieu de voir c’est le chef. »

Cette année, il y aura aussi une nouveauté du côté des pompiers. Pour la première fois, une section féminine du SDIS 974 prendra part au cortège. Dans cette section de Saint-Denis de la Réunion, les femmes ne représentent que 7% de l’effectif.

La première présence féminine lors d'un défilé du 14 juillet remonte à 1971. Cette année là, 8000 femmes issues du corps de la Marine, surnommées «les marinettes» descendent les Champs-Élysées. Sur cette vidéo du journal télévisé de l'époque, on peut y apercevoir brièvement ces «marinettes» (à partir de 2'50).

Mentalités à changer 

Pourtant, le Colonel Catherine n’hésite pas à dire que les mentalités de ses confrères masculins n’étaient pas vraiment préparées à voir des femmes dans ce corps de métier, lors de son passage à l'école de commandement. A demi-mot, elle évoque la réaction misogyne face à sa présence au 13e régiment du génie à Épernay (Marne), en 2001. C’est la première femme officier à y être affectée. « Les sous-officiers n’ont rien fait pour me faciliter la tâche. Pendant un an, humainement parlant, cela a été très compliqué. », avoue-t-elle.

Pourtant, les femmes sont de plus en plus présentes dans l'armée. Les campagnes de recrutement auprès du grand public n'hésitent pas à mettre en avant des visages féminins, comme ici.

Campagne de recrutement de l'armée de Terre. On y voit des visages féminins mais aussi de personnes issues de la diversité.
Campagne de recrutement de l'armée de Terre. On y voit des visages féminins mais aussi de personnes issues de la diversité.
(Capture d'écran)

En 2016, un livre retraçait l’histoire de la présence féminine dans l’armée. L'Armée au féminin de Jean-Marc Tanguy  allait à la rencontre de femmes soldates, pilotes, officiers. Le nombre de femmes engagées dans l’armée était alors estimé à 31 000 , soit 15% des effectifs. 

Une armée qui se féminise

Aujourd'hui, les femmes représentent 16% de l'effectif militaire de l'armée (environ 54 200 femmes), plaçant ainsi la France au 4ème rang des armées féminisées dans le monde (derrière Israël, la Hongrie et les États-Unis). 

Taux de féminisation de l'armée Française et plae de la France au niveau mondial<br />
Sources : Ministère de la Défense.
Taux de féminisation de l'armée Française et plae de la France au niveau mondial
Sources : Ministère de la Défense.
Ministère de la Défense.

Christine Chaulieu, première femme générale dans l'armée de terre, raconte dans une vidéo du Ministère des Armées, son parcours qu'elle a commencé à une époque où les femmes étaient plus rares, 1% de femmes parmi les officiers (environ une centaine de femmes). St Cyr n'étant pas encore ouverte aux femmes (en 1982), Christine Chaulieu explique avoir dû passer par une autre école.

Le service de santé des armées est le corps militaire le plus féminisé. Les spécialités de soin sont souvent celles où l'on retrouve le plus les femmes.<br />
 
Le service de santé des armées est le corps militaire le plus féminisé. Les spécialités de soin sont souvent celles où l'on retrouve le plus les femmes.
 
Source : Ministère des Armées

Selon le Ministère des Armées, de nombreuses actions ont été conduites pour favoriser l'égalité entre hommes et femmes dans l'accès aux différents corps militaires. En 2012, un haut fonctionnaire chargé de l'égalité des droits est nommé, et en décembre 2013, Un observatoire de la parité voit le jour. La représentation des femmes dans l'armée est à l'image de la société. Les spécialités consacrées au soin d'autrui sont plus féminisées, comme on peut le constater sur l'infographie présentée.

