Terriennes

Algérie : Amira Bouraoui, l'une des figures du mouvement Hirak, remise en liberté provisoire

Amira Bouraoui, militante algérienne, a été l'une des voix du mouvement "Ca suffit" contre la réélection du président Bouteflika puis au sein du mouvement anti-régime, Hirak, elle est aujourd'hui en prison, condamnée à un an ferme. 
Amira Bouraoui, militante algérienne, a été l'une des voix du mouvement "Ca suffit" contre la réélection du président Bouteflika puis au sein du mouvement anti-régime, Hirak, elle est aujourd'hui en prison, condamnée à un an ferme. 
©Facebook/Amira Bouraoui

La militante algérienne Amira Bouraoui, condamnée à un an de prison ferme pour "offense à l'islam", "offense au président" et "incitation à violer le confinement", a été remise en liberté provisoire. Figure de la contestation anti-Bouteflika, elle était aussi poursuivie pour son activisme anti-régime sur les réseaux sociaux. 

Faut-il y voir un geste politique d'apaisement alors que l'Algérie célèbre sa fête de l'indépendance ce 5 juillet ? Après avoir été condamnée à un an de prison ferme au mois de juin, Amira Bouraoui bénéficie d'une libération à titre provisoire dans l'attente d'un nouveau jugement le 24 septembre prochain. Une décision prise par le tribunal de Tipaza (80 km à l’ouest d’Alger).
 

Médecin gynécologue de 44 ans, mère de deux enfants de 12 et 16 ans, Amira Bouraoui est aussi et avant tout militante, la liberté vissée au coeur. Dimanche 21 juin, elle est jugée au terme de quatre jours de garde à vue et condamnée à un an de prison ferme par la justice algérienne qui la reconnait coupable de six chefs d'accusation, dont "offense à l'islam", "offense" au président de la République Abdelmadjid Tebboune et "incitation à violer le confinement" en "exposant directement la vie d’autrui ou son intégrité physique à un danger" pendant la crise sanitaire.
 

L'opposante était également accusée de "publication (sur les réseaux sociaux) pouvant porter atteinte à l’unité nationale" et d'"informations ou nouvelles, fausses ou calomnieuses, susceptibles de porter atteinte à la sécurité ou à l’ordre public".
 

Ce n'est pas la meilleure façon de s'ouvrir vers la société, vers les militants et la révolution pacifique.
Mustapha Bouchachi, avocat d'Amira Bouraoui

"Cette condamnation est injustifiée, le dossier est vide. Nous allons faire appel", a déclaré Mustapha Bouchachi, son avocat. Le parquet avait requis 18 mois de prison ferme contre cette militante du "Hirak", le mouvement de contestation qui a poussé Abdelaziz Bouteflika à la démission en avril 2019. "Ce genre de poursuites judiciaires qui dure depuis des mois ne peut apaiser les esprits politiquement parlant. Ce n'est pas la meilleure façon de s'ouvrir vers la société, vers les militants et la révolution pacifique", a déploré Me Bouchachi.


Visage du soulèvement anti-Bouteflika

Ex-militante du mouvement Barakat ("Ça suffit!"), Amira Bouraoui s'était fait connaître en 2014 en incarnant l'opposition à un 4e mandat du président Bouteflika.
 

©Facebook

Né en février 2019 d'un immense ras-le-bol, le "Hirak" réclame un changement du "système" en place depuis l'indépendance en 1962. En vain jusqu'à présent, même s'il a obtenu le départ d'Abdelaziz Bouteflika après vingt ans au pouvoir.

La justice a multiplié ces derniers jours les poursuites judiciaires et les condamnations de militants du "Hirak", d'opposants politiques, de journalistes et de blogueurs, le pouvoir cherchant à enrayer le retour de la contestation au moment où s'amorce le déconfinement. La plupart des poursuites s'appuient sur un nouveau code pénal, adopté à la va-vite le 22 avril en pleine crise sanitaire due à la maladie de Covid-19.

Cette vague de répression fait dire à certains critiques du pouvoir que la situation des droits humains en Algérie est pire aujourd'hui que du temps d'Abdelaziz Bouteflika, en particulier en ce qui concerne la liberté de la presse.
 

Manifestations et arrestations

Depuis le 7 juin, le pays connaît un assouplissement des restrictions imposées pour endiguer la propagation du nouveau coronavirus, même si toute forme de rassemblement reste strictement interdite depuis la mi-mars. Ce qui n'a pas empêché vendredi 19 juin des centaines d'Algériens de reprendre les manifestations en province, notamment en Kabylie (nord-ouest), selon des sources locales. Près de 500 personnes ont été interpellées à travers le pays lors de ces manifestations interdites, avant que la majorité d'entre elles ne soient relâchées, selon Saïd Salhi, le vice-président de la Ligue algérienne des droits de l'Homme (LADDH).

Parmi la centaine de manifestants mis en garde à vue après leur arrestation, près d'une vingtaine ont été placés sous mandat de dépôt. Les autres ont été soit condamnés à des peines de prison ferme ou avec sursis, ou encore à des amendes, soit libérés dans l'attente de leur procès. Avant la vague d'arrestations, le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) avait recensé une soixantaine de prisonniers liés au "Hirak" en détention.

Par ailleurs, les vastes enquêtes pour corruption et népotisme lancées après la chute de l'ancien président Bouteflika ont conduit à une série de procès. Parmi eux, l'homme d'affaires Ali Haddad, ancien omnipotent patron des patrons lié à l'ex-président, et deux ex-Premiers ministres -Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal.