Terriennes

Agressions sexuelles chez Uber : des courses à risques pour les clientes

La société américaine de voiturage Uber face à un scandale d'agression sexuelle au sein de ses troupes ? Photo prise le 15 mars 2017, à l'aéroport LaGuardia à New York.
La société américaine de voiturage Uber face à un scandale d'agression sexuelle au sein de ses troupes ? Photo prise le 15 mars 2017, à l'aéroport LaGuardia à New York.
AP Photo/Seth Wenig

Des courses à moindre prix ..."sévices" compris ? Le dossier à charge s'alourdit contre la compagnie mondiale de transport privée Uber. Après plusieurs plaintes déposées en France et en Grande-Bretagne par des clientes abusées ou violées, aux Etats-Unis, 103 chauffeurs sont mis en cause pour agression sexuelle. 

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C'est la chaîne de télévision américaine CNN qui en ce 1er mai 2018 révèle le scandale. Selon son enquête, ce sont près de 103 chauffeurs de la compagnie Uber qui ont été poursuivis pour agression sexuelle au cours de ces quatre dernières années. Sur le lot, 31 ont été finalement condamnés, pour attouchement, séquestration arbitraire ou viol, rapporte CNN.

D'après les journalistes qui ont mené l'enquête, les témoignages de clientes abusées sexuellement s'amoncellent partout à travers le pays, comme le montrent leurs investigations menées sur la base des rapports de police et des tribunaux recueillis dans vingt grandes villes américaines.
 
"Combien de personnes faudra-t-il avant que quelque chose ne soit fait?", interroge l'une de ces victimes présumées. Cette habitante de Miami raconte s'être réveillée chez elle, un matin, sans sous-vêtements, après être rentrée dans la nuit à bord d'une voiture Uber, au sortir d'une soirée chez des amis. Elle explique s'être endormie pendant le trajet, et accuse le chauffeur de l'avoir emmenée à son domicile et de l'avoir jetée sur le lit avant de la déshabiller et de la violer. Avec elle, d'autres victimes présumées se sont regroupées dans un recours collectif contre Uber.

Dans une vidéo diffusée sur CNN, une jeune fille raconte à visage caché comment elle s'est reveillée alors que le chauffeur Uber qui l'avait ramenée chez elle, était en train de "la pénétrer, avant de procéder à du sexe oral, et qu'elle s'était ensuite à nouveau endormie", précisant que sa mère un peu plus tard lui avait fait remarquer qu'elle avait du sang sur ses chaussures. 

Autre témoignage, celui d'une habitante de Long Beach, en Californie. Elle explique s'être elle-aussi endormie, ivre, à l'arrière d'un Uber en 2016, et s'être réveillée en compagnie du chauffeur qu'elle accuse de l'avoir agressée. Le conducteur, âgé de 47 ans, a été retrouvé le lendemain avec son téléphone puis arrêté. Il a déclaré que l'acte sexuel était consenti. Le procureur a abandonné les poursuites contre lui. La victime présumée poursuit Uber en justice pour avoir présenté ses services comme "sûrs".

Des antécédents au compteur

Déjà, il y a deux ans, l'entreprise américaine de transports avait dû admettre avoir enregistré au moins cinq plaintes pour viol et 170 pour agressions sexuelles aux États-Unis entre 2012 et 2015 après des informations publiées par Buzzfeed. Le site d'infos avait affirmé avoir eu accès à des captures d'écran du logiciel qu'utilise Uber pour gérer son service-clients, Zendesk, fournies par un ancien employé de l'entreprise. Plus de 6160 tickets y sont associés au mot-clé «agression sexuelle» («sexual assault» en anglais), et 5827 au mot «viol» («rape»). L'expression «agressée sexuellement» («sexually assaulted») se retrouvait dans plus de 382 plaintes exprimées par des clients auprès de l'entreprise.