L'enquête <em>La guerre invisible </em> a poussé les autorités à mettre en place une cellule anti-harcèlement à l'armée.
L'enquête La guerre invisible  a poussé les autorités à mettre en place une cellule anti-harcèlement à l'armée.
(capture d'écran)

Mais à quel prix les femmes ont-elles une place dans l’armée, aujourd'hui ? Le harcèlement qu'elles subissent se dévoile de plus en plus. En 2014, c'est un autre livre, La guerre invisible, révélations sur les violences sexuelles dans l’armée française qui mettait en lumière l’omerta de l’armée sur le sujet. Leila Minano et Julia Pascual, les deux auteures de cet ouvrage évoquaient un « phénomène souterrain » tant les témoignages affluaient.

Cellule anti-harcèlement

Au moment de la parution de ce livre, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian lance une enquête interne sur les violences sexuelles et le harcèlement à l'encontre des femmes dans l'armée. Elle visait « en particulier à présenter et commenter les suites professionnelles, disciplinaires et judiciaires données notamment aux cas évoqués, tant du côté des agresseurs présumés que des victimes. » Pour cela une cellule anti-harcèlement voit le jour. « Themis » est créée. Les victimes de harcèlement, discriminations et violences d'ordre sexuel, ou à connotation sexiste ou liées à l'orientation sexuelle des personnes peuvent contacter cette cellule pour témoigner.
Entre 2014 et 2016, plus de 800 signalements ont été enregistrés. Selon Erick Dal, le contrôleur général des armées, lors d’une conférence de presse, 90% des plaignantes étaient des femmes.

Tolérance zéro ?

La ministre des armées actuelle, Florence Parly déclarait fin 2017 que l’objectif de l’armée française était « de permettre que l'ensemble des personnels du ministère, militaires ou civils soient formés à la prévention de ces actes de harcèlement. », insistant sur la notion de « tolérance zéro ».

Pourtant, les situations de harcèlement et violences sont encore et toujours présentes. La parole des femmes militaires semble se libérer sensiblement. En 2017, une jeune femme, Morgane Blanchet ose témoigner du harcèlement sexiste et raciste qu’elle a subi lors de sa formation pour devenir officier de l’armée de terre, alors qu’elle n’avait que 19 ans. Ses deux supérieurs n’ont eu de cesse de l’insulter, et de la frapper.

Morgane Blanchet a subi du harcèlement sexiste et raciste durant sa formation d'officier. 
Morgane Blanchet a subi du harcèlement sexiste et raciste durant sa formation d'officier. 
(capture d'écran)

« Les blacks aux grosses fesses et aux cheveux courts, ça m'excite. » Voilà ce qu'entend régulièrement la jeune femme, avant de recevoir des coups (pieds et poings) de ses responsables. Une enquête interne est ouverte mettant en lumière d’autres faits de ce genre venant de ces deux supérieurs. Pourtant, à la fin de sa formation, l'armée met fin à son contrat pour « insuffisance de formation ». Sa plainte est en cours d’instruction.

Le cas de Morgane Blanchet est loin d’être unique. En 2017, un blog sur la plateforme tumblr, appelé Paye ton treillis, créé sur le même modèle que le désormais célèbre Paye ta schnek (sexisme “ordinaire”), ou encore Paye ta robe (sexisme chez les avocats), ou même Paye ton journal pour les médias, voit le jour. Là encore, des dizaines et dizaines d'exemples de harcèlements, insultes, agressions sexistes et sexuelles sont recensés.
En voici un exemple très cru.


Enfin, en mars dernier, c'est le quotidien Libération qui publie une longue enquête sur les coulisses du prestigieux lycée Saint-Cyr.  Les journalistes dévoilent l'existence d'une minorité de jeunes hommes masculinistes, qui se sont donnés pour mission d'empêcher les femmes de rester dans leur école. Misogynie affirmée, menaces, insultes, ils affichent leur haine des femmes (et leur racisme) ouvertement. Les femmes ayant témoigné regrettent toutes une passivité de la direction. 

Il en faut encore beaucoup pour que les annonces de tolérance zéro soient vraiment efficaces. Les femmes sont encore trop souvent poussées à la démission après des violences extrêmes. De quoi ternir quelque peu le sourire des nouvelles recrues posant pour les campagnes de propagande.