Afghanistan : "Les femmes ont des rôles décisifs dans nos opérations humanitaires"

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Un femme soignante afghane administre un vaccin contre la polio à un enfant dans la province du Kandahar au sud de Kaboul, le 26 juillet 2009.
Un femme soignante afghane administre un vaccin contre la polio à un enfant dans la province du Kandahar au sud de Kaboul, le 26 juillet 2009.
AP/Allauddin Khan
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Les talibans ont annoncé l'interdiction du travail des femmes dans l'humanitaire. Depuis cette décision, plusieurs ONG ont décidé de suspendre leurs activités en Afghanistan dont Save the children, qui défend les droits de l'enfant à travers le monde. Entretien avec Shaheen Chughtai, directeur des campagnes et du plaidoyer de l'organisation pour la région Asie.

TV5MONDE : En quoi la décision des talibans vous a-t-elle poussé à suspendre vos activités ?

Shaheen Chughtai, directeur des campagnes et du plaidoyer pour la région Asie à Save the Children : Ce n’était pas une décision facile. Pour toute organisation humanitaire qui travaille dans un contexte où des millions de personnes ont désespérément besoin de tout type d’aide, cette décision ne peut pas être prise à la légère.

Malheureusement, elle était inévitable. Après avoir pris connaissance de cette décision, nous avons conclu que sans les femmes qui ont des responsabilités importantes dans nos opérations, nous ne serions pas en mesure de fournir l’aide que nous souhaiterions.

Dans certains cas, nous ne serions même pas capable d’en fournir du tout, à cause des restrictions à la mixité déjà existantes. Il est donc primordial que cette interdiction soit levée aussi vite que possible. 

Sans ces femmes docteurs, enseignantes, sage-femmes, nous ne serions pas capable d’apporter notre aide à toutes les femmes et petites filles du pays, qui se trouvent être par ailleurs les personnes les plus vulnérables.Shaheen Chughtai, directeur des campagnes et du plaidoyer pour la région Asie à Save the Children

TV5MONDE : En quoi les femmes sont-elles primordiales dans vos opérations ?

Nous dépendons d’elles de plusieurs manières. Tout comme nos employés masculins, elles jouent des rôles décisifs. Elles sont expertes techniques, elles sont en charge d'assurer la sécurité de nos opérations et nos employés, elles s’occupent des aspects financiers de nos opérations afin que l’argent soit dépensé à bon escient.

Dans un pays comme l’Afghanistan, très conservateur, elles nous permettent aussi tout simplement d’avoir accès aux femmes afghanes, qui représentent la moitié de la population. Sans ces femmes docteurs, enseignantes, sage-femmes, nous ne serions pas capable d’apporter notre aide à toutes les femmes et petites filles du pays, qui se trouvent être par ailleurs les personnes les plus vulnérables.

Beaucoup de femmes et de bébés meurent inutilement durant l’accouchement en raison d’un manque de soin médical qu’une sage femme pourrait leur fournir.Shaheen Chughtai, directeur des campagnes et du plaidoyer pour la région Asie à Save the Children.

TV5MONDE : Qu’est-ce qui a changé pour vous depuis que les talibans ont pris le pouvoir ?

Nous avons pu poursuivre nos opérations de manière temporaire, en s’assurant toujours de pouvoir le faire dans un contexte sécurisé. Depuis la prise de pouvoir des talibans, près de 4 millions de personnes ont pu bénéficier de notre aide. Cependant, des millions d’autres Afghans font face à des situations d’urgence. Plus de 90% de la population afghane se trouve dans une extrême pauvreté. Le pays traverse actuellement une famine terrible qui touche près de 20 millions de personnes, dont la moitié sont des enfants. Plusieurs autres dangers menacent tout autant la sécurité et la santé des Afghans à travers le pays. 

FEMMES AFGHANES
Des femmes afghanes devant l'entrée d'une aire de jeux pour enfants à Kaboul le 10 novembre 2022. Les talibans ont interdit aux ONG de travailler avec des femmes.
 
AP Photo/Ebrahim Noroozi

TV5MONDE : En quoi cette décision des talibans affectera-t-elle principalement les femmes et les enfants en Afghanistan ?

Cette décision nous empêchera précisément de pouvoir apporter notre aide aux femmes et petites filles de ce pays. C’est un constat terrible car ces dernières années, le taux de mortalité maternelle a été très haut en Afghanistan. Beaucoup de femmes et de bébés meurent inutilement durant l’accouchement en raison d’un manque de soin médical qu’une sage femme pourrait leur fournir. Nous collaborons avec des femmes précisément pour ce genre de mission qui sont plus que nécessaires.

TV5MONDE : Quels sont vos craintes ou vos espoirs pour le pays après cette annonce ?

J’espère que cette interdiction sera levée le plus vite possible. Tant que les femmes ne pourront pas exercer le rôle vital qu’elles jouent dans les ONG, des vies seront mises en danger chaque jour un peu plus. Avec d’autres membres d’organisations humanitaires, nous tâchons d’engager un dialogue au sein du pays mais aussi à l’international afin de trouver une solution. 

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