Terriennes

Arrêts cardiaques : pourquoi les femmes en meurent-elles plus que les hommes ?

Lorsqu'une femme est victime d'un arrêt cardiaque, elle a deux fois moins de chances d’y survivre qu'un homme. Facteurs de risque spécifiques, symptômes atypiques ou sous-dépistage - les causes de cette inégalité face aux maladies cardio-vasculaires sont multiples.

Infarctus, arrêt cardiaque, AVC... Les maladies cardio-vasculaires sont la première cause de mortalité des femmes dans le monde depuis 2002. En France, les arrêts cardiaques prématurés provoquent chaque année 50 000 décès, et malgré les idées reçues, autant chez les femmes que les hommes. "En valeur absolue, il y a trois fois plus d’infarctus chez les hommes que chez les femmes. Mais les femmes touchées ont une mortalité à trente jours et à un an deux fois plus importante que chez les hommes, explique la professeure Claire Mounier-Vehier, pionnière de la cardiogynécologie -, sur le site Pourquoi docteur. Les femmes ont aussi plus de séquelles, comme l’insuffisance cardiaque, les troubles du rythme ventriculaire grave avec défibrillateur, ou encore la fatigue suite aux efforts."  En France, 200 femmes en meurent chaque jour d'un arrêt cardiaque, soit six fois plus que du cancer du sein.

La cardiogynécologie : une discipline émergente

La cardiogynécologie est née d’une prise de conscience des spécificités féminines du risque cardiovasculaire. Les facteurs de risque hormonaux jouant un rôle important dans les problèmes cardiaques féminins, le gynécologue est désormais reconnu comme un acteur clé dans le dépistage cardiovasculaire. En partageant leurs connaissances, cardiologues et gynécologues développent un nouveau champ de recherche et d’action pour identifier de nouveaux facteurs de risque cardiaque chez les femmes. Née aux Etats-Unis à la fin des années 1990, la cardiogynécologie rattrape son retard en France depuis une dizaine d’années.

Facteurs de risque émergeants

La cardiogynécolgie a ainsi permis d'identifier plusieurs facteurs de risque qui menacent le bon fonctionnement du cœur des femmes : la contraception avec œstrogène de synthèse ; les grossesses tardives ; les techniques de PMA (procréation médicalement assistée) ; l'endométriose ; les valvulopathies et les cardiomyopathies méconnues, qui se développent notamment chez les femmes algériennes et africaines ; les maladies inflammatoires chroniques, qui touchent davantage les femmes.

<p>Denise Miller en 2014 à Southington, dans l'Ohio, aux Etats-Unis. Elle avait 36 ans et ne présentait aucun facteur de risque traditionnel quand, en 2013, elle a été victime d'un AVC qui a trompé les médecins de deux hôpitaux avant d'être finalement diagnostiqué. En 2014, l'American Heart Association publie ses premières directives pour la prévention des AVC chez les femmes, à commencer par le contrôle des naissances, la grossesse, la dépression et d'autres facteurs de risque concernant uniquement ou plus fréquemment les femmes que les hommes. </p>

Denise Miller en 2014 à Southington, dans l'Ohio, aux Etats-Unis. Elle avait 36 ans et ne présentait aucun facteur de risque traditionnel quand, en 2013, elle a été victime d'un AVC qui a trompé les médecins de deux hôpitaux avant d'être finalement diagnostiqué. En 2014, l'American Heart Association publie ses premières directives pour la prévention des AVC chez les femmes, à commencer par le contrôle des naissances, la grossesse, la dépression et d'autres facteurs de risque concernant uniquement ou plus fréquemment les femmes que les hommes. 

©AP Photo/Tony Dejak

Alerte à la cinquantaine

Les maladies cardiovasculaires restent rares chez les femmes avant la ménopause, qui survient entre 50 et 51 ans en moyenne chez les Françaises. Avant ces bouleversements hormonaux, les oestrogènes agissent comme une protection naturelle. Puis le risque d’accident cardiaque s’envole dans les cinq ans qui suivent l’arrêt des règles, rattrapant celui des hommes entre 55 et 60 ans. De plus, une femme prend en moyenne deux kilos après la fin de ses règles, et celles qui réagissent en enchaînant les régimes sont davantage à risque de mourir d'une pathologie cardiovasculaire, selon une étude présentée en 2016 au Congrès de l’American Heart Association.

Les femmes plus sensibles aux facteurs de risque traditionnels ?

Les femmes restent exposées aux mêmes facteurs de risque que les hommes : le tabagisme, la sédentarité, le diabète, l’obésité, le stress, l’hypertension artérielle... En vivant au même rythme que les hommes, elles ont adopté un mode de vie similaire, avec les mêmes travers,  mais pas toujours les mêmes conséquences. Le tabagisme, par exemple, a un effet plus grave sur la santé cardiaque des femmes : le risque de souffrir chez les femmes qui fument est 25% plus élevé que chez les hommes. Or le nombre de femmes qui fument a augmenté considérablement au cours des dernières années.

De nouveaux exemples viennent sans cesse étayer la vulnérabilité féminine face au risque cardiaque. Citons l’obésité et un régime riche en sel, qui sont deux facteurs de maladies cardiaques : les femmes y seraient plus sensibles que les hommes, selon une récente étude de l'université d'Augusta, aux États-Unis. Ou encore la graisse viscérale autour du cœur, qui double le risque d’insuffisance cardiaque chez les femmes, alors qu'elle n'augmente le risque "que" de moitié pour les hommes.
Les femmes sont par ailleurs de plus en plus exposées à de nouvelles situations porteuses de stress et de comportements à risques, telles que la sédentarité, la précarité ou l’isolement social. D'après l'étude de Framingham, plus de 80% des femmes de plus de 45 ans présentent au moins deux facteurs de risque traditionnels.

D’autres symptômes que les hommes

Demandez à une femme de mimer une crise cardiaque et il est fort probable qu'elle porte les mains à la poitrine, feignant une douleur aiguë au niveau du coeur qui irradie dans le bras et la mâchoire. Or chez les femmes, l'infarctus peut rester indolore et répondre à des signes bien différents de ceux ressentis par les hommes. La douleur est souvent décrite comme une pression ou une sensation de tiraillement, et non pas nécessairement comme la douleur "poignardante" souvent décrite par les hommes. Le rayonnement de la douleur vers diverses parties du corps (généralement vers le bras gauche) est souvent absent chez les femmes.

A cela viennent s'ajouter sensation d’épuisement, essoufflement à l’effort, nausées vomissements, douleurs entre les épaules ou dans les seins, réveils nocturnes, fourmillements dans les bras et les mains, palpitations, difficulté à respirer ou à digérer, qui peuvent aussi révéler un problème cardiaque. Or de par leur caractère atypique, ces symptômes, qui restent méconnus, retardent la prise en charge des femmes.

Chez les femmes, des signes avant-coureurs peuvent aussi alerter de l'imminence d'une crise cardiaque, parfois même des jours ou des semaines à l'avance : fatigue persistante, troubles du sommeil, essoufflement, troubles digestifs, engourdissement des bras et douleur au dos ou dans les jambes. Des signaux que les femmes, qui ont souvent tendance à minimiser leurs problèmes de santé, ne doivent pas prendre à la légère.