Accueil des Afghanes : 350 personnalités demandent un programme humanitaire d'urgence

Image
fille afghane réfugiée
Une fillette réfugiée afghane cherche des matériaux à revendre pour gagner un peu d'argent pour sa famille, à Karachi, au Pakistan, le 19 juin 2022.
©AP Photo/Fareed Khan
Partager4 minutes de lecture

Plus de 350 personnalités, dont l’écrivaine Virginie Despentes et la réalisatrice Agnès Jaoui, lancent un appel aux autorités françaises pour demander un programme d'accueil humanitaire d'urgence pour les Afghanes. Une tribune publiée dans le quotidien Le Monde

Journalistes, universitaires, féministes ou spécialistes de l'Afghanistan ont signé un appel à l'initiative de l'association France Terre d'asile. Ces femmes et ces hommes réclament la mise en place d'une aide humanitaire pour les Afghanes qui fuient le régime des talibans dans les pays frontaliers, comme l'Iran ou le Pakistan, mais aussi l'accélération des délivrances de visa pour la France et un système d'accueil renforcé à leur arrivée sur le territoire français.

"Depuis la chute de Kaboul, la France a accueilli sur son sol quelques milliers d'Afghans, anciens collaborateurs des autorités françaises ou défenseurs des droits humains. Or, nous constatons que ce programme s'essouffle aujourd'hui et nous ne pouvons accepter que la France estime avoir rempli son rôle", peut-on lire dans cette tribune.

Appel à une diplomatie féministe

"On appelle la France à mettre en place la diplomatie féministe qu'elle prétend conduire", déclare à l'AFP la directrice générale de France Terre d'Asile, Delphine Rouilleault, ajoutant que "mettre en place une diplomatie féministe aujourd'hui, c'est penser à des moyens de protection pour les filles et les femmes qui fuient la dictature". 

Les femmes afghanes sont peu nombreuses à emprunter les chemins dangereux vers l'Europe, alors qu'elles sont dans leur pays la cible de lois répressives leur interdisant notamment de travailler et d'étudier. "Aujourd’hui, l’Afghanistan est le seul pays au monde où les fillettes ne peuvent plus aller à l’école au-delà de l’âge de 12 ans et où les femmes n’ont plus le droit d’accès à l’université. La majorité des femmes n’a plus le droit de travailler, plongeant d’innombrables familles dans la pauvreté. Les filles et les femmes sont traquées, battues, en toute impunité. Coupables de tout, elles ne valent plus rien. L’Afghanistan est le pays le plus répressif pour le droit des femmes et des filles", rappelle la tribune.

Laissées-pour-compte des évacuations

Lors des évacuations menées à l'automne 2021, "les femmes, en particulier les femmes seules et qui ne disposaient pas de l'entregent nécessaire, ont été largement délaissées", souligne le texte. "Quand elles arrivent à franchir la frontière, et rejoignent des pays limitrophes comme l’Iran ou le Pakistan, leur route d’exil est loin d’être terminée. Car, extrêmement vulnérables, elles se retrouvent, seules, exposées à de nouveaux dangers. Difficultés à se loger et à trouver un emploi, violences, traite d’êtres humains… Les Afghanes n’ont d’autre choix que de rêver d’ailleurs, et pour beaucoup, d’Europe. Il y va de leur vie."

réfugiés afghans au pakistan
Les réfugiés afghans ont dressé des tentes de fortune sur le sol devant le Club de la presse d'Islamabad, au Pakistan, le 9 mai 2022.
©AP Photo/Rahmat Gul

Les dernières initiatives pour faire évacuer ces femmes menacées ont été menées "au compte-goutte" et "souvent à bout de bras par des journalistes, des chercheurs, des organisations", ajoute la tribune signée notamment par l'artiste Agnès Jaoui, l'autrice Virginie Despentes, l'ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem et la créatrice de mode Agnès B. 

L'Europe frileuse

En septembre 2021, les députés européens avaient déjà appelé à un programme spécial de visas pour les femmes afghanes. Un appel resté pour le moment sans réponse, déplore les signataires de la tribune : "L’Europe tangue sur les questions migratoires et les femmes afghanes ne peuvent plus attendre. C’est pourquoi la France doit agir, vite, pour les protéger. Elles, spécifiquement. Parce qu’elles sont filles et femmes et qu’elles sont, à ce titre, un groupe persécuté et en danger."