En Inde, en décembre 2014, après le viol présumé d'une passagère de 25 ans par un chauffeur à New Delhi, les autorités avaient interdit l'application au sein de la ville pendant un mois et demi. Uber avait réagi en présentant des mesures destinées à rassurer ses passagers, notamment la création d'un bouton d'urgence pour contacter la police en cas de problème sur un trajet. Fonctionnalité disponible qu'en Inde.
 
En septembre 2017, les autorités du transport londonien ont décidé de ne pas renouveler la licence d'Uber, et de suspendre l'application Uber dans la capitale britannique, estimant que la sécurité de ses passagers n'était pas assurée.
En septembre 2017, les autorités du transport londonien ont décidé de ne pas renouveler la licence d'Uber, et de suspendre l'application Uber dans la capitale britannique, estimant que la sécurité de ses passagers n'était pas assurée.
AP Photo/Kirsty Wigglesworth

En novembre 2015 à Londres, un chauffeur a été condamné à une peine de prison après avoir agressé sexuellement une passagère. En mai 2016, The Sun révèle que les chauffeurs d'Uber sont accusés au moins trois fois par mois d'agressions sexuelles uniquement à Londres. "Ils sont suspects dans 32 cas d'agressions sexuelles signalées par des passagères dans la capitale sur les 12 derniers mois", précise l'article. Plus récemment, en août 2017, la police londonienne accuse Uber de ne pas assez faire remonter les agressions sexuelles signalées par les utilisatrices, ce qui augmente le risque que les chauffeurs récidivent. La sanction tombe peu après. A la rentrée de septembre, les autorités du transport londonien décident de ne pas renouveler la licence d'Uber dans la capitale britannique pour raison de sécurité. Ce qui suscite une controverse, pas forcément celle qu'on croit... Des utilisatrices craignant que cette décision ait l'effet inverse protestent.
 

"Oui il y a des problèmes avec Uber. Mais pour une femme qui a besoin de rentrer chez elle en toute sécurité, ils sont une nécessité. Je ne pourrai jamais me payer un taxi de nuit", avait posté sur Twitter Amy Coles, militante luttant contre les mutilations génitales féminines.


Interrogé à l'époque par Le Figaro, un porte-parole de la société de voiturage en France explique que toute plainte est traitée par le service clients d'Uber, que ce soit en France, dans un autre pays ou à Amsterdam, où se trouve le siège social de l'entreprise. En France, au moins un chauffeur a été écarté du service après avoir été accusé de viol par une cliente. Ce dernier avait ensuite porté plainte contre Uber pour dénonciation calomnieuse. Une polémique avait éclaté courant 2015, de nombreuses clientes du service VTC avaient déclaré avoir été harcelées par SMS par des chauffeurs Uber.

Un chauffeur condamné à 80 ans de prison

Récemment, aux Etats-Unis, un chauffeur de 54 ans, John David Sanchez a écopé d'une peine de 80 ans de prison pour le viol de l'une de ses passagères et pour 33 autres délits. Lors d'une course, il a violé une passagère, qui était montée dans son véhicule visiblement en état d'ébriété, à San Diego. Comme dans de nombreux autres témoignages, la cliente s'était endormie pendant la course. A son réveil, le conducteur était sur elle en train d'abuser d'elle. Elle avait réussi à lui échapper et à appeler les secours. Chez lui, les policiers ont découvert des vidéos où l'on voit ce même chauffeur violant d'autres femmes, pour la plupart mineures.
 

{Nous sommes déterminés à susciter des changements dans nos communautés - pour en savoir plus sur nos partenariats avec les principaux groupes de prévention des agressions sexuelles et sur la façon de vous joindre à nous #EmbraceYourVoice}

La société de voiturage applique comme précaution obligatoire que tout postulant chauffeur présente un casier judiciaire vierge. Est-ce suffisant ? Face au scandale grandissant, Uber a publié il  y a quelques jours sur son site américain ainsi que sur son compte twitter un communiqué dans lequel il rappelle son attachement à des organisations qui luttent contre les agressions sexuelles, et son engagement à promouvoir toujours plus la prévention contre ces crimes.
#Balayerdevantsa porte ?