Terriennes

8 mars : le collectif féministe "Les Grandes gagnantes" en ordre de marche

Des femmes ont posé pour le #8mars à l'image de <a href="https://www.facebook.com/hashtag/rosie?source=feed_text&epa=HASHTAG&__xts__%5B0%5D=68.ARDAvixLGH7cQhU78LPOsbQBR06iKKl1ufzYgcdIApUewOR6ejqt5vNWjAhxc1cyYEd5ctNHdiS6d9-1iU2pRciu0vRL82P-CDX-kfeOl5Kbn5_yYhPoQJ9yXRJIngN88bSnANBeEqhj41iy3EfoEamHmZYE0G01-dGIXOqc0p3RTOCjszpIbNTHxjdmvK0pqzxjXUFx_qx5u32QImgx2-_0M4p8Rt_IyLbuWDbPtWuaYElVJlYRTfQb5njaLePWcBj8ZKCJoNjKhWFvjz50h5vmG3vWWMdz3ZK8yChyQk_A1iZYKNhWnFlJbD2zcYEScNw_tYJ2luZXgBjep_YdPdITtDk3&__tn__=%2ANK-R" rel="nofollow">#Rosie</a> la riveteuse, icône des travailleuses invisibles. En haut, de gauche à droite : Elsa Wolinski (journaliste, écrivaine), Nadège Beausson-Diagne (actrice, autrice, réalisatrice), Chloé Verlac (autrice). En-bas, Nallah Sangare (maquilleuse), Te Beyio (chanteuse), Caroline Drogo (illustratrice, graphiste).
Des femmes ont posé pour le #8mars à l'image de #Rosie la riveteuse, icône des travailleuses invisibles. En haut, de gauche à droite : Elsa Wolinski (journaliste, écrivaine), Nadège Beausson-Diagne (actrice, autrice, réalisatrice), Chloé Verlac (autrice). En-bas, Nallah Sangare (maquilleuse), Te Beyio (chanteuse), Caroline Drogo (illustratrice, graphiste).
©LesGrandesGagnantes/XavierCantat/L'autreProduction

C'est en référence aux paroles du Premier ministre français sur la réforme des retraites, qu'elles se sont appelées "Les Grandes gagnantes", et c'est en tenue de "Rosie" que nombreuses vont défiler. Ce collectif rassemblant  29 organisations féministes mobilise ses troupes pour un week-end du 8 mars bien rempli, autant d'actions que de revendications. Rencontre avec quatre militantes.

Près de 200 actions sont programmées partout en France. A Paris, la marche des "Grandes gagnantes" partira à 14 heures de la Place d'Italie. Chorégraphies, "flash-mob", hymnes féministes, die-in, lancer de talons ou encore lâcher de gants (de vaisselle) pour celles qui auront revêtu le bleu de travail inspiré de l'icône Rosie la riveteuse, le parcours permettra de valoriser les luttes de femmes.
 Parmi ces militantes, voici quatre femmes engagées au sein d'organisations féministes ou politiques en France. Elles nous racontent comment elles voient ce 8 mars 2020.

 Luce Mélanie, présidente de l'UNEF, syndicat des étudiants.

"Nous, ce qu'on attend pour ce 8 mars, ce sont des réponses. On appelle les étudiant.e.s à se mobiliser pour dénoncer les inégalités de genre, et lutter contre la réforme des retraites, car elle va aggraver la précarité des femmes tout au long de leur vie, mais aussi à la retraite. Pour avoir des réponses sur la précarité menstruelle, des étudiantes notamment, en rendant obligatoire le remboursement ou la gratuité des protections périodiques, comme en Irlande. 
Luce Mélanie, pdte UNEF.
Luce Mélanie, pdte UNEF.
©CG

 
Les étudiantes sont plus touchées par la précarité pour plusieurs raisons. Déjà, on a la taxe rose, c'est-à-dire que pour le même produit, un même t-shirt, blanc, tout simple, on le trouvera moins cher au rayon homme qu'au rayon femme. On constate un grand différenciel de prix pour plein de choses. Ensuite, les femmes ont des rendez-vous médicaux plus fréquents, des examens gynécologiques, on supporte beaucoup plus la charge de la contraception. A cela s'ajoute la précarité menstruelle. Une étudiante dépense 529 euros de plus par an qu'un étudiant.

Chaque année, l'UNEF publie une enquête sur le coût de la vie des étudiants (depuis 15 ans). On fait des comparatifs de prix par rapport à un panier "étudiant". Il faut savoir que cette précarité est d'autant plus importante qu'on est étranger ou étrangère, notamment avec l'augmentation des frais d'inscription.

Nous voulons aussi dénoncer une orientation genrée. Il y a des filières, techniques, d'ingénieurs, qui sont à 80% masculines. Il est important de former les conseillers d'éducation pour lutter contre les stéréotypes de genre, et faire comprendre aux femmes et aux hommes qu'on n'est pas obligé de se plier aux stéréotypes qu'on a intériorisé
s."
 
 Savine Bernard, porte-parole du syndicat des Avocats de France.

"Une enquête menée par le Défenseur des droits en 2018 a montré que les avocates sont tout aussi concernées que les autres femmes, dans d'autres métiers. Dans l'inégalité des rémunérations, dans la féminisation des spécialités, on trouve des domaines d'activité virils et d'autres très féminins.
Savine Bernard, porte-parole du syndicat des Avocats de France.
Savine Bernard, porte-parole du syndicat des Avocats de France.
©CG

Par exemple, dans le droit des affaires, ou le droit international, 60% des avocats sont des hommes. En droit de la famille, des étrangers, de protection sociale, les proportions de femmes sont beaucoup plus élevées. Ce qui contribue là aussi à la différence dans les rémunérations.

Ce qui est aussi assez effrayant, c'est que le métier d'avocat.e est aussi concerné par les comportements sexistes, discriminants, dans les comportements dont elles font l'objet. Avec une palme pour l'avocate enceinte, une autre pour l'avocate d'origine étrangère. Il faut dire aussi que les avocats, pourtant au coeur du droit, ne sont pas forcément les mieux armés pour se défendre. Dans les pourcentages des avocates qui se sont battues contre les discriminations dont elles faisaient l'objet, on est très très bas. C'est la peur de la répression, la résignation."


Ana Azaria, présidente de Femmes égalité, pour l'émancipation et le progrès social

"C'est un 8 mars particulier, qui est au coeur d'un mouvement social de contestation  très important, dans lequel les femmes sont très présentes, que ce soit contre la réforme des retraites, de l'hôpital public ou des enseignantes. Dans tous ces secteurs, on a des femmes qui travaillent comme aide-soignantes, comme femmes de ménage, car les hôpitaux et les écoles il faut bien les nettoyer !
Ana Azaria (Femmes égalité)
Ana Azaria (Femmes égalité)
©CG


On a aussi autour de nous beaucoup de femmes qui travaillent dans l'aide à la personne. Il fallait expliquer en quoi s'agissait cette réforme, car elles ne comprenaient pas. Et en plus, elles sont dans une telle situation de précarité, qu'elles ne savent pas comment elles vont finir le mois, alors elles ne pensent pas à la retraite. Elles travaillent dans des métiers qui, souvent, sont considérés comme faciles, qui ne sont pas durs, qui n'ont pas d'importance, car ce sont des choses que l'on fait à la maison, faire le ménage, s'occuper des enfants ... Les plateaux repas que tu prépares à l'hôpital, tu fais ça à la maison donc tu n'as pas besoin de formation, c'est facile, c'est pas des compétences, c'est pas un métier ! Tout notre travail a été de montrer qu'il s'agit bien de vrais métiers. De métiers très importants socialement, des métiers où il y a des compétences, car personne ne naît en sachant faire le ménage, s'occuper des enfants, prendre sur soi, être à l'écoute. Ce sont des compétences qu'elles ont développées !

On met aussi l'accent sur la pénibilité de leur travail. Car on trouve de plus en plus, autour de nous, de femmes qui se retrouvent en situation de handicap. Il y a une usure professionnelle qui fait qu'elle ne peuvent plus continuer à exercer. Souvent, elles pensent que c'est l'âge, que si elles ont mal au dos, c'est parce qu'elles sont déjà trop vieilles, elles n'arrivent pas à faire le lien avec l'exercice de leur métier. Parce que ce sont bel et bien des maladies professionnelles, et il faut le faire reconnaître. Le problème, c'est que la législation, la liste officielle qui reconnaît les pénibilités au travail, n'intègre pas la pénibilité dans ces métiers. C'est une bataille que l'on compte mener.

On mène aussi la bataille pour une hausse des salaires dans les métiers dits féminisés et la reconnaissance de ces métiers. Aujourd'hui, on se mobilise aussi pour aller soutenir ces femmes sur les piquets de grève, comme ceux des femmes de chambre de certaines chaînes d'hôtel. Le but, c'est qu'elles s'organisent pour faire valoir leur métier et le faire reconnaître."
 
Parmi le collectif des Grandes gagnantes, le groupe de <a href="http://onarretetoutes.org/" rel="nofollow" target="_blank">Onarrêtetoutes</a> appelle à la grève féministe le 8 mars, derrière ce slogan "quand les femmes s'arrêtent, tout s'arrête !" A gauche, Suzy Rojtman (Porte-parole du Collectif pour les droits des femmes), Anne Leclerc et Dorothée Devaux (qui lutte contre les violences gynécologiques).
Parmi le collectif des Grandes gagnantes, le groupe de Onarrêtetoutes appelle à la grève féministe le 8 mars, derrière ce slogan "quand les femmes s'arrêtent, tout s'arrête !" A gauche, Suzy Rojtman (Porte-parole du Collectif pour les droits des femmes), Anne Leclerc et Dorothée Devaux (qui lutte contre les violences gynécologiques).
©Terriennes

Huayra LLanque, membre du comité genre d'Attac-France
Huayra Llanque (Attac France)
Huayra Llanque (Attac France)
©CG


"On voit que dans différentes régions du monde, les femmes sont très mobilisées, à la fois contre des régimes autoritaires, des conservateurs, pour défendre le droit à l'avortement qui s'y retrouve menacé, mais aussi pour dénoncer les inégalités sociales et les politiques d'austérité qui font reculer l'ensemble des droits sociaux. Car les femmes sont particulièrement visées par ces politiques. De voir que d'un pays à l'autre, les femmes se mobilisent et qu'il y a des revendications qui se retrouvent, ça nous renforce aussi.

Le féminisme permet de repenser toutes les questions du partage, des tâches, dans l'emploi, de l'accès à l'emploi, le partage des temps, entre temps non travaillé et travaillé, le partage des richesses, la reconnaissance des métiers féminisés qui sont très précarisés. Il y a une constante mondiale, c'est la précarisation du travail des femmes. Quand les femmes se mobilisent, elles ont aussi des solutions pour faire face à ces injustices. C'est pour cela qu'il est important d'avoir une vision féministe pour pouvoir changer en profondeur la société."